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Michel Foucault ,Psychiatrie et médecine

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par David Labreure
Université Paris 1 panthéon sorbonne - Ma??trise 2004
  

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3 : La folie devient objet médical : La naissance de l'asile :

I : UNE HISTOIRE DE L'INSTITUTION PSYCHIATRIQUE ?

Foucault a commencé la rédaction d'Histoire de la folie en 1955 pour l'achever quasiment en 1958, durant son séjour à Uppsala en Suède en tant que détaché de l'éducation nationale pour les affaires étrangères et lecteur de français à l'université d'Uppsala. Ce séjour sera donc marqué, sur le plan professionnel, par ses nombreuses activités officielles, mais aussi consacré à la rédaction de sa thèse. Avec Maladie mentale et personnalité, Foucault avait voulu cerner ce qu'était l'aliénation d'un point de vue psychiatrique et sa critique était fortement marquée par le marxisme. Lorsqu'il travaillait à l'hôpital psychiatrique, de nombreux médecins lui avaient proposé d'écrire une histoire de leur profession ; Foucault, lui, était plus intéressé par les fous que par les médecins, par l'objet de cette discipline plus que par la discipline elle-même, la folie, ou plutôt par le rapport entre la raison et la folie qui se traduira à l'époque moderne par le rapport médecin - patient. C'est en grande partie dans la très fournie bibliothèque de l'université d'Uppsala que Foucault va collecter la grande partie du fonds documentaire de son ouvrage. Il y trouvera un grand nombre de lettres de manuscrits et d'archives médicaux .Il envisagea même un temps de soutenir sa thèse en Suède, mais elle sera refusée par le titulaire de la chaire d'histoire des sciences de l'université qui trouva l'ouvrage trop « alambiqué ». Toutefois il n'est pas exclu non plus que son travail n'ait pas été entièrement réalisé en « exil » mais aussi à Paris, à la bibliothèque de l'hôpital St-Anne ou à la bibliothèque nationale. Foucault devra ainsi attendre plusieurs années avant de soutenir son travail qui, s'il est terminé du point de vue de la recherche, reste néanmoins perfectible sur le plan de la rédaction. Il retourne en France en 1960.A cette époque son livre est terminé et le titre définitif en sera Folie et déraison. Histoire de la folie à l'âge classique ,un titre qui ne fut pas la première idée de Foucault (l'ouvrage aurait pu se nommer l'autre tour de la folie).Cet ouvrage est donc d'abord le travail d'un universitaire:la somme de documents et d'archives y est impressionnante comme le constate le rapporteur de sa thèse ,Georges Canguilhem : « Quant à la documentation, M.Foucault a lu et revu (...) une quantité considérable d'archives ».L'importance de l'auteur du Normal et du pathologique n'est pas négligeable dans la publication et l'impact futur de l'ouvrage. La présence de ce grand personnage de la philosophie des sciences tout au long de la genèse de l'ouvrage, si elle fut plus souterraine que directe aida Foucault dans la diffusion de sa thèse et à obtenir un impact certain, comme nous le verrons, dans divers cercles médicaux et philosophiques.

La première préface d'Histoire de la folie exprime l'ambition philosophique et critique de l'ouvrage mais sera supprimée définitivement en 1972, dans la seconde édition. C'est cette préface qui donne le meilleur aperçu du projet de Foucault. Elle commence par une citation de Pascal : « les hommes sont si nécessairement fous que ce serait être fou par un autre tour de folie de n'être pas fou »104(*) : Il faut faire l'histoire de cet « autre tour de folie », ce moment dans la pensée occidentale où les hommes vont se retrouver dans le langage de la « raison souveraine »105(*), c'est à dire le moment précis où va changer la perception de la folie à l'intérieur de nos sociétés. La démarche de Foucault a donc ceci d'intéressant qu'étant lui-même censé être du côté de la rationalité, de la philosophie, il décide d'écrire ce livre sur la folie...Il faut « retrouver le moment de cette conjuration, avant qu'elle n'ait été définitivement établie dans le règne de la vérité »106(*).Foucault nous invite ici à revenir à une sorte d'expérience primordiale de la folie, en en réduisant les vérités délivrées par le savoir positif. Il faut « renoncer aux confort des vérités terminales »107(*) : Il faut se défendre d'utiliser l'arsenal de concepts qui régit la psychopathologie de son époque afin de mieux entrevoir une expérience primaire. Celle-ci ne serait pas une expérience de la folie elle même mais l'histoire d'un moment trouble et saisissant, celui de la césure qui va établir le partage entre raison et non raison. C'est à partir de ce point seulement qu'ont pu se constituer des vérités positives sur la folie et se constituer la folie comme maladie mentale. Foucault va tenter de ressaisir un « noeud » historique sur lequel ensuite vont pouvoir s'organiser les discours positifs de la psychiatrie .Le ton est ici emprunté à la phénoménologie de Merleau-Ponty qui parlait, en deçà des discours positifs, d'une expérience « primaire de la peinture ». Pour ressaisir le sens primordial de cette expérience, il convient de se débarrasser de toutes les catégories médicales dans lesquelles la folie a été enfermée. Le fou emmuré dans des définitions positives ne peut plus parler avec l'homme de raison : « De langage commun il n'y en a pas ; ou plutôt il n'y en a plus : la constatation de la folie comme maladie mentale (...) dresse le constat d'un dialogue rompu »108(*).Le langage est ici du seul côté de la raison et non plus, sous une forme différente, aussi du côté de la folie. La folie n'a pas toujours été muette mais elle a été réduite au silence, forcée de se taire par la raison : « Le langage de la psychiatrie, qui est monologue de la raison sur la folie n'a pu s'établir que sur un tel silence »109(*). Une phrase, plus particulièrement, définit le projet de Foucault : « je n'ai pas voulu faire l'histoire de ce langage mais plutôt l'archéologie de ce silence » 110(*): faire l'archéologie de ce silence c'est réunir un certain nombre d'indices, de fouiller les archives de toute la culture occidentale pour trouver le point précis de ce tournant dans nos civilisations : « l'homme européen depuis le fond du Moyen Age a rapport à quelque chose qu'il nomme confusément Folie démence, déraison... »111(*). C'est sur ce nouveau contexte culturel original qui va esquisser la radicale altérité entre raison et folie et va se développer progressivement, que Foucault développe son analyse. Il semble penser qu'il existe quelque chose comme un pur état de la folie, un quelque chose que ces diverses formes culturelles chercheraient à cacher, à enfouir. L'histoire de la folie va être, en outre, l'histoire de limites, une « histoire de limites, de ces gestes obscurs (...) par lesquels une culture rejette ce qui n'est pas elle. »112(*).Foucault aurait pu faire une histoire de la psychiatrie qui soit comme la plupart des histoires de la médecine, une galerie de portraits de nombreux personnages centraux de la discipline (Pinel, Tuke ...).Au contraire, cette histoire est celle d'un objet intemporel, difficile à manier, vaste et dont la perception est très changeante au cours du temps. Ce qui intéresse Foucault ce n'est pas de décrire une série d'événements fondateurs de la psychiatrie mais bien ses conditions d'apparition à un moment donné, ce qui fait que ,à un moment donné ,on ait, dans nos sociétés, cette perception et pas une autre. Il va s'agir d'étudier l'agencement des différentes formes d'indices, de reconstituer les bases d'un changement de mentalité. La démarche reste historique en ce qu'elle se base sur un ensemble de faits et qu'elle suit une évolution horizontale, linéaire mais elle est, à un autre niveau, la reconstitution de la mise en ouvre du partage raison/déraison, reconstitution sur le mode vertical dans le sens où Foucault repère les choix constitutifs d'une société face à ce qui n'est pas elle.

Histoire de la folie est donc une histoire positive du passage de la « folie » à la maladie mentale, tout en étant cependant un effort pour redonner la parole à la folie, réduite au silence par les structures aliénantes de l'internement.

* 104 Michel Foucault, Préface d'Histoire de la folie in Dits et écrits, vol I et II Quatro-Gallimard, Paris, 1994, p.187.

* 105 Ibid p.187.

* 106 Ibid p.187

* 107 Ibid p.187

* 108 Michel Foucault, Préface d'Histoire de la folie in Dits et Ecrits, Vol I et II Quatro Gallimard, Paris, 1994, p.188.

* 109 Ibid p.188.

* 110 Ibid p.188.

* 111 Ibid p.189.

* 112 Ibid p.189.

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"Il faudrait pour le bonheur des états que les philosophes fussent roi ou que les rois fussent philosophes"   Platon