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Impact de l'arrimage du Franc CFA à l'Euro sur la balance commerciale : le cas du Cameroun

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par Francis Yannick ZAMBO ZAMBO
Institut sous-régional de statistique et d'économie appliquée de Yaoundé - Ingénieur statisticien 2006
  

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II- La théorie des élasticités

Avant la théorie des élasticités, c'était seulement l'évolution des variables non financières (biens et services) qui comptait pour expliquer les variations du solde commercial. Par la suite, il a été nécessaire d'introduire la variable prix dont l'une des manifestations s'opérait à travers le taux de change. C'est alors qu'est apparue la théorie des élasticités qui a été développée par Johan Robinson (1937).

Cette approche tente de trouver les conditions pour lesquelles une modification du taux de change peut affecter la balance des paiements et par ricochet la balance commerciale.

Avant de traiter de ces conditions, présentons d'abord le modèle de base préalable.

II.1 Hypothèses et modèle des élasticités critiques

II.1.1 Hypothèses du modèle:

Le modèle des élasticités comporte quatre hypothèses fondamentales :

- Seules, les élasticités de la demande des produits par rapport au prix sont prises en compte.

- La balance commerciale est supposée être en équilibre avant que l'on ne procède à un ajustement quelconque du taux de change ;

- L'on ne tient pas en considération les effets monétaires de la variation du taux de change.

- Les élasticités des offres d'exportation, d'importation, des biens étrangers concurrençant les produits nationaux, des biens nationaux concurrençant les produits étrangers, sont par hypothèse infinies. Cela signifie que si l'on prend par exemple les prix des importations des biens étrangers concurrencés par les produits nationaux, ces derniers ne changent pas en dépit d'une baisse de la demande du pays de référence ; de même, les prix à l'exportation des biens nationaux restent identiques malgré une augmentation de la demande étrangère.

II.1.2 Le théorème des élasticités critiques

Dans la théorie des élasticités, la balance commerciale est représentée par :

B = X - e M

Où X = exportations en monnaie nationale ;

M = importations en monnaie étrangère ;

e = taux de change c'est-à-dire nombre d'unités de monnaie nationale que vaut une unité de monnaie étrangère ;

e M = importations converties en monnaie nationale.

En différenciant la balance commerciale par le taux de change, l'on obtient :

(4)

Comme une hypothèse de départ stipule que la balance commerciale est en équilibre avant l'ajustement du taux de change, on peut écrire . Alors l'équation (4) devient :

(5)

De cette équation, l'on déduit les élasticités de la demande par rapport au prix qui sont de deux ordres :

Ø L'élasticité de la demande d'exportations, notée (Ex) est telle que :

Ex =

On constate que Ex est positive si la dépréciation de la monnaie domestique (c'est-à-dire de>0) vis-à-vis des devises étrangères implique une amélioration des exportations (c'est-à-dire dX>0).

En effet, s'il y a dépréciation ou dévaluation de la monnaie nationale, alors > 0 et comme Ex =., alors Ex>0 si et seulement si >0.

Ø L'élasticité prix de la demande d'importations notée Em est donnée par :

Em =

Em est positive si la dépréciation de la monnaie entraîne une baisse des importations c'est-à-dire si dM<0.

En effet, par analogie au cas précédent, s'il y a dépréciation ou dévaluation de la monnaie nationale, alors > 0 et donc comme Em = - . alors Em > 0 si et seulement si - > 0 et donc < 0.

En revenant à la balance commerciale (B), celle-ci selon l'une des hypothèses du modèle, est équilibrée avant un ajustement de la monnaie nationale. En remplaçant les élasticités par leur notation dans l'équation (5), l'on obtient la relation :

0 si , c'est-à-dire Ex + Em >1 .

Cas où l'équilibre initial n'est pas réalisé

Si l'équilibre initial n'est pas réalisé, alors on reprend l'équation (4) obtenue avant l'hypothèse d'équilibre :

(4)

(6)

D'où si l'équilibre n'est pas initialement réalisé, alors si , c'est-à-dire .

Enoncé du résultat général

Pour que les variations du taux de change aient des conséquences sur la balance commerciale si cette dernière était initialement en équilibre, il faut que la somme des élasticités critiques à l'exportation et à l'importation soit supérieure à 1 : c'est le théorème des élasticités critiques ou condition de Marshall-Lerner.

Si la balance commerciale n'est pas en équilibre avant l'ajustement du taux de change, alors la balance commerciale s'améliore suite à une dévaluation ou une dépréciation du taux de change si la somme des élasticités prix à l'exportation et à l'importation est supérieure à 1 avec une élasticité à l'exportation pondérée par le rapport des exportations sur les importations en monnaie nationale ().

Ces conclusions peuvent se généraliser dans tous les cas où il y a modification du taux de change, c'est-à-dire qu'il y ait dépréciation (resp. dévaluation) ou appréciation (resp. réévaluation) d'une devise.

Ainsi, dans le cas d'une appréciation ou d'une réévaluation d'une monnaie, la balance commerciale ne sera sensiblement modifiée que si les conditions de Marshall-Lerner sont respectées, tant pour un équilibre initial supposé que pour un déséquilibre initial constaté. Si ces conditions sont vérifiées, une appréciation de la monnaie nationale est susceptible d'affecter le solde commercial ainsi qu'il suit :

Ø Une appréciation du taux de change de la monnaie nationale impliquera une hausse du prix en devise étrangère des exportations, ce qui est susceptible de décourager ces dernières et d'avoir un impact négatif sur le solde commercial.

Ø Par contre, l'appréciation du taux de change de la monnaie nationale rendra les devises étrangères moins chères et par ricochet les prix des biens importés. Cela peut encourager les importations et détériorer ainsi le solde commercial.

«La surévaluation de la monnaie est en effet une subvention à la consommation de produits importés et un impôt sur la production nationale ».12(*)

II.1.3 Les limites du théorème des élasticités critiques

Quelques limites découlent des hypothèses de départ.

Ø Les élasticités des différentes offres peuvent ne pas être infinies. Dans le contexte d'une dévaluation ou d'une dépréciation, c'est en particulier très souvent le cas où l'augmentation de la demande étrangère des produits domestiques se traduit par un accroissement des prix nationaux. Cette hausse des prix peut, à son tour compenser la baisse du taux de change pour laisser les prix en devises étrangères inchangés.

Ø De même, les conditions de Marshall-Lerner sont tributaires du fait que la balance commerciale est supposée en équilibre initialement c'est-à-dire avant tout ajustement du taux de change. Cela est rarement le cas dans la quasi-totalité des pays du monde.

Ø Le modèle se fonde exclusivement sur les élasticités de la demande des produits par rapport aux prix. Il omet ainsi le facteur qualité dont dépend aussi la demande de produits. En effet, la demande est également fonction du label, du respect des normes de qualité, de l'accès aux circuits internationaux et donc du marketing international, de la réputation, etc.

Ø La courbe en J : il est à noter que lorsque les conditions de Marshall-Lerner sont vérifiées, le retour à l'équilibre de la balance commerciale n'est pas toujours immédiat. Il existe un décalage entre le moment où une dévaluation est effectuée et celui où la balance commerciale s'améliore. En effet, une dévaluation est bénéfique pour la prime d'exportation positive (renchérissement de la monnaie nationale en monnaie étrangère) qu'elle engendre, les gains des parts de marchés attendus et pour les importations qu'elle est supposée amoindrir. Or, certains de ces effets, à cause de certaines rigidités, peuvent mettre un certain temps avant de se modifier dans le sens attendu.

Cela peut par exemple s'expliquer par le fait que les gains de parts de marchés peuvent ne pas être immédiats à cause des habitudes d'achat chez les importateurs qui ont leurs fournisseurs traditionnels, des problèmes de normes chez les pays dévaluateurs qui, n'ayant pas toujours des produits de qualité prisée peuvent engager des réformes y relatives pouvant prendre un certain temps. Parallèlement, les importations en valeur peuvent connaître une augmentation immédiate due à la baisse de la valeur de la monnaie nationale.

Par conséquent, dans un premier temps, une dévaluation peut se caractériser par une relative constance ou une baisse des exportations, celle-ci étant combinée par un accroissement des importations en valeur. La mise en commun de ces deux phénomènes aboutit à une dégradation de la balance commerciale au lendemain d'une dévaluation. Si les conditions de Marshall-Lerner sont vérifiées, cette dégradation est remplacée par une amélioration après que les mécanismes liés au solde commercial aient eu le temps de s'ajuster au changement de parité. La balance commerciale décrit ainsi une courbe qui décroît dans un premier temps avant de s'accroître : d'où le nom de la courbe en J.

Ayant déjà traité des approches « revenu » et prix du solde commercial de façon distincte, il serait intéressant de faire une synthèse des deux approches à travers la théorie de l'absorption.

III. LA THÉORIE DE L'ABSORPTION

Comme dit précédemment, la théorie de l'absorption est une synthèse des approches « revenu » et « prix » de la balance commerciale. En effet, avant qu'Alexander13(*) ne la développe en 1958, les deux approches étaient appliquées de façon distincte pour le même objectif d'ajustement du solde commercial.

III.1 Modèle de la théorie de l'absorption

Dans la théorie d'absorption, les variables sont :

Ø X : exportations;

Ø M : importations;

Ø Y : revenu national ou production totale de biens ;

Ø B : balance commerciale et B = X - M ;

Ø A : absorption domestique.

Dans une économie où le marché des biens est en équilibre, la production des biens non exportés est égale à l'utilisation des biens non importés.

Cela se traduit par :

B = (exportations + production des biens non exportés) - (importations + utilisation des biens non importés).

Or, (exportations + production des biens non exportés) = Y = production totale de biens ou revenu national ;

(Importations + utilisation des biens non importés) = quantité totale des produits utilisés dans l'économie = Consommation + Investissement + dépenses gouvernementales = A.

Ainsi, la balance commerciale peut se réécrire sous la forme :

B = Y - A.

Le constat est que selon cette théorie, la balance commerciale peut s'améliorer si le revenu national s'accroît plus rapidement que l'absorption ou si l'absorption diminue plus vite que le revenu.

Du point de vue du prix, une dépréciation de la monnaie nationale entraînerait une demande plus prononcée des produits locaux (les biens importés coûtant plus chers qu'avant la dépréciation) au détriment des produits importés. Cela peut ne pas réduire les dépenses d'absorption qui ne subissent alors qu'une modification d'allocation liée à l'origine domestique ou étrangère des produits achetés.

Par contre l'absorption peut baisser de par une conjoncture interne ayant affecté les prix comme l'inflation par exemple. En effet, s'il y a inflation, le pouvoir d'achat des consommateurs va être érodé pour baisser leur capacité d'absorption.

III.2 L'absorption : synthèse des théories du multiplicateur du commerce extérieur et des élasticités

Dans cette approche, les équations du modèle sont données conformément à la remarque selon laquelle le revenu est la somme des exportations et des biens non exportés.

Y = E(Y) + B (Y, e) avec E(y) étant l'absorption.

et

B = X(e) - e.M (e, Y)

Selon Mucchielli, les répercutions d'une variation du taux de change sur le revenu ou sur le solde commercial sont déterminées par les formules :

.

Sous l'hypothèse d'équilibre initial,

D'où (7)

Pour la balance commerciale, l'on obtient :

(8)

Les équations (7) et (8) amènent à conclure que :

Ø Si le théorème des élasticités critiques est vérifié, la différenciation montre qu'une dépréciation de la monnaie domestique se traduit par une amélioration du solde commercial, car les termes du produit qui constituent sa variation sont tous non négatifs ;

Ø Dans le cas d'une dépréciation, en ajoutant l'effet revenu sur l'effet prix,, l'amélioration du solde commercial s'atténue par rapport à l'amélioration constatée quand les prix seuls étaient pris en compte. Cela s'explique par la démonstration suivante :

s < 1 < .

En incluant l'effet revenu, la dévaluation s'accompagne d'une demande accrue des produits domestiques au détriment des produits étrangers. Ce nouvel intérêt accordé aux biens domestiques va augmenter le revenu national, ce qui est susceptible d'accroître à nouveau les importations. Ce nouvel accroissement des importations va donc atténuer l'amélioration initiale de la balance commerciale par l'intermédiaire du multiplicateur (s.).

A ce stade de la présentation, aucun des modèles économiques ne s'attarde de façon spécifique sur les déterminants des exportations et des importations qui sont pourtant les deux éléments constitutifs de la balance commerciale. Le modèle de Mundell-Fleming qui suit va s'attarder sur ce sujet.

IV. Le modèle de Mundell-Fleming : les déterminants des exportations et des importations.

C'est un modèle qui a été conçu en 1962 par Mundell avec pour objectif de faire des analyses sur la façon dont l'équilibre extérieur et celui sur le marché du travail peuvent tous deux être atteints en utilisant des politiques économique et monétaire adéquates. Dans ce cas de figure, l'équilibre externe cesse de ne considérer que la balance commerciale, mais il combine cette dernière avec la balance des capitaux.

Pour les besoins de notre étude, du modèle de Mundell-Fleming, nous n'utiliserons que la partie consacrée au solde commercial, notamment en ce qui concerne les déterminants des exportations et des importations.

Ø Les déterminants des exportations (X) d'un pays sont :

- Le niveau d'activité du reste du monde (RDM) qui peut être illustré par le produit intérieur brut du RDM noté Y' ;

- Le taux de change effectif réel car les acheteurs étrangers doivent comparer les prix des biens et services achetés à l'étranger aux prix domestiques des mêmes biens et services. Donc, les exportations dépendent aussi du rapport des prix internes et externes et par conséquent du taux de change effectif réel noté TCER. Aussi, plus les prix internes augmentent, plus la demande en produits domestiques de l'étranger peut diminuer. Sous un autre aspect, si le TCEN augmente, le TCER peut aussi croître et ralentir la demande étrangère, car il faut débourser plus d'unités monétaires étrangères pour une unité de monnaie nationale.

En conclusion, les exportations sont une fonction décroissante du TCER.

Ainsi, on peut écrire : X = X ( Y', TCER) avec TCER = e.P/ P'. P et P' représentent

respectivement le niveau des prix domestiques et des prix étrangers ; e est le taux de

change au certain c'est-à-dire le nombre d'unités monétaires étrangères pour une unité de monnaie nationale.

Ø Les déterminants des importations (M) d'un pays sont :

- Le niveau d'activité domestique représenté par le PIB domestique et noté Y. En effet, plus le niveau d'activité domestique est élevé, plus l'économie a besoin d'importer pour faire face à l'accroissement de la demande interne. Le niveau d'activité interne est par conséquent corrélé positivement aux importations.

- Le TCER : en effet, plus les prix à l'extérieur augmentent relativement aux prix intérieurs, plus le TCER diminue et la demande d'importation aussi. Les importations sont donc une fonction croissante du TCER.

On peut donc écrire : M = M(Y, TCER).

Ø La balance commerciale est donnée par : B = ( e.P).X - P M.

Avec dB/de >0 dans le cas d'une dépréciation (e diminue et est au certain) ou alors dB/de <0 pour une appréciation (e augmente). Ces deux dernières relations impliquent que les conditions de Marshall-Lerner soient vérifiées.

Les connaissances générales sur la zone Franc étant données ainsi que les différentes approches théoriques relatives à notre étude, il serait intéressant d'appliquer ces connaissances au cas du Cameroun à travers le cadre pratique de ce travail.

* 12 Nicolas Hartog, « L'Euro fort plutôt que l'Euro surévalué », extrait de l'information agricole, Mars 2001

* 13 « Economie Internationale », page 132.

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