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Effets et remise en cause des RTT en hôtellerie restauration


par Anthony Durand
Université de Perpignan, Institut Jacques Maillot - Master 2006
  

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CONCLUSION

Les réduction du temps de travail en France depuis le milieu des années 1990 est le fruit de la confrontation des intérêts de trois acteurs : l'Etat, les employeurs et les salariés dont les objectifs sont différents. Le premier a tenté une audacieuse politique de réduction du temps de travail sous une forme inégalée dans le monde. Elle devait servir un objectif macro-économique de réduction du chômage. Les seconds (les employeurs) ont réagi diversement à la contrainte que constituait à leurs yeux la fixation d'une nouvelle durée légale du travail. Les 35 heures ont été pour le patronat l'occasion d'une grande remise en question. Enfin, les salariés, dont l'attente à l'égard de la RTT était inégale, ont, eux aussi, dû faire valoir leurs intérêts lors de sa mise en place, notamment à travers le processus de négociation intense qu'a favorisé la loi.

Le résultat de cette confrontation est hétérogène. Dans un certain nombre de cas, il semble qu'un équilibre ait pu être trouvé entre les aspirations des uns, la volonté politique de l'autre et les besoins des troisièmes. Ainsi, lors des travaux sur la RTT menés au Commissariat général du plan en 2001, une grande entreprise de l'agro-alimentaire se montrait très optimiste sure les effets de la RTT en termes de performances économiques et en termes de bien-être des salariés. Mais dans d'autres situations, la RTT a été menée de façon plus chaotique, soit parce que la négociation était de moins bonne qualité, soit parce que le rapprochement des intérêts était moins facile. Les employeurs n'ont pas tiré parti de la RTT pour effectuer des gains de productivité ou encore la flexibilité qu'ils ont mise en place à cette occasion a détérioré quelque peu les conditions de travail et de vie de leurs salariés.

Cette hétérogénéité des situations est toujours aussi grande aujourd'hui puisque seule la moitié des salariés a connu une baisse sensible de sa durée effective de travail. La RTT n'a constitué un important changement dans les conditions de travail et de vie que pour la moitié seulement du salariat français. La situation des très petites entreprises est encore incertaine : les outils classiques d'organisation du temps de travail y sont mal ou totalement inadaptés. Les actions collectives conduites par différentes Agences Régionales pour l'Amélioration des Conditions de Travail (ARACT) soulignent la présence de difficultés mais aussi de potentialités pour autant que les questions touchant à la nature des prestations, d'organisation du temps de travail, de polyvalence, de temps partiel ou de regroupement d'employeurs soient discutées.

Les contrastes ressortent fortement selon les situations : les établissements qui ont bénéficié des aides incitatives de l'Etat (lois Robien et Aubry I) se distinguent par des appréciations nettement plus positives sur l'impact économique de la RTT, même si le bilan sur la situation économique globale est jugé plutôt négatif. La transformation d'un choc en opportunité s'explique par différents facteurs : ces entreprises étaient des pionnières, partisanes de la baisse du temps de travail, qui ont choisi d'anticiper la RTT et surtout, qui ont bénéficié d'aides généreuses de l'Etat.

L'accompagnement de l'accord et les ajustements à termes sont aussi des facteurs de succès au niveau de l'entreprise car l'environnement économique se modifie vite.

Par ailleurs, les principaux effets attendus, et, effectivement produits par la RTT semblent aujourd'hui en très grande partie révolus. En effet, c'est seulement lorsque la réduction de la durée effective du travail est importante que des emplois peuvent être crées ou sauvegardés. Par conséquent, les effets positifs sur l'emploi observés sous les lois Robien et Aubry I sont affaiblis depuis le passage à la loi Aubry II. Les principaux apports de la RTT à la politique de l'emploi semblent donc bien derrière nous.

Enfin, aussi bien au niveau micro-économique qu'au niveau macro-économique, les conditions à réunir pour la réussite de la RTT sont très exigeantes. Il a en effet fallu que les entreprises effectuent de très importants gains de productivité. De tels gains ne sont pas réalisables partout et durablement : seules les entreprises les plus grandes ont pu atteindre ce résultat. La mise en place de la RTT dans les plus petites structures ne pourra pas donner lieu à de tels gains en efficacité. Autre condition de succès, l'aide de l'Etat a été très importante en début de période et pour les entreprises pionnières. Les assouplissements apportés (Loi Fillon) réduisent, au contraire, le caractère volontariste de l'intervention publique en faveur de la RTT, les entreprises sont un peu plus libre de gérer les heures supplémentaire. Enfin, la troisième condition de la réussite de la RTT au niveau de chaque entreprise mais aussi sur le plan macro-économique peut être trouvée dans la modération salariale. Cette dernière permet d'expliquer le succès d'opérations de RTT dans des entreprises qui connaissaient par ailleurs plutôt une situation de croissance. Elle fait aussi partie des conditions macro-économiques qui ont été à l'origine des créations d'emploi de la première phase de la RTT. Mais la modération, outre le fait qu'elle peut réduire la satisfaction des salariés à l'égard du processus de RTT, risque d'aboutir à terme à l'expression de revendications salariales difficiles à satisfaire pour les entreprises.

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