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La maladie sacrée, les parthenoi dans le regard de la médecine grecque

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par Virginie TORDEUX
Université Rennes 2 - Master 2006
  

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II. L'UTERUS ET SES DIVAGATIONS.

II.1. Le corps des femmes et les Hippocratiques

Il y a une corrélation entre la gynécologie et le rôle de l'individu dans la propagation de l'espèce, mais peu de cultures considèrent les organes génitaux extérieurs pour justifier la séparation des rôles entre l'homme et la femme dans la société. Les traits que la société considère comme s'attachant respectivement aux hommes et aux femmes permettent de construire le sexe dans la société. Ces traits entrent souvent en contradiction avec les individus pris séparément. Par exemple, dans notre culture, une femme peut être plus musclée ou plus agressive qu'un homme et inversement. Cependant, ils sont toujours considérés comme des exceptions à la loi naturelle. Cette croyance en la loi naturelle trouve son expression initiale dans la mythologie et la religion et peut influencer les théories médicales tant et si bien que l'on finit par croire que cette différence est plus basée sur la biologie que sur les conditionnements sociaux401(*).

Les médecins hippocratiques n'ont jamais vu d'utérus humain402(*). Dans ces conditions, l'utérus n'est vu que comme un récipient capable de conserver la semence et de protéger l'embryon.

403(*)

Contrairement à l'intégralité du Corpus qui repose sur la dynamique des fluides, les traités gynécologiques restent influencés par les croyances traditionnelles concernant l'utérus404(*).Dans le schéma humoral hippocratique, une fois que le sang a coulé dans l'utérus, il est déchargé par le stoma dans le vagin. Ces médecins croyaient qu'hors le temps de la grossesse un stoma fermé était une condition pathologique. Dans ce cas, le sang pouvait soit rester et fermenter dans l'utérus, soit se déplacer vers une autre partie du corps et former un abcès. Quand on sait que les médecins décrivaient le corps féminin comme parsemé d'un tissu de canaux arrivant à l'utérus de toutes les parties du corps, on peut aussi comprendre qu'ils aient conçu que le sang menstruel revenait dans ces canaux et allaient vers un autre point du corps. On peut comprendre que les Hippocratiques aient pu croire que l'utérus pouvait pointer en une direction ou dans une autre et emprisonner le sang à l'intérieur ou le ramener vers les canaux. En revanche, il est difficile de concevoir comment et pourquoi ces médecins ont pu imaginer un utérus possédant la capacité de voyager dans le corps : il peut aller au dehors405(*), remonter jusqu'au foie406(*), se porter à la tête407(*), au coeur ou au hypocondres, sur la vessie vers la fraîcheur extérieure quand il est échauffé et qu'il sue, vers les lombes ou les hanches.

Un aspect particulier du corps féminin par rapport à celui de l'homme est le possession d'espaces, de sortes de voies de communication le long desquelles l'utérus se déplace. Alors qu'un corps de femme est d'une texture plus lâche que celui de l'homme, les Hippocratiques ne semblent pas avoir pensé l'abdomen comme une cavité vide du corps. Une large partie du dysfonctionnement menstruel féminin est attribuée aux vaisseaux et à la chair trop fortement compacté pour fournir le sang en excès chez une femme, dont le corps n'a pas été altéré par les lochies. Pourtant, l'utérus est connecté à toutes les parties du corps par la phlebia et les phlebes et, après altération du corps, lors de l'accouchement, eux aussi pouvaient se développer dans un « espace large » afin qu'ils ne deviennent pas trop pleins ou filtrés avec les règles.

« En effet, à se remplir, la matrice y est habituée et le corps y est disposé, vu la grossesse ; en même temps plus d'espace pour l'accouchement est dans le corps pour le sang, à cause que le corps s'est fondu ; et le sang, étant au large, cause moins de mal, à moins que les veines n'éprouvent un excès de plénitude et de ton408(*). »

Un utérus malléable pouvait se mouvoir par ces chemins larges, avec une certaine aise, et les femmes, les plus sensibles aux déplacements de l'utérus étaient celles dont les passages étaient élargis par les lochies (les veuves ayant eu des enfants, femmes actives sexuellement mais qui avaient cessé de l'être), soit par la durée pendant laquelle la menstruation était survenue dans leur corps (les vieilles et les vierges).

Toutefois, bien que les Hippocratiques aient accepté et rationalisé beaucoup de croyances traditionnelles dans leur médecine, ils n'accordaient habituellement pas de crédit à une croyance qui retentissait comme une superstition purement irrationnelle (Maladie sacrée tourne au ridicule les explications traditionnelles sur les causes de l'épilepsie), cette position permet aux médecins d'être en désaccord avec l'opinion commune selon laquelle l'utérus réagit aux odeurs. En effet, bien que la physiologie féminine hippocratique puisse s'accommoder d'un utérus mobile, il n'y a rien dans la théorie physique des Hippocratiques qui le requiert (les maladies attribuées aux transferts de l'utérus peuvent toutes être expliquées plus facilement comme une dégénérescence du sang menstruel), se baser sur l'efficacité des thérapies olfactives pouvait leur causer un certain embarras. Cette médecine rationnelle ne rejette pas le concept d'un utérus mobile, et d'un autre côté, elle suggère que l'utérus vagabond remplit un rôle culturel important dans la caractérisation du sexe féminin409(*). On peut donc supposer, une fois encore, qu'entre en jeu d'autres intérêts et notamment ceux de la cité.

* 401 Lesley Ann Dean-Jones, op. cit., p 42.

* 402 Lydie Bodiou, Histoire du sang des femmes grecques : filles, femmes, mères.

* 403 Lesley Ann Dean-Jones, op. cit., p 158.

* 404 Lydie Bodiou, loc. cit.

* 405 Hippocrate, De l'excision du foetus,Tome VIII, 516.

* 406 Hippocrate, Maladie des femmes, Tome VIII, 388-392.

* 407 Hippocrate, Maladie des femmes,Tome VIII, 266.

* 408 Hippocrate Maladies des femmes, Tome VIII,10, 16-19.

* 409 Lydie Bodiou, op. cit.

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"Ceux qui vivent sont ceux qui luttent"   Victor Hugo