WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

La maladie sacrée, les parthenoi dans le regard de la médecine grecque

( Télécharger le fichier original )
par Virginie TORDEUX
Université Rennes 2 - Master 2006
  

précédent sommaire suivant

Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy

II.2. Un utérus mobile

Le concept d'un utérus mobile n'est pas propre aux Hippocratiques. Platon y a largement contribué. En ce qui le concerne, il s'agit de situer la place de l'homme dans l'univers entre la matière et l'esprit ; et dans l'échelle de la vie. De montrer en quoi la nature de l'homme diffère de la nature végétale et comment se combine la nature animale ou psychè animale, avec la nature spirituelle qu'il tient des dieux410(*). Le philosophe disserte donc sur l'organisation du corps humain avec celle du cosmos. L'homme est dans le monde et le monde est dans l'homme. Jeux de miroir où l'image de l'un renvoie celle de l'autre. Mais ici et là, images abstraites, quintessenciées, copies toujours imparfaites de l'Etre éternel et immuable. La communion de l'organisation du corps avec celle du monde visible conduit Platon à parler du monde en terme anthropomorphiques.

Les Hippocratiques n'ont jamais explicitement décrit l'utérus comme un animal individuel errant à l'intérieur du corps de la femme ; d'ailleurs, les gynécologues n'ont jamais utilisé le verbe « errer » pour décrire les mouvements de l'utérus. Ils expliquent les mouvements de l'utérus à travers le corps d'une femme en prétendant que, s'il n'est pas ancré en place par la grossesse ou gardé humide par le rapport sexuel, il est attiré par d'autres organes plus humides. La thérapeutique hippocratique a consisté à recommander à toutes ces femmes de se marier et de devenir enceintes. Ainsi, la thérapeutique rejoint-elle la finalité du mariage grec.

II.3. Remèdes

Même chez les jeunes vierges ou celles qui n'ont pas donné naissance, les destinations préférées de l'utérus (coeur, foie, cerveau) étaient connectés à l'utérus par les plus larges phlebes et puisqu'ils étaient parmi les plus humides du corps, ils étaient donc desservis par un vaisseau capable de porter une grande quantité de sang. Il est probable, comme l'affirment P. Manuli et E. King, que ces phlebes étaient tributaires d'un « tube » qui passerait à travers le diaphragme et se connecterait aux narines et au vagin de la femme, donnant à l'utérus un passage libre du haut jusqu'au bas du corps411(*). L'illustration est fournie par la méthode hippocratique permettant de savoir si une femme peut concevoir ou non : le médecin l'assoit sur quelque chose qui sent fort (l'ail est l'ingrédient standard pour ces recettes) et teste si on peut le sentir par sa bouche. Si c'est le cas, tout va bien, sinon, le tube est bloqué et des soins doivent être administrés pour le débloquer avant qu'elle puisse concevoir411(*). De même, la méthode pour faire redescendre un utérus à sa place : on fait respirer à la femme une odeur nauséabonde par les narines et on place un récipient au niveau du vagin rempli d'odeurs agréables. Attiré par ces dernières, l'utérus redescendra. La croyance dans l'efficacité de cette méthode dépend de la croyance en laquelle l'utérus peut ou non sentir412(*). Le modèle d'un tube se connectant de la tête au vagin donne une explication au fait que la gynécologie inclut une cure spécifique pour la mauvaise haleine chez les femmes. Il s'agit de :

« Brûler à part une tête de lièvre et trois rats (dont on ôtera les intestins à deux, mais pas le foie et les reins), piler dans un mortier et tamiser puis mêler partie égale de ces ingrédients, en frotter les dents et l'intérieur de la bouche413(*) »

Lequel est le meilleur, la maladie ou le remède ?

Apparemment, le transfert de l'utérus en des zones différentes du corps peut être appuyé par des principes scientifiques dans la construction hippocratique du corps féminin. Toutefois, ces principes ne sont pas apparents dans la méthode suggérée par ces médecins pour faire revenir l'utérus à sa position initiale. La procédure générale est d'administrer des substances olfactives fétides aux narines en même temps que la femme s'assoit sur le bol empli de parfums délicats, repoussant simultanément l'utérus d'un côté du corps et l'attirant de l'autre (les bonnes et mauvaises odeurs sont inversées si l'utérus à voyagé vers le bas du corps)414(*). L'efficacité de cette thérapie dépendait du fait que l'on pensait que l'utérus avait, d'une certaine façon, un sens olfactif développé, restes d'une théorie pré-rationnelle des mouvements de l'utérus415(*).

L'utérus peut être soumis à ce que nous appelons la descente d'organe et sortir de la vulve : c'est le résultat de rapports sexuels trop rapprochés de la naissance et d'un accouchement difficile416(*). Cette situation a pu apporter du crédit à la thèse de l'utérus migrateur. Cependant la descente d'organe ne se fait qu'à l'intérieur du vagin. Il peut arriver que, malgré les tendons, il ne tienne pas en place mais cela ne signifie en aucun cas que l'utérus déambule à l'intérieur du corps féminin417(*). Plus significatif est la remarque d'Hanson qui indique que le corps des hommes n'ayant pas de place pour un utérus, le corps humain n'a pas de place attitrée pour que celui-ci y réside. Une fois encore, malgré le fait que les Hippocratiques étaient probablement conscient du fait que les utérus des femelles animales tenaient généralement en place grâce aux tendons dans la partie basse de l'abdomen, ils n'ont pas appliqué ce savoir à la construction du corps de la femme et la croyance selon laquelle la femme est radicalement différente de l'homme signifie que le savoir gagné par l'observation de la nature des organes du corps humain à travers les blessures de guerre pouvaient ne pas être pris en compte si elles engendraient une quelconque difficulté dans leur croyance concernant le corps des femmes.

« Chez la plupart, durant les fièvres, les règles se montrèrent, et chez beaucoup de jeunes filles la menstruation parut alors pour la première fois. [...] Aucune de celles chez qui ces phénomènes se manifestèrent régulièrement, ne mourut, à ma connaissance418(*) »

Les cas individuels rappelés dans Epidémiques corroborent une généralisation. La première parthenos qui n'a jamais eu ses règles meurt, les deux autres ayant commencé leurs règles durant la maladie survivent419(*). Pour les Hippocratiques, les règles sont un moyen naturel de purger le corps des maladies qui l'assaillent420(*).

Face à cet utérus mobile, que faire ? On verra pourquoi celui-ci peut poser problème, la faute en revient aux femmes, est - ce étrange ? Quels sont les types de remèdes ? On ne sera pas plus étonné que l'homme y joue une place prépondérante.

* 410 L. Brisson, « Le corps animal comme signe de la valeur d'une âme chez Platon », dans L'animal dans l'Antiquité, Edition B. Cassin, J.L. Labarrière, Vrin, 1997, 227-246.

* 411 Hippocrate Maladies des femmes, Tome VIII, 322, 8-14.

* 412 Helen King, op. cit. p 73.

* 413 Hippocrate, Maladies des femmes, Tome VIII, 366, 6-20.

* 414 Hippocrate, Nature de la femme, Tome VII, 314, 21 ; 332,6-7.

* 415 Lydie Bodiou, loc. cit.

* 416 Helen King, op. cit., p 71.

* 417 Ibid.

* 418 Hippocrate, Epidémies, 1.8.

* 419 Lesley Ann Dean-Jones, op. cit., p 140.

* 420 Ibid.

précédent sommaire suivant






Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy








"La première panacée d'une nation mal gouvernée est l'inflation monétaire, la seconde, c'est la guerre. Tous deux apportent une prospérité temporaire, tous deux apportent une ruine permanente. Mais tous deux sont le refuge des opportunistes politiques et économiques"   Hemingway