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La maladie sacrée, les parthenoi dans le regard de la médecine grecque

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par Virginie TORDEUX
Université Rennes 2 - Master 2006
  

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II. DES MALADIES EN RAPPORT AVEC LA NATURE DES FEMMES.

II.1. La pendaison

La pendaison, en Grèce, est un mode d'asphyxie446(*). Pour les médecins, toutes les formes d'asphyxie communiquent entre elles ; lorsqu'un auteur hippocratique énumérant les troubles qui saisissent les jeunes filles à l'âge de la puberté, évoque côte à côte l'envie de se noyer et celle de se pendre, peut-être y a-t-il plus qu'un effet de hasard dans une telle juxtaposition. Du moins le médecin sait-il rapprocher le pendu de l'épileptique, parce qu'avec ce dernier il a en commun de présenter le symptôme essentiel de l'asphyxie : l'écume à la bouche, signe d'étouffement. Enserrer le cou, c'est perdre la voix ou se suicider.

Aux douteuses valeurs qui, de la pendaison ou de l'étranglement, font une mauvaise mort, il serait temps d'en ajouter encore une, décisive : L'agkhone est d'abord une mort féminine. Il n'est que d'évoquer les héroïnes pendues de la mythologie et du culte. Phèdre, Ariane, Erigone, Kharila. Serait-ce à mettre en rapport avec un naturel féminin moins courageux et moins ferme ? L'auteur de Maladies des jeunes filles recourait à cette hypothèse de faiblesse psychologique pour rendre compte des épidémies de suicides qui mettent la corde au cou des jeunes filles. Mourir la corde au cou revient à ne jamais voir couler son sang. Le corps féminin est à la fois clos et ouvert et laisse couler le sang naturellement. En sa cohérence, l'imaginaire grec du corps choisit d'insister sur la clôture féminine et le sang des femmes, en dehors des périodes où il s'écoule, est pensé comme enfermé dans leur corps. Qu'en est-il, dans cette perspective, d'un corps féminin par trop fermé parce que l'écoulement est entravé ? C'est dans le discours médical que l'on trouve la thématique de l'étranglement pour caractériser ces états redoutables, où dans le corps des femmes, le sang l'étouffe. Soit une jeune fille encore non mariée, lors de la première éruption de ses règles. La chose ne saurait bien se passer :

« Car à ce moment, le sang se porte à la matrice comme pour s'écouler au dehors (...). Et quand l'orifice de l'issue n'est pas ouvert, (...) alors le sang, n'ayant point de sortie, s'élance, vu la quantité, sur le coeur et le diaphragme447(*) »

Il s'ensuit la folie, l'inflammation aiguë et le désir de l'ankhonè, du fait de la pression autour du coeur. Et de fait, peu s'en faut que la patiente ne s'étrangle ; alors il faut vite la marier : rien n'entravant plus l'écoulement du sang, elle sera délivrée de la maladie. Dans le corpus hippocratique, nul texte ne dit mieux les méfaits de la pression du sang dans le corps féminin que ce traité Des Maladies des jeunes filles : les vierges il est vrai, sont tout particulièrement portées à la pendaison, parce qu'en elles le sang s'affole. Etouffée par le bas, la femme cherche une issue vers le haut, en se pendant. Il arrive aussi qu'en nouant une corde autour de son cou, elle se contente d'obéir aux sollicitations de sa matrice errante, remontée vers le haut du corps, comme en quête de l'ultime étouffement.

Etrange logique que celle d'un corps deux fois voué à s'étrangler, par le bas et par le haut ; plus exactement, on dira que l'étranglement d'en haut répète celui d'en bas, car toujours la pendaison ou le désir de mort répond à une suffocation de la matrice448(*). Telle est la réponse que le discours gynécologique apporte à une question grecque que l'on pourrait formuler ainsi : qu'est-ce donc qui pousse les femmes à se pendre ? De la réponse médicale à celle ouverte dans l'univers politico-religieux, à la réponse apportée par les médecins, il existe un écart qu'on ne peut tenter de dissimuler. Mais il importe qu'en l'occurrence, la logique de la pensée médicale se fonde sur une représentation du corps féminin très largement répandue dans l'imaginaire grec : le corps des femmes y est conduit, canal, voie de passage du bas vers le haut, de la « bouche » de la matrice à la bouche qui parle ou se tait, du col suffoquant de l'utérus au cou serré dans le lacet449(*). Prise entre deux orifices, orientée dans les deux sens, comment la femme échapperait-elle à l'ankhonè ?

Mais il est des maladies somatiques dont certaines expressions peuvent sembler psychiatriques. Ainsi dans l'épilepsie, « l'orage électrique cortical450(*) », qui chez la femme, longtemps encore après les Anciens, a été mal distinguée de l'hystérie. Il semble qu'une telle confusion a été commise maintes fois : par exemple, dans Maladies des femmes : on y voit une femme qui cesse brusquement de parler, dont le coeur a des palpitations, qui grince des dents, et « a qui arrivent aussi les autres incidents des personnes atteintes de la maladie sacrée451(*) ». L'auteur incrimine la matrice qui seul, chez la femme, peut être à l'origine de ces troubles.

L'épilepsie, ce mal sacré, sera étudié plus en détail. Au travers du traité « Maladie sacrée », on verra les causes traditionnelles de cette maladie ainsi que les remèdes qui lui étaient apportés. On verra ensuite le point de vue des Hippocratiques sur la question qu'il s'agisse des causes, des symptômes de l'attaque, des remèdes et comment les théories sur l'épilepsie ont évolué au fil des siècles.

* 446 Nicole Loraux, Les expériences de Tirésias : le féminin et l'homme grec, Paris, Gallimard, 1994, p 130.

* 447 Hippocrate, Maladies des jeunes filles, Tome VIII, 466-467.

* 448 Hippocrate, Maladies des femmes, Tome VIII, 360.

* 449 Lydie Bodiou, Histoire du sang des femmes grecques :filles, femmes, mères.

* 450 Veith I, Histoire de l'hystérie, Seghers, 1973.

* 451 Hippocrate, Maladies des femmes, Tome VIII, 326.

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"Qui vit sans folie n'est pas si sage qu'il croit."   La Rochefoucault