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L'utilité des peines de prison pour les criminels

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par Paul-Roger GONTARD
Université d'Avignon et des Pays de Vaucluse - Maitrise de droit privé, option Carrières Judiciaires 2007
  

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§ 2 Des conditions humaines humiliantes

En préambule à ce développement, il nous faut reconnaître que les brimades déshumanisantes ne sont pas le fait de tous les établissements pénitentiaires, ou plutôt de tous les personnels de ces établissements. La connaissance que j'ai pu avoir des membres de ce personnel m'a prouvé que beaucoup d'entre eux font leur travail consciencieusement et avec un respect de la personne humaine. Pour autant, et ils le reconnaissent eux-mêmes, dans leur corps, des éléments ont peu de scrupules avec les détenus ou avec le sort qui leur est réservé.

La vie en cellule, en prison, peut donc bien souvent être aussi une humiliation pour l'individu. Outre le fait que l'identité de chacun doit s'effacer devant les règles du milieu carcéral, ce sont les rapports entre les membres de la communauté carcérale qui créent ces humiliations.

Les rapports entres les détenus tout d'abord. Ils sont soumis à toute une série de critères. Il y a le respect des nouveaux envers les anciens, un respect qui peut passer par du racket pour bien faire comprendre la place de chacun dans la société carcérale. Les rapports sont liés au crime dont s'est rendu coupable tel ou tel co-détenu. Il faut remarquer ici le groupe particulier des « pointeurs ». Ce sont des criminels sexuels considérés comme la catégorie la plus inférieure dans l'échelle de valeur des groupes sociaux de prisonniers. Ils sont violeurs, pédophiles, mais sont une population très docile en prison, notamment avec les injonctions de l'administration pénitentiaire. C'est parce qu'ils sont les plus menacés, mais aussi les plus calmes que le personnel pénitentiaire a tendance à être plus clément avec eux qu'avec les autres populations de détenus. Ce que les autres font par ailleurs allègrement payer puisque proportionnellement à leur nombre, les criminels sexuels semblent être les plus victimes de violence, d'agression sexuelle ou de racket.

Les rapports avec le personnel de surveillance entraînent aussi des humiliations. Pour s'assurer de la discipline des détenus, les surveillants disposent de quelques pouvoirs qui, utilisés dans une démarche consciemment humiliante, peuvent être particulièrement dégradants pour les individus. Ainsi, les fouilles complètes à corps sont souvent ressenties comme le premier choc humiliant pour les nouveaux détenus. Les fouilles de cellule qui se font sans respect des effets personnels de leurs propriétaires peuvent créer des ressentiments violents à l'encontre du personnel de surveillance. Ces fouilles sont parfois ressenties comme des salissures, des viols parfois. Les échanges verbaux entre personnels de surveillance et détenus sont parfois faits avec condescendance et dénigrement. Ceci est une liste non exhaustive des humiliations dont peuvent être victimes les détenus. Bien souvent ces humiliations sont assimilées par certains pour une partie du prix à payer pour le criminel. Mais la condamnation de la Cour d'Assise ne porte que sur une privation de liberté, et non une privation de dignité.

Les rapports entre les détenus et l'administration pénitentiaire dans sa fonction disciplinaire peuvent être destructeurs pour le prisonnier. Les commissions disciplinaires sont très souvent ressenties comme des injustices. Bien que les détenus reconnaissent ne pas avoir respecté le règlement, ils s'insurgent de l'immense pouvoir que détient l'administration pénitentiaire pour les sanctionner. Pour remédier à cet affrontement direct entre détenu et administration, le sondage BVA67(*) révèle que l'action perçue comme prioritaire parmi les différents acteurs du monde pénitentiaire consiste pour les magistrats, les avocats et les personnels de santé à « confier la présidence de la commission de discipline à une personne indépendante de l'administration pénitentiaire », cette démarche étant la seule qui soit commune avec celles exprimées par les détenus. Pour leur part, les différentes catégories de répondants suggèrent de « définir de façon précise les infractions disciplinaires » et de « prévoir des possibilités de médiation comme alternatives à la procédure disciplinaire »

Enfin, c'est le rapport entre la famille, le détenu et l'administration qui peut engendrer le plus de frustrations. La peine à laquelle est soumise le détenu s'impose à sa famille, et d'une certaine manière la condamne conjointement de celui qui entre en prison. Les rapports avec celle-ci, pour des raisons de sécurité, sont limités par l'administration. Le nombre de parloirs est strictement encadré, et les familles doivent veiller à venir aux heures exactes. Les tolérances sont très rares, même pour les visites qui viennent de loin. Un aspect de cette vie familiale souvent volontairement occulté est la sexualité des détenus68(*). Le nombre d'enfants « parloir » est de plus en plus élevé en France. L'administration tend à fermer les yeux sur ces pratiques, mais il est intolérable de se contenter de cette situation. Il est tout à l'honneur des femmes de prisonniers de ne pas les avoir abandonnés, c'est pourquoi ne pas reconnaître ce besoin naturel que la société aime à appeler pudiquement le « devoir conjugal » est une hypocrisie majeure. En condamnant le prisonnier, il serait injuste de faire peser une trop lourde charge sur le dos de leur famille et de leur conjointe. Admettre que celles-ci ont droit au bonheur, c'est d'une certaine manière aider à créer un lien solide entre le dedans et le dehors. Créer des responsabilités familiales pour le détenu c'est probablement faire un geste important vers un changement de valeur et de priorité lorsque celui-ci viendra à sortir.

Ce développement n'avait pas pour but de pointer toutes les imperfections et les vices des prisons, mais plutôt de faire ressentir un peu de ces douleurs qui peuvent hanter leurs murs. Les prisonniers, comme nous l'avons vu plus haut, ont déjà quelque chose à reconstruire en eux-mêmes en entrant en prison, les enfoncer et les déstructurer d'avantage n'est pas la bonne solution à leur rétablissement. Leur réinsertion passera probablement par une déconstruction ou un enrichissement de leur échelle de valeur, mais certainement pas par l'humiliation de leur dignité d'Homme.

* 67 Idem

* 68 Pour approfondir cette question précise il faut lire l'étude de Henri de La Motte Rouge qui date du 17 novembre 2006 et qui est disponible sur le site Internet du CREDOF (Centre de Recherche et d'Etude sur les Droits Fondamentaux) :

http://credof.u-paris10.fr/spip.php?article111

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