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L'utilité des peines de prison pour les criminels

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par Paul-Roger GONTARD
Université d'Avignon et des Pays de Vaucluse - Maitrise de droit privé, option Carrières Judiciaires 2007
  

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§ 2 Reconstruction du détenu par l'analyse personnelle72(*)

« La psychiatrie en milieu pénitentiaire est traversée par cette complexité : révoltée mais impuissante face au sort de certains patients porteurs de lourdes pathologies et incarcérés pour de longues durées, hésitante quant aux limitations du soin dans un tel contexte, consciente des limites actuelles des hôpitaux psychiatriques, inquiète quant au développement de structures psychiatriques ultra sécurisées. Il s'agit souvent d'une pratique difficile, contradictoire qui appelle indiscutablement un large débat auquel tous les partenaires devraient être associés et en premier lieu ceux de la psychiatrie : experts, responsables de secteurs, etc.73(*) »

Nous l'avons vu précédemment, les prisons sont inadaptées à la prise en charge des patients souffrant de troubles psychiques et que ceux-ci y connaissent un sort peu enviable, souvent mis à l'écart, stigmatisés en raison de leur pathologie et de plus exclus pour les opportunités de libération conditionnelle ou d'assouplissement de régime qui pourraient tirer de leur pathologie mentale. Pour ce qui est de la participation de ces détenus à des programmes de soins, rien ne peut leur être imposé dans la prison. Il y a une incitation aux soins pour les criminels sexuels, qui auront, pour la plupart, une injonction aux soins après leur sortie de prison, mais un prisonnier ne peut être contraint de suivre une thérapie en prison. Pour mieux comprendre le délicat travail de la psychiatrie pénitentiaire étudions le cas du traitement de deux troubles ou maladies mentales particulièrement courants en prison : les psychopathes (A/) et les psychotiques (B/).

A/ Traitement de la psychopathie en prison

« L'institution pénitentiaire doit restituer à la psychopathie son champ réel en la situant d'une part par rapport à la maladie mentale qui ne doit pas être traitée en prison et d'autre part aux problèmes disciplinaires habituels qu'il ne convient pas de trop psychiatriser. 74(*) »

Près de la moitié de la population des maisons d'arrêt présente des traits psychopathiques. Paradoxalement, la prison propose un modèle tout à fait étranger, pour ne pas dire opposé, avec les injonctions médicales pouvant satisfaire les besoins de traitement d'un psychopathe. Le détenu se trouve pris en charge sur un mode totalitaire75(*), où tout est prévu pour lui, et qui le laisse dans un climat d'attente perpétuelle, ce qu'il peut vivre paradoxalement comme une expérience insécurisante.

A défaut de moyens physiques, il ne reste alors aux praticiens plus qu'un travail psychothérapique verbal individuel, de groupe ou institutionnel, entrepris de façon trop occasionnelle, puisque le détenu doit accepter librement tout traitement psychiatrique.

Pour une définition clinique de la psychopathie nous reprendrons la recherche de Philippe RAPPARD, médecin psychiatre des hôpitaux, érudit et praticien spécialiste des sujets dits « dangereux » :

« La projection perpétuelle de l'agressivité sur le monde extérieur est au psychopathe ce que la projection délirante dans l'imaginaire est chez le psychotique. Se référant à la tendance antisociale, Winnicott, au nom des carences narcissiques précoces qui n'ont pas permis l'apprentissage des premières frustrations, montre que l'enfant qui vole un objet ne cherche pas l'objet volé mais cherche la mère sur laquelle il a des droits. Le rapport à la loi du sujet psychopathe se trouve dès lors marqué par le fait que le langage devient un langage d'acte et que l'acte court-circuite les affects en rendant toute mentalisation impossible.76(*) »

Le psychopathe a donc besoin d'une structuration contraignante faite de l'extérieur par des actes imposés, au moins dans un premier temps, pour recréer en lui les interdits nécessaires à la dissuasion de ses pulsions revendicatives, souvent violentes. Cette structuration passe d'abord par des actions parfois physiquement ou moralement considérées comme violente, mais doit rapidement pouvoir être verbalisée pour que le psychopathe soit mis en situation d'une communication plus conforme à la norme sociale. Puisque la première partie de la contrainte physique est principalement réservée au personnel de l'administration pénitentiaire, très peu formé au traitement des troubles mentaux, il ne reste au personnel psychiatrique qu'une méthode plus verbale, mais insuffisante pour faire utilement et rapidement évoluer ce type de pathologie.

* 72 Sur cette question voir les actes préparatoires au Séminaire du C.E.D.E.P. : Comité Européen : Droit, Ethique et Psychiatrie ; XIIème SEMINAIRE, LA PEINE DU FOU, LA PRISON, LE SOIN ; Juin 2003

* 73 F. MACHERET-CHRISTE, B. GRAVIER ; SCHIZOPHRÉNIE, PSYCHOSE ET PRISON ; C.E.D.E.P. : Comité Européen : Droit, Ethique et Psychiatrie ; XIIème SEMINAIRE, LA PEINE DU FOU, LA PRISON, LE SOIN ; Juin 2003

* 74 Philippe RAPPARD ; PUNIR ET SOIGNER, LA QUESTION DE LA DÉLINQUANCE RÉCIDIVANTE ET DE LA PSYCHOPATHIE FACE AU DROIT PÉNAL ET À LA POLITIQUE PSYCHIATRIQUE DE SECTEUR ; C.E.D.E.P. : Comité Européen : Droit, Ethique et Psychiatrie ; XIIème SEMINAIRE, LA PEINE DU FOU, LA PRISON, LE SOIN ; Juin 2003

* 75 Modèle de Goffman que nous avons vu précédemment

* 76 Philippe RAPPARD ; PUNIR ET SOIGNER, LA QUESTION DE LA DÉLINQUANCE RÉCIDIVANTE ET DE LA PSYCHOPATHIE FACE AU DROIT PÉNAL ET À LA POLITIQUE PSYCHIATRIQUE DE SECTEUR ; C.E.D.E.P. : Comité Européen : Droit, Ethique et Psychiatrie ; XIIème SEMINAIRE, LA PEINE DU FOU, LA PRISON, LE SOIN ; Juin 2003

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