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Les chemins de fer touristiques entre nostalgie et innovation (1957-2007)


par Jean-Jacques MARCHI
Université Bordeaux IV Montesquieu - Master Sciences économiques, option Histoire économique 2007
  

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Chapitre 2 - Le « milieu » des passionnés.

Le « milieu » des passionnés compte environ 30.000 adeptes en France140. Nous nous attarderons quelques instants sur les grandes caractéristiques de ces ferroviphiles de manière à apprécier le contexte humain dans lequel se déroule le développement des chemins de fer touristiques. Que les amateurs ferroviaires veuillent bien nous pardonner si nous avons de temps à autre la dent un peu dure, mais la description qui suit s'applique également (au moins en partie) à nous-même.

137 Nous excluons dans ce chiffre les circulations de matériels préservés ainsi que les cyclo-draisines

138 Nous verrons par la suite que la plupart des chemins de fer touristiques évoluent justement dans un cadre rural.

139 A l'exception regrettable du chemin de fer Luchon - Superbagnères, fermé en 1966.

140 D'après Jean-Michel Gasc.

1- « Jouer au train » ?

Communément, l'amateur de chemins de fer commence par jouer au train électrique dans sa tendre enfance, sous l'oeil attendri de ses géniteurs. Au fil des années, quand le jeu se prolonge, quand le matériel ferroviaire miniature s'amoncelle, quand le réseau étend dangereusement ses emprises jusqu'à « squatter » une pièce

entière, le regard des parents s'empreint d'inquiétude : « à son âge, il n'a rien de mieux à faire ?»

Soit, sous l'effet de phénomènes exogènes, essentiellement féminins, tout rentre dans l'ordre ; soit la passion perdure (l'un n'étant pas forcément incompatible avec l'autre). On commence à s'abonner à des revues ferroviaires, à fréquenter des clubs de modélistes, à envisager d'entrer à la SNCF, ou à rêver de s'occuper d'un « vrai » train (entendez : un train dans lequel on peut monter). Ce « vrai » train, on peut quand on est grand le monter chez soi, dans son jardin (cas le moins fréquent) ou le trouver en tant que bénévole dans le chemin de fer touristique d'à côté. On peut ainsi partager son temps, son talent et sa passion dans une atmosphère souvent conviviale.

Précisons-le afin de lever les éventuels malentendus qui pourraient résulter d'une lecture au premier degré de l'expression « jouer au train » : du fait de la réglementation, des contraintes d'exploitation et d'entretien, des sommes à engager, s'occuper aujourd'hui d'un train touristique ouvert au public reste un plaisir pour les passionnés, mais cela n'a plus rien d'un jeu ! Certains d'amateurs chevronnés n'ont plus d'amateur que le nom.

2- Un « milieu » ouvert ?

Nombre de griefs sont faits aux « ferrovipathes ». D'aucuns dénoncent leur caractère de « collectionneur hamster ». Autrement dit, une incroyable capacité à emmagasiner différents objets ferroviaires de bric et de broc, collectionnés au hasard des trouvailles. Ce trait un peu méchant a cependant quelque justesse. Le plaisir du collectionneur peut se métamorphoser côté visiteur en malaise. Malaise de ne rien comprendre à des collections exposées pêle-mêle, sans esprit didactique. Autre grief, leur souci exagéré de reproduire à l'identique, hérité du modélisme ferroviaire (le train électrique). Un souci qui s'oppose dans certains cas à l'éclosion d'un minimum de créativité.

Enfin, on lit parfois des critiques en des termes plus durs : « Les 'talibans du rail' sévissent encore, apportant leur lot de difficultés dans le tourisme ferroviaire naissant et ralentissant le professionnalisme indispensable qui comprend certaines exigences »141. Que l'on soit simple visiteur, élu, représentant des pouvoirs publics ou bien professionnel du tourisme, il peut s'avérer délicat de créer des liens constructifs avec des interlocuteurs dans « une phase velléitaire de valorisation touristique de la voie ferrée par l'intermédiaire d'une association d'amateurs de chemin de fer »142.

A la décharge des amateurs de trains, il faut reconnaître que leur passion se porte sur un domaine qui possède une forte technicité : le ferroviaire. Que l'on s'adresse à un large public, aux élus, aux pouvoirs publics, aux professionnels du tourisme, il faut vouloir et savoir vulgariser sans dénaturer. Et éviter de culpabiliser involontairement l'interlocuteur parce qu'il ne sait pas ou ne comprend pas. C'est la rançon à payer pour qu'un vrai dialogue s'instaure.

Dans le « milieu » des amateurs, des voix s'élèvent régulièrement pour proclamer qu'une ouverture est nécessaire, qu'il ne faut pas rebuter les personnes qui montrent un intérêt vis-à-vis du chemin de fer, que les bonnes volontés d'aujourd'hui seront (peut-être) les vocations de demain. Il faut du sang neuf pour que le mouvement perdure. En effet, le temps érode le bénévolat. Les choses évoluent dans le bon sens. Des publications comme Voie Etroite ou Chemins de Fer régionaux et tramways regorgent d'articles réalisés par les adhérents d'associations, articles qui se terminent invariablement par un appel aux bonnes volontés, en leur promettant un accueil chaleureux. Avec les pouvoirs publics, les élus, les professionnels du tourisme, les relations s'améliorent.

Alors, ouvert ou fermé, ce « milieu » des amateurs ferroviaires ? Quelle que soit la réponse, il nous faut leur rendre justice : sans ces amateurs ferroviaires enthousiastes, « il ne resterait [...] pas grand-chose de l'ère de la vapeur, si ce n'est dans quelques rares musées publics, où le matériel est d'ailleurs généralement présenté de manière statique »143. Car le mouvement ferroviphile constitue le terreau humain sur lequel les chemins de fer touristiques français ont pu éclore et se développer.

141 Ragon, Renaudet (1999), p 310. C'est nous qui soulignons.

142 Gasc (1995), p 23.

143 Garratt (2003), p 58.

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