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Les chemins de fer touristiques entre nostalgie et innovation (1957-2007)


par Jean-Jacques MARCHI
Université Bordeaux IV Montesquieu - Master Sciences économiques, option Histoire économique 2007
  

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Neuvième partie - Professionnels, ou professionnalisation ?

Introduction - Associatifs contre « professionnels », un faux

débat.

Nous parlerons de « professionnels » lorsqu'un chemin de fer touristique est exploité par une société, une société d'économie mixte, une régie, ou par un indépendant. Nous parlerons d'« associatifs » dans le cas d'une exploitation par une association279. Force est de constater qu'il existe un lien assez net entre la fréquentation et le mode d'exploitation, ainsi que le met en évidence le tableau ci-dessous.

Tableau 14 : fréquentation et type d'exploitation

Nombre de passagers par an

Mode d'exploitation dominant des chemins de fer touristiques

Plus de 90.000

Société délégataire de service public

50.000 à 90.000

Société (hors investissements)

30.000 à 50.000

Associations de bénévoles minoritaires

Moins de 30.000

Associations de bénévoles majoritaires

Source : Jean-Michel GASC, FACS-UNECTO.

Les seize chemins de fer touristiques dont la fréquentation est au moins égale à 30.000 (autrement dit ceux dans lesquels les structures associatives sont minoritaires ou absentes) représentent pratiquement 90% de la fréquentation des 51 « petits trains » de l'ensemble « E2 »280.

Mais est-ce la fréquentation qui détermine le mode d'exploitation (hypothèse 1) ou bien le mode d'exploitation qui détermine la fréquentation (hypothèse 2) ?

279 Association Loi de 1901, sauf en Alsace-Lorraine (Association Loi de 1907).

280 Voir Annexe 1, tableau « les chemins de fer touristiques le plus fréquentés ».

Raisonnons dans le cadre de l'hypothèse 1 : les chemins de fer touristiques à forte fréquentation sont en général des chemins de fer touristiques bien installés, depuis un temps relativement long, dans des lieux où les flux touristiques sont importants (accès aux grands sites notamment). Ces aspects plaideraient en faveur d'une exploitation par une structure professionnelle, du fait de la possibilité de dégager un minimum de rentabilité. Autrement dit, la promesse d'un flux touristique soutenu attirerait les professionnels, par un processus d'« écrémage » du marché. On aurait ainsi un lien de cause à effet entre fréquentation et mode d'exploitation.

Si nous partons sur l'hypothèse 2 : peut-on imaginer qu'une exploitation par des professionnels attire les touristes et fasse en conséquence augmenter le chiffre de fréquentation ? Considérons les éléments suivants281 : les structures

professionnelles consacrent environ 15% de leur chiffre d'affaires à la promotion. Au contraire, pour les structures associatives, ce pourcentage tombe à 1 ou 2 %. En ce qui concerne le chiffre d'affaires , l'écart est déjà énorme entre les différents

chemins de fer touristiques, disons un rapport de 1 à 10. Poursuivons avec un cas particulier : le Train à Vapeur des Cévennes (CITEV), dont la forme juridique est celle d'une S.A.S (Société par Actions Simplifiée), accueille environ 150.000 voyageurs par an, avec une moyenne de dépenses de 9 € par voyageur. Cela nous donne un chiffre d'affaires annuel d'environ 1.350.000 €. 15% de cette somme représentent un budget de promotion de quelque 200.000 annuels (quand même !). A côté, imaginons une exploitation associative générant 10.000 voyageurs annuels (ce qui n'est déjà pas si mal), avec toujours la moyenne de 9 € par voyageur. Son chiffre d'affaires annuel s'élève à 90.000 €. 2% de cette somme, consacrés à la promotion, représentent 1.800 €. A comparer avec les 200.000 € du Train à Vapeur des Cévennes. En gros, le rapport entre les dépenses de promotion est de 1 à 100 ! On imagine aisément l'effet redoutable de tels écarts sur l'attraction des touristes, sur la présence dans les réseaux de prescripteurs (voyagistes, autocaristes), et finalement sur la fréquentation.

Nos deux hypothèses semblent se tenir. Mais faut-il nécessairement opposer les associatifs, et les « professionnels » en laissant entendre que systématiquement les niveaux d'exigence diffèrent? Nous répondons par la négative. Certes, d'un côté, l'exploitation par des associatifs vise l'équilibre financier, tandis que de l'autre côté l'exploitation par des professionnels entend générer des bénéfices (à quelques exceptions près). On peut en déduire que le niveau d'exigence diffère. Or :

-il existe des associations gérées de manière aussi pointue que s'il s'agissait de professionnels. En revanche d'autres associations, par la force des choses de plus en plus rares, réalisent du travail d'amateur, au sens péjoratif du terme

281 Infos J-M. Gasc, FACS-UNECTO.

-il existe aussi des chemins de fer touristiques qui choisissent de conserver une structure associative : c'est une question d'ambiance de travail, de plaisir de travailler ensemble entre passionnés

-enfin certains chemins de fer touristiques gérés par des professionnels travaillent en bonne intelligence avec des associatifs282. Nous montreraient-ils une direction à suivre ?

A notre avis, au final, les modes d'exploitation importent relativement peu. Ce sont les hommes qui comptent. Aussi, la vraie question est peut-être ailleurs : c'est celle de la professionnalisation des chemins de fer touristiques, au sens de la professionnalisation de l'ensemble des intervenants, techniques ou commerciaux. Dans un cadre où le nombre de visiteurs reste relativement stable (progression de moins de 10 % en 15 ans), où les structures se multiplient, où l'offre touristique reste globalement supérieure à la demande, où nos édiles ne veulent (ni ne peuvent) financer tout et n'importe quoi, cet enjeu revêt une importance cruciale.

Chapitre 1 - Les «grands d»«es petits trains »

Nous avons évoqué les « professionnels ». Il est temps de faire rapidement connaissance avec les plus emblématiques d'entre eux.

La Compagnie du Mont-Blanc exploite les systèmes alpins d'accès aux grands sites touristiques (Train du Montenvers - Mer de Glace, Tramway du Mont-Blanc,), les remontées mécaniques du domaine sKiable chamoniard ainsi que des activités de restauration. Elle agit en tant que délégataire de service public. Elle est cotée en bourse283. Près de 800.000 touristes empruntent annuellement ses deux trains, soit le tiers de l'ensemble de tous les visiteurs des chemins de fer touristiques. A noter toutefois, par rapport à 1991, un net déclin de la fréquentation de ses trains.

La CFTA (Chemins de Fer et Transports Automobiles), jadis nommée Société des Chemins de Fer Economiques, a été fondée au 1 9ème siècle. Elle est une filiale de Veolia Environnement, un des géants du secteur des « public utilities » (services publics). Sous la marque commerciale Veolia Transport Trains Touristiques, elle exploite les chemins de fer touristiques suivants: Petit Train de La Rhune (Pyrénées Atlantiques), Chemin de Fer de la Mure (Isère), Vapeur du Trieux (Côtes d'Armor),

282 Par exemple : le Chemin de Fer du Vivarais (CFV) et l'Association de Soutien au Chemin de fer du Vivarais. Ce type de fonctionnement (exploitant et association en symbiose) a fait ses preuves dans les pays anglo-saxons.

283 Compagnie du Mont-Blanc, cotée au Marché Libre (code : MLCMB), elle-même filiale à 23% de la Compagnie des Alpes, cotée au Compartiment B (code : CDA)

Train des Mouettes (Charente-Maritime). Ses trains accueillent environ 450.000 voyageurs chaque année, en forte augmentation par rapport à 1991. On remarque en termes de fréquentation l'excellente tenue du Petit Train de la Rhune (deuxième de France) ainsi que du Chemin de Fer de la Mure.

Créée en 1990, Altiservice, filiale à 100% de la Lyonnaise des Eaux (Groupe Suez), est le leader de la gestion des domaines sKiables pyrénéens. De par son exploitation du Petit Train d'Artouste sous le régime de la délégation de service public, Altiservice représente quelque 140.000 visiteurs annuels.

Mais le phénomène peut-être le plus fascinant des chemins de fer touristiques reste la CITEV, exploitante du « Train à Vapeur des Cévennes ». Elle constitue, de par son histoire et son développement, la preuve qu'un chemin de fer touristique au départ associatif peut se développer jusqu'à devenir une véritable PME. 150.000 voyageurs empruntent annuellement sa ligne Anduze- Saint-jean-du-Gard. L'évolution

juridique la CITEV nous semble significative : d'abord association puis S.A.R.L ensuite S.A et enfin S.A.S.

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