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Les chemins de fer touristiques entre nostalgie et innovation (1957-2007)


par Jean-Jacques MARCHI
Université Bordeaux IV Montesquieu - Master Sciences économiques, option Histoire économique 2007
  

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Chapitre 2 - Ailleurs, les chemins de fer touristiques.

1 - Une question d'intérêt ?

En matière de chemins de fer touristiques, la France occupe une place intermédiaire en Europe et dans le monde. Nous la situons loin derrière le Royaume-Uni ou l'Allemagne, mais devant l'Italie ou l'Espagne. Quelles explications en donner ? Il nous semble que cela a trait à la culture et à l'histoire. Les pays anglo-saxons284 offrent une base plus solide au développement des chemins de fer touristiques : amateurs ferroviaires nombreux, collaboration bienveillante ou même soutien des grands opérateurs commerciaux. Par contre, les pays de culture latine, malgré des initiatives prometteuses285, apparaissent globalement en retrait.

Stefano Maggi286 y voit l'effet de « l'intérêt prédominant » d'un pays. Selon lui, cet intérêt se trouve dans l'Antiquité et au Moyen-Âge pour l'Italie, à l'époque de

Louis XIV et au 1 8ème siècle pour la France, pendant la Révolution Industrielle pour la Grande-Bretagne.

284 En sus des deux pays mentionnés : la Belgique, la Suisse, l'Autriche, les Etats-Unis, le Canada, l'Australie, la Nouvelle-Zélande, l'Afrique du Sud

285 Par exemple le « Train Nature » en Toscane, l'ARMF en Catalogne

286 Maggi (1999), p 283.

D'autres facteurs ont pu également intervenir pour faciliter ou entraver le développement des chemins de fer touristiques :

-règlementations plus ou moins bienveillantes (par exemple autorisant ou n'autorisant pas le cumul trafic voyageurs, marchandises et touristique)

-diversité ferroviaire où de nombreuses compagnies privées (ou d'économie mixte) cohabitent avec un opérateur national (Allemagne) ou bien au contraire tradition ferroviaire monolithique, pour ne pas dire monopolistique (France).

2- Un paradis aux accents « british »

Jetons un rapide coup d'oeil vers le Royaume-Uni : 8 millions de voyageurs en 1999 (contre 3 en France), 1.000 locomotives à vapeur préservées, plus de 30 musées.

« Les Anglais sont amoureux de leurs trains [...] Cette relation privilégiée se traduit par le très grand intérêt du public pour eux et son implication dans les loisirs ferroviaires, la recherche historique amateur et professionnelle, l'exploitation de chemins de fer touristiques, par l'attention remarquable et unique portée par la législation en vigueur aux chemins de fer historiques» 287. Cette passion pour la chose ferroviaire ne date pas d'hier. Dans l'histoire des « petits trains », les Britanniques cumulent les premières fois : déjà, en 1927, des particuliers préservent une locomotive historique. En 1949, une association sauve un réseau : le Talyllyn Railway au Pays de Galles. 1959 voit l'ouverture d'une ligne à voie normale par des bénévoles. Les chemins de fer historiques sont « désormais un composant majeur de l'économie touristique »288.

Révélateur du décalage existant (et persistant) entre la France et le Royaume-Uni, cet extrait de l'éditorial de David Blondin, dans Voie Etroite, n°217 (décembre 2006 - janvier 2007) : « Noël approchant, on se prendrait vite au jeu [...] de croire que ce qui se fait ailleurs peut se faire chez nous... Ailleurs, c'est au Pays de Galles. Une sorte de monde merveilleux où la concentration de lignes touristico-historiques à vapeur dépasse ce que nous pouvons raisonnablement supporter [...] L'exemple le plus frappant [...] est bien sûr la résurrection du Welsh Highland Railway, modeste ligne à voie de 60 de 40 Km de longueur, fermée depuis 70 ans, dont les travaux de construction avancent à grands coups de subventions (un peu plus de sept millions d'Euros pour la tranche déjà en service !) et des dizaines de milliers d'heures de bénévolat. Il a suffi de cinq ans pour ouvrir la première section de 8 Km [...] et de seulement trois années supplémentaires pour la section suivante de 11 Km ! [...] la dernière phase avance à pas de géant et les 21 Km restants seront inaugurés en

287 Scott (1999), p 348-353.

288 Idem, p 352. C'est nous qui soulignons.

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2009 [...]. Et pendant ce temps en France, certains attendent depuis des années de pouvoir poser leur premier rail... ».

Dans cet « autre monde », les amateurs abondent, les chemins de fer touristiques sont considérés comme un atout au service du développement économique local. Bref, les « petits trains » sont pris au sérieux.

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