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Immigration volontaire ou forcée des allemands et des alsaciens-lorrains dans les Vosges (1911-1920)

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par Clément Thiriau
Université Nancy II - Master 2 d'histoire contemporaine 2007
  

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Conclusion :

A l'inverse du syndicalisme ouvrier, les services sociaux instaurés par les grandes entreprises textiles sont avant 1914 très développés et profitent aux très nombreux ouvriers d'origine alsacienne. Leur statut au sein de l'entreprise détermine l'appartenance à telle ou classe sociale : ils sont soit membre de la bourgeoisie locale, artisans commerçants de la classe moyenne ou plus souvent font partie de la classe ouvrière. Les divers modes de vie qui en découlent touchent de la même façon les immigrés alsaciens et allemands et la main-d'oeuvre d'origine locale.

Le monde de l'entreprise est ainsi le lieu où se forgent rapports de force, modes de vie et activités associatives qui conditionnent l'intégration dans la communauté locale.

Chapitre 3 : Intégration ?

I - Religion, école, santé, loisirs.

La défaite de 1871 a amené dans notre région, un nombre important d'Alsaciens appartenant à la communauté protestante. A Remiremont, les chevaliers d'industrie, originaires de Mulhouse notamment, étaient en grande majorité protestants, telles les familles Schwartz et Antuszewicz145. Le culte se divise alors en deux grandes communions : l'Eglise réformée (calvinistes) et l'Eglise de la confession d'Augsbourg (luthériens). Seule la première de ces églises est en fonction dans le département. En 1872, il y avait dans les Vosges 773 calvinistes et 430 luthériens. En 1903, le culte protestant rassemble 3 191 fidèles implantés surtout à Epinal, à Remiremont et à Saint-Dié. Par application de la loi du 9 décembre 1905, des associations culturelles pour l'exercice du culte protestant sont formées à Epinal, Thaon, Neufchâteau, Remiremont, Saint-Dié et Raon-l'Étape En 1911, la population protestante vosgienne comporte 3235 personnes qui se répartissent ainsi : 1300 fidèles dans la paroisse d'Epinal, 323 dans la paroisse de Remiremont, 1612 dans celle de Saint-Dié. Rien ne permet d'infirmer l'hypothèse avant 1914 d'une corrélation étroite entre le luthéranisme militant et l'expression de sentiments germanophiles constatée en 1917146.

D'autre part, refusant la nationalité allemande, nombre d'Israélites alsaciens se sont réfugiés dans notre département, notamment l'important groupe des commerçants et artisans147. La communauté juive résidant à Remiremont, vivant de traditions autrement anciennes et autrement partagées, édifie, au milieu d'une population ignorante de leurs usages, une synagogue propre à illustrer à la fois des affirmations distinctes et les propos d'une intégration en cours148. Comme les autres Eglises, l'Eglise israélite est séparée de l'Etat par la loi de 1905. Des associations dites culturelles sont alors créées à Epinal, Bruyères, Charmes, Gérardmer, Lamarche, Neufchâteau, Rambervillers, Raon-l'Étape, Remiremont, Saint-Dié, Le Thillot et Senones.

En général, au début du XXe siècle, les Vosgiens restent marqués par le christianisme. L'interdiction d'enseigner aux membres des congrégations touche surtout les congrégations d'hommes ; les congrégations de femmes en majorité autorisées peuvent continuer leurs activités sans être inquiétées. Ces congrégations rencontrent de nouvelles difficultés en 1902, avec la loi peu libérale sur les associations. Toutefois le gouvernement n'ose pas s'en prendre aux congrégations hospitalières de femmes dont les services s'avèrent indispensables.

145 F. Noël, op. cit., pp. 79-81.

146 Roger Martin, « Les Alsaciens dans l'arrondissement de Remiremont pendant la guerre de 1914-1918 », in Le

Pays de Remiremont, 1979, n°2, pp. 62-65 du deuxième cahier.

147 J.-P. Claudel, op. cit., pp. 301-320.

148 F. Noël, op. cit., pp. 79-81.

Dans les communes vosgiennes, les congréganistes allemands sont en grande majorité des femmes, souvent d'origine alsacienne, qui participent à des congrégations religieuses. A Epinal, au 1er juillet 1917, on compte 14 Alsaciennes dans des congrégations religieuses, constituant une très forte majorité, tel l'Ordre du Divin Rédempteur (Epinal), l'Ordre de Saint-Charles à Nancy (infirmières à Epinal) ou l'Ordre de la Doctrine chrétienne. Dans le canton de Charmes, on constate que plusieurs communes comportent de nombreux congréganistes étrangers. Par exemple, Portieux accueille au 17 juillet 1917 deux Allemandes et 15 Alsaciennes, qui font toutes partie des « Soeurs de la Providence ». A Saint-Gorgon, canton de Rambervillers, on recense quatre Allemandes, d'origine alsacienne, plus ou moins jeunes : Julie Hotteler, 18 ans, est servante tandis que Puis Talk, 41 ans, est ouvrière à la filature locale. Dans l'arrondissement de Mirecourt, trois Alsaciennes-Lorraines fréquentent la congrégation religieuse de Godoncourt ; parmi elles figure Lucie Schoubrenner, en religion Soeur Marie du Saint-Sacrement, née à Insming, Lorraine allemande, arrondissement de Metz et Anna Bontemps, réfugiée, née à Colmar le 23 juillet 1852. A Bruyères Anna Wolf, Allemande, née en 1863 à Luthenbach, duché de Wassau, infirmière depuis 20 ans à l'hôpital mixte de Bruyères, fait partie de la congrégation des soeurs de Saint-Charles à Nancy. A Saint-Dié, huit Alsaciennes sont membres des congrégations du Très Saint Sauveur ou de Saint-Charles à Epinal149.

Par ailleurs, par rapport aux générations précédentes, les Lorrains sont mieux instruits. Des écoles privées catholiques se sont ouvertes principalement dans les viles et les localités industrielles. En revanche, les patrons protestants et républicains alsaciens du textile dans les Vosges laissent les enfants de leurs ouvriers aller à l'école communale. L'enseignement secondaire, payant et long, est réservé à la bourgeoisie et aux classe moyennes. Les collèges catholiques sont tenus par des prêtres diocésains, comme Saint-Joseph à Epinal150.

L'enseignement féminin est le domaine des congrégations comme Notre-Dame et la Doctrine Chrétienne, qui comportent de nombreuses Allemandes et Alsaciennes. Les pensionnats de demoiselles dispensent une éducation ménagère et religieuse. Le niveau intellectuel est plutôt médiocre et on ne prépare pas encore au baccalauréat. Comme les « bonnes familles » continuent de préférer les établissements religieux, le lycée est surtout fréquenté par les filles des fonctionnaires et des bourgeois républicains protestants et juifs, comme les patrons alsaciens du textile. Au début du XXe siècle, la politique de laïcisation exile les congrégations qui transfèrent leurs pensionnats au Luxembourg et en Belgique151.

149 A.D.V., 4 M 425, Listes nominatives des congréganistes étrangers par commune en 1917.

150 J.-P. Claudel, op. cit., pp. 263-300, « une instruction plus poussée ».

151 Ibid.

Le département des Vosges apparaît comme un des mieux scolarisés de France, bien avant les grandes lois proposées par Jules Ferry, bien qu'aucun lycée n'ait été créé entre 1871 et 1914152. En 1910, les Vosges disposent de 1 009 écoles primaires publiques fréquentées par 63 682 élèves, en très grande majorité écoles primaires élémentaires. Dans les principales villes du département, plusieurs établissements d'instruction primaire, avec ou sans pensionnat, sont dirigés par les soeurs de Saint-Charles et de la Doctrine Chrétienne dont la maison mère est à Nancy, par les religieuses cloîtrées de Mattaincourt, par les religieuses du Saint Coeur de Marie de Nancy et par les soeurs de la Providence de Portieux. Parmi les établissements d'enseignement supérieur des Vosges en 1913, l'Ecole de filature et de tissage d'Epinal joue un rôle important. Parmi les institutions et pensionnats privés laïques, on peut citer Epinal, Thaon, Rambervillers, Mirecourt, Neufchâteau, Remiremont, Saint-Dié. Enfin, Epinal, Bruyères et Rambervillers possèdent des institutions et pensionnats congréganistes de premier ordre.

Après la généralisation de l'école gratuite, laïque et obligatoire, de nombreuses religieuses continuent à faire classe mais vêtues en civil153. Dans le département des Vosges, les congrégations autorisées à exercer dans l'enseignement public sont pour les hommes : les Frères de Marie, et pour les femmes : les soeurs de la Providence de Portieux, les soeurs de la Doctrine chrétienne, les soeurs hospitalières de Saint-Charles, les soeurs de la Sainte-Enfance de Marie, les soeurs du Saint-Esprit de Rouceux. Toutes ces congrégations se soumettent aux dispositions financières des lois scolaires concernant les instituteurs et institutrices laïcs. Toutefois dans un certain nombre de localités importantes, des conventions spéciales ont été arrêtées entre les municipalités et les supérieures de ces congrégations.

Le rôle de l'école doit, pour cette période, être relativisé car la fréquentation apparaît ni générale ni régulière154. Cependant, ceux qui en reçoivent l'enseignement se trouvent profondément marqués.

Par ailleurs, la protection sociale est alors inexistante et la charité privée, les bureaux de bienfaisance municipaux et les congrégations religieuses, comme les soeurs de Saint-Vincent de Paul et les Petites soeurs des Pauvres, soulagent tant bien que mal de multiples détresses.

Quant aux loisirs, les Vosgiens de la Belle Epoque découvrent le sport qui a eu longtemps mauvaise réputation. Si les courses automobiles, l'aviation, le tennis, l'escrime, le golf ou l'équitation, concernent surtout les catégories sociales aisées, d'autres disciplines se répandent dans les classes populaires, tels le football, la natation, la boxe, le ski155.

152 J.-P. Claudel, op. cit., pp. 263-300, « l'instruction publique ».

153 Ibid, « la guerre des écoles ».

154 R. Schor, op. cit., chapitre 1, III, C) le début de l'intégration.

155 J.-P. Claudel, pp. 223-260, « l'état sanitaire et social » et « le sport ».

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