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Immigration volontaire ou forcée des allemands et des alsaciens-lorrains dans les Vosges (1911-1920)

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par Clément Thiriau
Université Nancy II - Master 2 d'histoire contemporaine 2007
  

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IV - Services sociaux, activités avec l'entreprise et vie associative.

De 1870 à 1914, de véritables villes usines apparaissent avec des quartiers neufs, les cités ouvrières, groupés autour des industries137. L'urbanisation de la vallée de la moyenne Moselle et à ce sujet très significative. Ainsi, Thaon, qui en 1870 avait 550 habitants, vit en moins de quarante ans sa population multipliée par 13. Les industriels des Vosges se sont rendus compte de bonne heure qu'après avoir créé des usines productrices de milliers d'emplois, ils devaient mettre à la disposition de leurs ouvriers des services sociaux138. Ils ont fait construire tout d'abord des maisons appelées casernes pour les loger. Ils ont ensuite multiplié les caisses de secours et de retraite, les sociétés coopératives, les crèches et les oeuvres culturelles.

Ce paternalisme est alors indispensable. Les villages de la montagne vosgienne où les filatures et les tissages fonctionnent, sont en effet démunis de tout. Face aux afflux de population, les municipalités sont débordées. Habitués à régler journellement des problèmes techniques et humains, les manufacturiers et leurs directeurs jouent un rôle de plus en plus important dans leurs communes respectives. Leurs initiatives stabilisent une main-d'oeuvre mouvante et transforment l'aspect des vallées vosgiennes. Ecoles, crèches, hospices, fonctionnent à la fin du XIXe siècle à Zainvillers et à Moyenmoutier. De nombreuses caisses de secours ont été fondées dans les Vosges, comme celle d'Albert Lung qui, en 1889, se trouve alimentée par une retenue de 2 % réalisée sur le salaire des 555 membres.

Depuis les lois d'avril 1898, le régime légal des sociétés de secours mutuel se trouve clairement défini. Les employeurs sont désormais responsables des accidents se produisant dans leurs manufactures. Ils doivent indemniser pécuniairement les victimes et assumer les dommages. Les textes permettent ainsi la concrétisation d'une véritable institution du risque professionnel. Afin de favoriser l'accès à la culture, la femme d'un industriel, Mme A. Kampmann a fondé une bibliothèque populaire pour les ouvriers139. En 1912, elle crée également une université, ouverte à tous, qui hélas ne peut survivre à la guerre de 1914.

Un des exemples les plus significatifs est celui de la blanchisserie teinturerie de Thaon, qui a accueilli et employé un grand nombre d'Alsaciens. A. Lederlin fonde la société de secours mutuels en 1872, tous les ouvriers en font partie (sauf femmes mariées), qui dispose d'un capital de 267 603 francs en 1908140. Suivent un économat, puis une boulangerie coopérative, puis une société civile anonyme coopérative à capital variable qui a pour objet « l'achat, la préparation, la confection et la vente aux associés et au public des denrées et marchandises servant à

137 J.-P. Claudel, op. cit., pp. 167-196, « la société vosgienne ».

138 G. Poull, op. cit., « les services sociaux des entreprises textiles vosgiennes », p. 407.

139 Ibid, « dans le monde du travail, quelques améliorations ».

140 G. Poull, op. cit., « la BTT », p. 410.

l'alimentation, à l'habillement, à l'enseignement et autres usages courants » qui prend pour raison sociale « Société de coopération de Thaon ». Une caisse d'épargne voit le jour (intérêt 5 %), complétée par une caisse d'épargne scolaire et une caisse de retraite alimentée par les ouvriers et la direction de l'établissement dont le capital accumulé est de 1 000 000 en 1900. A. Lederlin reçoit en 1878 une médaille d'or pour ces diverses réalisations. Il multiplie les constructions de cités ouvrières et les créations de terrains de culture à bon marché. Il donne également une impulsion vigoureuse à l'enseignement primaire, élémentaire et supérieur à Thaon141. Des cours de dessin, de travail manuel et une bibliothèque publique sont institués. Des sociétés de chant, de musique instrumentale, de tir et de gymnastique voient le jour. L'édification d'un établissement de bains et de douches complète cet ensemble de services sociaux. Enfin, pour lutter contre l'alcoolisme Armand Lederlin fait installer dans son usine des « bars distribuant du café chaud et du vin à 0,05 franc la portion », avant 1901. Quelques années plus tard on remet aux jeunes ouvriers et ouvrières à midi un sandwich de 100 grammes de viande cuite entre deux tranches de pain, en vue de lutter contre l'anémie. Les directions successives de la B.T.T. s'attachent à développer cette importante série d'oeuvres sociales destinées à accroître le bien-être de leur personnel au cours de la première moitié du XXe siècle. En 1913 commence la construction du Foyer social, édifice imposant qui comprendra une salle des fêtes, un gymnase, des salles de cours et un balnéum142.

Des caisses de retraite performantes fonctionnent dans certaines entreprises143. Les églises et chapelles de plusieurs villages de notre département sont édifiées ou reconstruites avec l'argent fourni par les industriels textiles. La participation aux bénéfices ne semble avoir été instaurée que dans une seule firme vosgienne, les établissements « Steinheil, Dieterlin et Cie », de Rothau. La direction attribue de manière collective des fonds provenant des diverses institutions fondées au cours des décennies précédentes pour le bien-être du personnel. Ce dernier se trouve intéressé aux bénéfices et aux pertes avec un taux de 10 %144.

141 G. Poull, op. cit., pp. 375-435.

142 Ibid.

143 J.-P. Claudel, op. cit., pp. 199-207, « retraites ouvrières et sociétés de secours ».

144 Ibid.

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