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Immigration volontaire ou forcée des allemands et des alsaciens-lorrains dans les Vosges (1911-1920)

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par Clément Thiriau
Université Nancy II - Master 2 d'histoire contemporaine 2007
  

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III - Syndicalisme, grèves.

Un clivage se dessine entre une Lorraine du fer à la sociologie bouleversée par la croissance et le reste de la Lorraine à la population plus stable. Dans cette Lorraine ouvrière, la conscience de classe est faible, les syndicats fragiles et peu représentatifs ne sont pas en mesure d'encadrer les salariés127. Pour se faire entendre, l'ouvrier vosgien utilise de plus en plus le moyen de la grève128. Les revendications de salaire restent prioritaires, mais on lutte également pour le départ d'un contremaître trop brutal, la réintégration d'un camarade licencié, pour une diminution du temps quotidien consacré au travail. Les grèves sont généralement de courte durée pour un résultat bien mince. Le patronat utilise systématiquement la répression contre toute activité politique ou syndicale. La solidarité des chefs d'entreprise est totale et les ouvriers meneurs, licenciés pour faits de grève ou agitations, ne retrouvent jamais de travail dans la région. Le fonctionnement des manufactures textiles vosgiennes est paralysé de temps à autre par des mouvements de grève, dès le début du XXe siècle129.

Après la guerre de 1870-71, les conditions nouvelles de la vie ouvrière imposent une révision de la législation du travail130. Les Conseils de Prud'hommes sont réorganisés en 1877. L'Eglise favorise la création de cercles catholiques ouvriers, tel celui de Saint-Dié qui voit le jour en 1878. Les salariés de cette ville fondent en 1882 un certain nombre de chambres syndicales : Travailleurs de Saint-Dié, Tisseurs ou ourdisseurs de Saint-Dié, Teinturiers de Saint-Dié, Bonnetiers de Saint-Dié. La loi du 21 mars 1884 permet la constitution libre, sans autorisation du gouvernement de syndicats professionnels qui ont exclusivement pour objet « l'étude et la défense des intérêts économiques, industriels, commerciaux et agricoles ». Elle reste muette sur les droits des syndiqués, sur les grèves, sur le rôle du gouvernement dans les conflits sociaux et sur bien d'autres points. Elle modifie toutefois un des articles de la loi du 26 mai 1864 qui avait admis le droit de grève : les peines destinées à en limiter la portée, maintenues dans le Code Pénal à cette époque, sont supprimées. De nombreux syndicats locaux sont créés par les ouvriers de l'industrie textile, au cours des deux décennies 1890 et 1900131.

Le syndicalisme ouvrier ne s'implante véritablement dans les Vosges qu'au début du XXe siècle.132 La Fédération des Vosges s'organise en 1902 ; elle se trouve affiliée à la Confédération Générale du Travail (CGT). En 1903, apparaît l'Union vosgienne dirigée par le futur député Aimé Piton et par Louis Lapicque. Mais bien peu d'ouvriers vosgiens sont alors syndiqués, 1 à 2 % de

127 F. Roth, op. cit., pp. 211-230, chapitre 12, « les premiers syndicats ».

128 J.-P. Claudel, op. cit., « les ouvriers en grève », p. 213.

129 G. Poull, op. cit., VI), grèves et agitation sociale dans les usines textiles, p. 432.

130 G. Poull, op. cit., VII), le syndicalisme ouvrier vosgien, p. 434.

131 Ibid.

132 J.-P. Claudel, op. cit., pp. 197-222, « grèves ouvrières et syndicats ».

l'ensemble des travailleurs. Vers 1910, le syndicat cotonnier regroupait 2 millions de broches et 115 000 métiers ; les établissements affiliés employaient environ 50 000 ouvriers (13 500 dans les filatures, 31 700 dans les tissages). Avec le quart des broches et le tiers des métiers à tisser français, le département des Vosges était le troisième des départements textiles derrière le Nord et le Rhône. En 1911, existent dans le département 23 syndicats ouvriers implantés dans 15 communes : Anould, Autmonzey, Bussang, Châtel, Epinal, Gérardmer, Liffol-le-grand, Plainfaing, Raon-l'Étape, Ramonchamp, Saint-Dié, Saint-Maurice, Saulxures, Senones et Thunimont, regroupant 1 750 adhérents dont 700 seulement cotisent réellement. Dans ce domaine, les Vosges ne se trouvent pas très en retard par rapport au reste de la France133.

En face, le syndicalisme patronal textile est né dans notre région en 1835, lors de la formation du « Comité des industriels de l'Est », de tendance protectionniste134. A l'issue de la guerre de 1870-1871, les manufactures de Lorraine, de Franche-Comté, de Bourgogne et du Territoire de Belfort se regroupent au sein d'un organisme chargé de défendre leurs intérêts, grâce à l'action de Nicolas Claude. Ce dernier devient le premier président du « Syndicat cotonnier de l'Est » qui voit le jour en 1872. Cette organisation ne subit que des modifications de détail pendant plusieurs décennies. Son siège est fixé à Epinal. Les dirigeants du « Syndicat cotonnier de l'Est » deviennent très actifs vers la fin du XIXe siècle lorsque l'industrie textile de la région commence à se développer de façon intense. Juillard-Hartmann, René Laederich et V. Peters, ses président et vice-président parviennent à convaincre la plupart de ses membres d'unir leurs efforts pour mettre fin à la crise de surproduction qui sévit au cours des premières années du XXe siècle. La création de la « Société d'Exportation de l'Est » est également l'oeuvre de ses dirigeants. Au fil des années le Syndicat cotonnier est présidé par de grands industriels tels René Laederich, Victor Tenthorey, Jean Debry et Georges Laederich135.

Deux organismes rassemblent vers 1911 à un niveau plus élevé les industriels textiles français. Il s'agit d'une part de « L'Union des syndicats patronaux des industries textiles de France » plus connue sous le nom d' « Union textile » (fondée en 1900). D'autre part c'est le « Syndicat général de l'Industrie cotonnière française », créé en 1901. Le « Syndicat cotonnier de l'Est » est largement représenté dans ces deux organismes, dès leur fondation136.

133 J.-P. Claudel, op. cit., pp. 197-222.

134 G. Poull, op. cit., V), le syndicalisme patronal textile, pp. 404-405.

135 Ibid.

136 J.-P. Claudel, op. cit., pp. 197-222.

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