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Immigration volontaire ou forcée des allemands et des alsaciens-lorrains dans les Vosges (1911-1920)

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par Clément Thiriau
Université Nancy II - Master 2 d'histoire contemporaine 2007
  

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III - Internement et approbation populaire.

Les autorités françaises pratiquent pendant le conflit une politique alliant la répression à l'encontre des Alsaciens venus des territoires reconquis comme la vallée de la Thur à l'assimilation223.

L'épuration de la zone des armées de ses éléments non-nationaux commence dès le 1er août 1914. Le département des Vosges est concerné au premier chef. "L'itinéraire de Michel Albrecht, garde forestier dans le département, est d'autant plus éloquent qu'il se confond avec celui des otages capturés par l'armée française de l'autre côté de la frontière : « Pourquoi j'ai été arrêté depuis le 1er août comme prisonnier de guerre, personne ne peut le justifier. Une patrouille est venue me chercher au lit, alors que je souffrais d'une grave blessure au pied ; je dus m'habiller ; on me mit sur un cheval et ainsi je partis, moi innocent, séparé de ma femme et mon enfant, sans pain, sans eau et sans pouvoir me coucher pendant trois jours et trois nuits. Nous devons subir ici un chemin de croix, comme Jésus. [...] D'abord enfermés, ensuite en pleine liberté, et maintenant de nouveau enfermés ; et nous ne savons pas encore ce qui arrivera, mais nous espérons toujours le mieux possible ». Considéré comme « douteux » et interné à Saint-Rémy-de-Provence, Michel Albrecht n'est pas au bout de ses peines. En 1915, il est puni de deux jours de geôle simplement pour avoir rédigé en allemand l'adresse d'une lettre envoyée dans une localité française... Au cours de l'année 1917, il sera transféré à Viviers ; enfin, il est renvoyé à Saint-Rémy en 1918"224.

L'apparition des camps d'internement de ressortissants des puissances ennemies, distincts des camps de prisonniers de guerre, est permise par l'état de siège. Le décret du 2 août 1914 sur l'état de siège reprend dans leurs grandes lignes les dispositions antérieures relatives au traitement des étrangers, notamment « ennemis ». Ces « camps de concentration » ont officiellement une double finalité : retirer à l'ennemi des mobilisables qui, de retour dans leur pays, deviendraient autant de combattants, et neutraliser les espions potentiels qui pourraient, de l'intérieur, saboter l'effort de guerre225. Les archives des Vosges n'évoquent pas d'installations de ce type, plutôt des dépôts d'étrangers. Ainsi Erich Hartmann, étudiant allemand de 16 ans originaire de Leipzig, qui avait été échangé en Meurthe-et-Moselle puis dirigé sur Neufchâteau, est interné à la déclaration de guerre au dépôt d'étrangers de Soulosse226. Placé au collège de Neufchâteau, le préfet des Vosges veut qu'il soit placé dans un établissement d'éducation du Centre, le collège ayant été aménagé en hôpital de la Croix Rouge. La Société des transports internationaux de Genève cherche à obtenir son rapatriement en échange de quelques Français retenus prisonniers en Allemagne.

223 H. Mauran, op. cit., pp. 414-415.

224 Ibid.

225 Ibid.

226 A.D.V., 8 M 12, étrangers.

Si le « peuple des camps » est composé majoritairement de mobilisables des nationalités allemandes, austro-hongroises, ottomanes, bulgares, etc. qui n'ont pas réussi à quitter la France à temps, il compte aussi une proportion relativement importante de « non-mobilisables ». Les autorités françaises entendent en effet conserver un « capital » de femmes et d'enfants, de personnes âgées et d'hommes inaptes qui pourront être échangés contre des Français, civils ou militaires, retenus par l'ennemi. On peut les classer dans une catégorie particulière située entre l'otage et l'interné227. Les « civils ennemis » sont susceptibles de servir ouvertement ou secrètement leur pays, prolongeant ainsi son effort de guerre, derrière les lignes. Les plus intégrés ne sont pas d'ailleurs pas considérés comme les moins dangereux car ils connaissent bien le pays et la langue et peuvent constituer un gisement en éclaireurs pour les troupes ennemies et en agents de renseignements. Dans les Vosges, on l'a vu, plusieurs localités proches de la frontière accueillent avant 1914 un certain nombre de servantes, domestiques, personnel de fermes, très difficile à surveiller et susceptibles d'actes de complicité avec l'ennemi228.

La question des 500 étrangers inscrits au « carnet B » n'a pas été soulevée en août 1914 : exclus de facto du nouveau compromis politique, ils se retrouvent, au moins en partie, dans les quelque 60 000 civils ennemis que le ministère de l'Intérieur reconnaît avoir internés229.

Ces mesures de contrôle s'accompagnent de la déchéance de nationalité et de mises sous séquestre des biens. En outre, la promesse faite le 1er août 1914 d'assurer ultérieurement leur transfert vers un pays neutre est bafouée. Enfin, au cours de la Grande Guerre, les populations locales constituent aussi une pièce essentielle d'un vaste dispositif de contrôle des évacués et des réfugiés230. Les étrangers font, dès août 1914, les frais de la haine qui sévit partout et les dénonce comme responsables, sinon même comme espions. Les autochtones exercent une forte pression sociale sur cette masse humaine. A côté des ressortissants des pays ennemis ou neutres, des Français grands et blonds, des Suisses, des Alsaciens et Lorrains que leur physique ou leur accent désignaient à la méfiance d'une foule soupçonneuse subissent aussi des violences injustifiées231. Pour les forces de l'ordre comme pour la population vosgienne, leur présence sur le sol national éveille bien des appréhensions : pourquoi les Alsaciens-Lorrains n'ont-ils pas acquis la nationalité française, alors qu'ils avaient toutes les facilités pour le faire ? L'appareil d'Etat, en ouvrant des « camps de concentration », ne heurte pas son opinion publique. Au contraire, les autorités civiles et militaires semblent aller dans le sens d'une aspiration populaire232.

227 H. Mauran, op. cit., pp. 381-474.

228 A.D.V., 8 M 189, op. cit., l'emploi dans les Vosges, 1913.

229 Ibid.

230 J. Ponty, op. cit., pp. 91-122.

231 Ibid.

232 R. Martin, op. cit., pp. 62-65.

Chapitre 2 - Réglementation spécifique et acharnement populaire
dans les premiers mois de la guerre.

Après les balbutiements correspondant à l'affirmation du conflit, une réglementation spécifique va se mettre en place dans les zones de front comme les Vosges. La résidence et la circulation des immigrés de nationalité allemande va subir des restrictions importantes, souvent approuvées par la population.

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