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Immigration volontaire ou forcée des allemands et des alsaciens-lorrains dans les Vosges (1911-1920)

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par Clément Thiriau
Université Nancy II - Master 2 d'histoire contemporaine 2007
  

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I - Allemands et Austro-Hongrois.

Dans les Vosges, en 1914, les Allemands constituent la nationalité la plus représentée, devançant les Italiens, 6107 ressortissants, alors que les Austro-Hongrois ne sont que 139 et constituent le cinquième contingent étranger233.

Dès le 2 août 1914, les ressortissants des nations ennemies restés en France furent invités à se faire connaître, afin d'être rapatriés ou internés dans des centres spéciaux. Il est ainsi naturel que la majorité des étrangers suspects détenus à la prison de la prévôté à Saint-Dié à la date du 14 novembre 1914 soient en grande majorité des Allemands ou des Alsaciens234. Au cours des mois de septembre et octobre 1914, la politique d'internement se confirme sans que Parlement soit venu, par une loi, en définir les règles et en fixer les bornes. La clé de voûte de l'internement est incontestablement le ministère de l'Intérieur. A côté des organismes relevant directement de ce département, diverses forces répressives ont été sollicitées pour assurer le fonctionnement du système français d'internement : des postes composés de militaires, souvent issus de la réserve territoriale, sont chargés de la surveillance des camps ; les gendarmeries, des gardes municipaux et des vétérans de la guerre de 1871, organisés en milices...235. Les évacuations des zones sensibles comme les Vosges, avec un front, des places fortes comme Epinal, mobilisent plusieurs types de protagonistes : forces armées de terre, unités prévôtales de la gendarmerie, préfecture de police de Paris, service de renseignements militaires (SR)...

En outre, les biens des ressortissants allemands et austro-hongrois sont mis sous séquestre ou confiés à des administrateurs provisoires236. Dans cette optique, le ministre de l'Intérieur prie les préfets courant octobre d' « établir et transmettre aux parquets la liste de tous les établissements commerciaux, industriels et agricoles appartenant à des Allemands, Autrichiens ou Hongrois et se

233 A.D.V., 4 M 403, recensement semestriel des étrangers en résidence dans les Vosges, 01/01/1914.

234 A.D.V., 4 M 421, Etat des étrangers ou suspects détenus à la prison de la prévôté de Saint-Dié au 14/11/1914.

235 Ibid.

236 R. Schor, op. cit., pp. 30-44.

trouvant dans [leur] département »237. Le ministre de la Guerre stipule quelques jours plus tard que les produits des maisons allemandes restent soumis à la saisie et à la mise sous séquestre dans les conditions de la circulaire du Garde des Sceaux du 13/10/1914 », telle la verrerie de Portieux238.

Seules quelques catégories de personnes se trouvent épargnées par les mesures de rigueur : ceux qui étaient gravement malades, les Françaises devenues étrangères par mariage, les parents d'un fils servant sous le drapeau français, les Alsaciens et Lorrains, juridiquement Allemands mais considérés comme des Français en puissance239.

Le 1er octobre une circulaire du ministre de l'Intérieur, direction de la sûreté générale, organise l'évacuation des Allemands et des Austro-Allemands par la Suisse240. Le préfet des Vosges J. Malvy, par le biais d'instructions et de télégrammes en octobre et novembre, confirme le rapatriement des Austro-Allemands par la Suisse et demande aux préfets de lui faire connaître le nombre de personnes concernées dans leur département. Des télégrammes échangés entre Epinal et Bordeaux évoquent également les rapatriements et expulsions de femmes nées françaises devenues allemandes ou autrichiennes. Des rapatriements d'étrangers de nationalités ennemies résidant dans les Vosges sont évoqués en septembre 1914241.

Il peut s'agir d'enfants allemands ou austro-hongrois placés par la Société d'échange international (SEI) ; mais aucun enfant allemand n'est placé dans des familles françaises dans le département des Vosges par la SEI. Des enfants français et allemands ont également fait l'objet d'échanges, tels Klotilde Sommer, âgée de 14 ans, échangée chez la famille Noël, à Damas-etBettegney, qui aurait été conduite, sur l'ordre du maire de Vittel, au camp de concentration et Henri Ott à Epinal, jeune Allemand de 14 ans originaire de Göggingen (Bade-Wurtemberg) échangé pendant les vacances scolaires avec Louis Bedon, jeune Français de 15 ans, et évacué sur Mâcon242. Enfin le 10 octobre une mesure impose aux départements de ne plus délivrer aucun permis de séjour ni laissez-passer aux Austro-Allemands, sauf à ceux ayant un fils dans l'armée et les femmes et les enfants dont l'état de santé ne permettrait pas le déplacement243.

Fin 1914, les mesures de contrôle s'effectuent dans un climat d'excitation populaire. Les Allemands présents en France avant l'entrée en guerre sont alors souvent accusés d'espionnage ou

237 A.D.V., 4 M 498, Saisie et séquestre des biens, correspondance Ministre de l'Intérieur - Préfets, 13/10/1914.

238 A.D.V., 4 M 498, Saisie et séquestre des biens, correspondance du Minsitre de la guerre, 19/10/1914.

239 J. Ponty, op. cit., pp. 91-122.

240 A.D.V., 4 M 401, circulaire du ministère de l'intérieur aux préfets de France, 01/10/1914.

241 A.D.V., 4 M 514, Rapatriements - étrangers de nationalités ennemies, correspondance du ministre de la guerre, septembre 1914.

242 Ibid.

243 A.D.V., 4 M 401, circulaire du ministère de l'intérieur aux préfets de France, 10/10/1914.

d'accaparement économique. Un télégramme du 8 août signale l'arrestation sous ce chef d'accusation de 11 étrangers, tous Allemands ou Alsaciens-Lorrains244. A Remiremont, le Commissariat le 31 décembre fait état d'enquêtes en cours sur des Allemands et Autrichiens susceptibles de posséder des propriétés mobilières ou immobilières et de plusieurs rapports spéciaux concernant des Austro-Allemands, comme le montre le dossier de la veuve Moerder245.

Les étrangers « ennemis » ne sont pas épargnés loin s'en faut par la population autochtone. La guerre provoque des reclassements : unis derrière le drapeau tricolore, les Français oublient leurs divisions tandis que, par un procédé manichéen, ils séparent les étrangers en bons (les alliés) et méchants (les ennemis)246. Dans la rue, les Allemands qui avaient négligé de se faire recenser auprès des autorités et qui étaient reconnus se trouvèrent parfois victimes de véritables scènes de lynchage. Même des Français grands et blonds, des Suisses, des Alsaciens et Lorrains que leur physique ou leur accent désignaient à la méfiance d'une foule soupçonneuse subirent des violences injustifiées.

Certains résistent à cette vague haineuse et en dénonce les aberrations, mettant l'accent sur la confusion entre l'appartenance à l'Etat et la nationalité ressentie, pour les Alsaciens par exemple247. La défense des réfugiés socialistes allemands et autrichiens « relégués », avant d'être internés, est propre à la culture socialiste de l'époque.

244 A.D.V., 4 M 401, télégramme du 08/08/1914.

245 A.D.V., 4 M 421, recensement pas arrondissements des étrangers (1914).

246 R. Schor, op. cit., pp. 30-44.

247 Ibid.

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