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Immigration volontaire ou forcée des allemands et des alsaciens-lorrains dans les Vosges (1911-1920)

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par Clément Thiriau
Université Nancy II - Master 2 d'histoire contemporaine 2007
  

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Conclusion :

Les premiers mois de la guerre sont ainsi marqués par un durcissement de la réglementation pesant sur les sujets ressortissants allemands dans le département stratégiquement important des Vosges. Les Allemands de sang, définis comme tels, sont visés par des procédures spéciales et une surveillance oppressante.

L'origine alsacienne-lorraine fait aussi l'objet d'une définition stricte : il faut être né en Alsace-Lorraine de deux parents qui y sont eux-mêmes nés. Celles et ceux qui ne remplissent pas cette condition primordiale ne peuvent pas songer au retour dans leur localité d'origine avant la fin de la guerre. Par ailleurs, cette éventualité dépend du bon vouloir des autorités locales, civiles ou militaires281. La situation de l'Alsacien-Lorrain installé en France avant-guerre, mais nonnaturalisé, ne semble donc finalement guère plus enviable que celle de l'évacué des zones reconquises. Il est susceptible d'être soumis, selon le bon vouloir de telle ou telle autorités, à l'évacuation de zones considérées comme stratégiques ou sensibles. Si, par malheur, il est fiché, comme élément « douteux », « suspect », « indésirable », « germanophile », il n'a alors aucune chance d'échapper au filet que constitue le réseau internemental français282.

281 H. Mauran, op. cit., p. 443.

282 Ibid.

Chapitre 3 - 1915 ou l'accroissement des contraintes des étrangers.

A partir de l'hiver 1914, les Vosges est traversé par une ligne de front au niveau de l'arrondissement de Saint-Dié qui le divise en deux parties d'importance inégale : 25 communes du nord dont Senones resteront sous domination allemande durant quatre ans283. Le département comporte un espace dans la zone des armées, territoire de la VIIe Armée en l'occurrence, qui fait l'objet d'une réglementation spécifique. Chaque sommet ou chaque col devient alors l'enjeu d'une lutte sans merci, dans laquelle chasseurs alpins et Poilus ont paient un très lourd tribu. Des combats durs sont lieu pour la reprise du Violu, du Spitzemberg, de la Fontenelle et sur la crête des Vosges de 1915 à 1916.

Quelques mois après le début de la guerre, les autorités civiles et militaires nationales et locales s'emploient à accroître la surveillance des étrangers pour des raisons de défense nationale, notamment les étrangers « ennemis ». Le 2 février 1915 le ministre de l'Intérieur Louis Malvy invite ainsi les préfets à procéder sans délai à la révision des permis de séjour accordés et à retirer tous ceux indûment délivrés dont les détenteurs devront suivant la situation être évacués sur le camp de concentration le plus proche ou être signalés en vue de rapatriement sur la Suisse284.

Pendant la Grande Guerre, l'état de siège permet l'internement des personnes jugées dangereuses pour la sécurité du pays. L'administration et la gestion de l'internement dépendent du ministère de l'Intérieur. Le préfet, relais de l'Etat dans le département, joue un rôle prépondérant dans la direction et la gestion des camps qui sont territorialement de sont ressort285. Pourtant dans les statistiques vosgiennes de recensement ne sont signalés ni dépôts d'Austro-Hongrois, ni dépôts d'Alsaciens-Lorrains, ni non plus de simples centres de regroupement d'Alsaciens-Lorrains au 15 janvier 1915286. Comme on le verra la réalité est différente mais elle est dissimulée au maximum dans les bulletins officiels.

Par ailleurs, le rythme des acquisitions de la nationalité française s'effondre pendant la Grande Guerre : 700 pour toute la durée du conflit contre 3 447 en 1913 et 4 029 en 1912. Parallèlement, l'attitude de l'administration se durcit à l'égard des naturalisés : la loi du 7 avril 1915 correspond à un projet de dénaturalisation. Cette loi concerne les anciens sujets des puissances ennemies, Allemagne, Autriche-Hongrie, Empire ottoman, mais entraîne la suspicion envers leurs minorités, Polonais, Slovaques, Tchèques, Slovènes287.

283 A. Ronsin, op. cit., réédition, « Les Vosges au XXe siècle ».

284 A.D.V., 4 M 401, télégramme du ministère de l'intérieur à l'intention des préfets, 02/02/1915.

285 H. Mauran, op. cit., pp. 279-312, chapitre VI « La dynamique concentrationnaire : structuration et extension d'un dispositif ».

286 A.D.V., 4 M 495, statistique générale des sujets allemands, alsaciens-lorrains présents dans le département des Vosges au 15/1/1915.

287 J. Ponty, op. cit., pp. 91-122.

I - Le cas des Austro-Allemands.

Au 15 janvier 1915, 22 Allemands sont présents dans le département des Vosges, tous ont un permis de séjour et donc aucun ne se trouve dans les dépôts d'Austro-Allemands288.

Le 5 février 1915, un télégramme émanant du ministère de l'Intérieur289, direction de la Sûreté générale, autorise la délivrance de permis de séjour en dehors des cas exceptionnels d'une part pour les Austro-Allemands ayant servi pendant plus d'un an dans Légion étrangère et qui possèdent de bons certificats militaires et d'autre part pour les femmes dont les maris sont actuellement incorporés dans l'armée française. Toutefois ces catégories d'étrangers ne bénéficient pas de plein droit de ce traitement de faveur : il n'est accordé qu'après examen de leur situation individuelle. Les listes des permis de séjour accordés par arrondissement révèlent que ces permis de séjour ne sont octroyés que dans de rares cas et selon des critères draconiens en 1915290. Selon l'historien Michel Huber, près de 1 700 Allemands et Austro-Hongrois bénéficient de permis de séjour en août 1915 en France, soit moins de 1,5 % des effectifs austro-allemands recensés en mars 1911.

Dans l'arrondissement d'Epinal, seuls deux individus sont concernés : Marie Coinus, 25 ans, Cheniménil, d'origine française, mariée à un Badois évacué et François Wagner, 61 ans, Nomexy, en France depuis 60 ans, qui a servi à la Légion étrangère et est marié à une Française. L'arrondissement de Neufchâteau fait le même résultat. Les arrondissements de Saint-Dié et de Remiremont font un peu mieux avec respectivement trois et quatre permis de séjour accordés. Pour Saint-dié il s'agit de Charles Voelker, 60 ans, Saint-Dié, en France depuis plus de 40 ans, qui a un fils et 2 gendres soldats français ; Marie Riester, 41 ans, Raon-l'Étape, religieuse maintenue par instruction ministérielle du 4/6/1915 (Soeur Lucie) ; et Clara Meyer, soeur Catharina, 51 ans, de la même façon. L'arrondissement de Mirecourt n'a octroyé qu'un visa à Eugène Nicolas Schneiberg, 71 ans, Xaronval, Bavarois né en France qu'il n'a jamais quittée, son gendre est à l'armée française (20e escadron du train, 20e Cie).

Une circulaire adressée aux préfets en février 1915 fait état de l'impossibilité de maintenir les mesures exceptionnelles prévues par les instructions du 24 octobre 1914 en faveur des religieuses austro-allemandes291. Les instructions générales doivent désormais leur être appliquées. Les préfets doivent donc inviter les religieuses austro-allemandes à prendre leurs dispositions pour regagner dans le plus brefs délais leur pays d'origine par la voie de la Suisse ou, si elles le

288 A.D.V., 4 M 495, statistique des sujets allemands, alsaciens-lorrains présents dans les Vosges au 15/1/1915.

289 A.D.V., 4 M 401, télégramme du ministère de l'intérieur, direction de la sûreté générale à l'intention des préfets de France et d'Algérie, 05/02/1915.

290 A.D.V., 4 M 495, permis de séjour des étrangers de nationalités ennemies (1914-1918).

291 A.D.V., 4 M 401, télégramme du ministre de l'intérieur sureté générale aux préfets de France, 12/2/1915.

désirent, sur l'Espagne ou l'Italie. Toutefois il est possible d'accorder selon les cas des permis de séjour provisoire à celles qui sont d'un âge avancé ou qui ont un état de santé difficile. Sur ordre du ministre de l'Intérieur, le préfet Linarès fait diriger les gens sans permis de séjour réguliers soit sur le camp de concentration le plus proche de son département soit sur la frontière suisse dans le cas où le rapatriement est autorisé. Quatre religieuses allemandes en résidence dans les Vosges ont d'ailleurs été internées le 4 juin au dépôt de Cuisery (Saône-et-Loire)292.

Sur ordre du service de la Sûreté générale du 28 juin, les Austro-Allemands auxquels ont été délivrés des permis de séjour feront désormais l'objet d'une surveillance accrue293. Ainsi une attention particulière doit être portée à leur correspondance, notamment pour ceux pour lesquels on n'a pas de garantie. Les préfets peuvent accéder sur simple demande au Directeur Départemental des Postes et Télégraphes aux correspondances des Alsaciens-Lorrains en France vers l'est et surtout celle qui leur est destinée et qui provient de l'étranger. Ils doivent signaler tout courrier suspect au Ministère de l'intérieur et au service postal. L'application de ces mesures relatives à la surveillance de la correspondance des Austro-Allemands est confirmée par le Préfet des Vosges à l'Etat-Major le 17 novembre294.

Plus la guerre avance et s'enlise, plus les mesures sont contraignantes vis-à-vis des AustroAllemands. Les préfets sont priés dans cette perspective de prendre plusieurs dispositions en octobre 1915. Tout d'abord, ils doivent organiser la concentration de tous les Austro-Allemands mobilisables notables ou suspects en vue d'une évacuation sur des îles, et femmes, enfants et vieillards pour être évacués sur la Suisse295. Des permis de séjour provisoires pourront malgré tout être délivrés par mesure d'humanité aux femmes, enfants austro-allemands dont l'état de santé ne permettrait pas le déplacement296 ou encore aux religieuses austro-allemandes ayant pris engagement de ne pas quitter sans autorisation les localités où elles se trouvent actuellement (correspondance 24 octobre). Pour les Austro-Allemands ne rentrant dans aucun des cas exceptionnels spécifiés précédemment, les permis de séjour qui leur ont été accordés jusqu'à ce jour doivent être immédiatement retirés et leurs détenteurs soumis à la règle générale297.

Par ailleurs, l'attention de ministre de l'Intérieur est appelée dans une circulaire du 29 novembre « sur le grand nombre d'oeuvres ayant leur siège à l'étranger qui, sous le couvert d'un but d'assistance, demandent soit aux directeurs de dépôts d'internés, soit à divers fonctionnaires,

292 A.D.V., 4 M 495, correspondance préfet vosgien - ministre de l'Intérieur, direction de la Sûreté générale, 10/6/1915.

293 A.D.V., 4 M 401, correspondance ministre de l'intérieur - préfets, 28/06/1915.

294 A.D.V., 4 M 401, lettre du préfet des Vosges à l'Etat-Major, 17/11/1915.

295 A.D.V., 4 M 401, télégramme du ministre de l'intérieur aux préfets, 01/10/1915.

296 A.D.V., 4 M 401, télégramme du ministre de l'intérieur aux préfets, 10/10/1915.

297 A.D.V., 4 M 401, télégramme du ministre de l'intérieur aux préfets, 10/10/1915.

soit à des prêtres, soit même à des particuliers, des renseignements sur les Austro-Allemands internés ou sur les Alsaciens évacués en territoire français »298. La circulaire ministérielle évoque l'intérêt qu'attache l'Administration supérieure à ce qu'il ne soit jamais répondu directement à de semblables demandes. Le préfet Linarès prie par conséquent les maires de lui transmettre toutes celles qui leur seraient adressées ou au sujet desquelles ils seraient consultés. Toute action charitable ayant pour objet l'assistance aux internés civils austro-allemands est centralisée à l'ambassade des Etats-Unis, à laquelle les oeuvres susvisées doivent exclusivement s'adresser. Le préfet ajoute que, d'une façon générale, « il ne doit jamais être fourni aucun renseignement sur des Alsaciens évacués en France, à des oeuvres ayant leur siège à l'étranger »299. Les résultats par communes révèlent en effet beaucoup de cas d'Allemands ou Alsaciens-Lorrains.

Enfin, à partir du 6 décembre 1915 les Allemandes et Autrichiennes par mariage mais Françaises d'origine peuvent être remises en liberté pour rentrer dans leur résidence habituelle ou dans leur famille française300.

298 A.D.V., 4 M 431, correspondance préfet - maires vosgiens, 18/12/1915.

299 Ibid.

300 A.D.V., 4 M 401, correspondance des ministères des affaires étrangères, de l'intérieur et de la guerre, 06/12/1915.

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