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Immigration volontaire ou forcée des allemands et des alsaciens-lorrains dans les Vosges (1911-1920)

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par Clément Thiriau
Université Nancy II - Master 2 d'histoire contemporaine 2007
  

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Conclusion :

1915 correspond à l'affirmation d'un système de contraintes et de surveillance très organisé vis-à-vis de la circulation et du séjour des étrangers. Il est chapeauté par les autorités dirigeantes nationales et l'Etat-major, l'application des directives étant réalisée localement par les préfectures et autres instances administratives locales.

Les ressortissants allemands présents dans les Vosges sont alors recensés rigoureusement et leur cas fait parfois l'objet d'enquêtes minutieuses visant à débusquer d'éventuels espions ou indicateurs potentiels pour l'ennemi. Le sort des Alsaciens-Lorrains s'organise très précisément et distingue ceux qui sont d'origine française de ceux qui ne le sont pas. Un seul cas de mariage miexte est évoqué pour 1915. La dénommée Hecklé, d'origine alsacienne, résidant à Châtel sur Moselle, ne possédant pas de permis de séjour, a un projet de mariage avec Eugène Mooch, soldat au cinquième régiment étranger, cinquième régiment de chasseurs à cheval. Concernant l'éventuelle possession d'une carte tricolore, le maire de Châtel dit simplement le 24 septembre 1915 : « Mme Hecklé a prétendu ne pouvoir se faire photographier, faute d'argent ». Par conséquent il n'a pas été possible de lui délivrer un permis de séjour. Le maire n'a que de bons renseignements à donner sur l'intéressée. Finalement, on ne connaît pas l'issue de la situation317.

Il faut attendre les années 1916-1917 pour que le traitement connaissent des évolutions notables.

317 A.D.V., 4 M 417, mariages mixtes.

PARTIE III :

Enracinement du conflit, intensification du contrôle

(1916-1917)

Chapitre 1 :
Accroître le contrôle des Allemands au tournant de la guerre.

1916 et 1917 correspondent aux années charnières du conflit, marquées par le retour de Clemenceau au poste de ministre du Conseil. Le contrôle des Allemands est ainsi à son apogée et donne naissance à de nouveaux document administratifs cartes d'identité. Enfin, les Vosges accueillent plusieurs camps d'internement pour civils allemands.

I - 1916 : pour l'armée française, accroître la surveillance des étrangers.

Le 1er janvier 1916 est promulgué l'arrêté du général commandant en chef les armées françaises, Joseph Joffre, réglementant la circulation et le séjour des étrangers dans la zone des armées. Cet arrêté318 stipule que des listes de recensement doivent être fournies à l'Autorité militaire qui délivre des « carnets d'étrangers ». Théoriquement, cet arrêté ne touche pas dans les Vosges les Austro-Allemands qui devaient dès 1914 quitter le périmètre du camp retranché ou le pays. Oblitéré et accompagné d'une photo d'identité, le carnet d'étranger délivré grâce au précieux certificat d'immatriculation, permet à son possesseur, à partir du 10 février 1916, de « pénétrer dans la zone des armées ou en sortir, y circuler, y séjourner ou y changer de résidence ». Désormais, l'Autorité militaire aura donc seule qualité pour accorder dans la zone des armées ou pour cette zone des permis de séjour ou des sauf-conduits aux étrangers319.

Les étrangers qui, à la date du 1er décembre 1915, sont en résidence régulièrement autorisée dans la zone des armées, recevront directement leur carnet. Toutefois, s'ils ont à se déplacer avant qu'ils en aient reçu délivrance, ils devront en faire la demande320. Une liste des sujets allemands en permis de séjour dans les Vosges fin 1915 fait apparaître 32 individus, alors qu'on n'en comptait que 22 au 15 janvier ; une récapitulation donne un résultat global de 39 Allemands présents dans le département, dont 9 hommes, 19 femmes et 11 enfants et répartis comme suit : 12 dans l'arrondissement d'Epinal, 10 à Mirecourt, 3 à Neufchâteau, 11 à Remiremont, 3 à SaintDié321. Il s'agit de femmes surtout, de tous âges, souvent d'origine française ou en France depuis longtemps, dont le mari a été évacué, d'anciens légionnaires ou encore de religieuses allemandes évacuées en vue de rapatriement sur la Suisse, qui sont disséminés dans les communes du département, dont cinq à Epinal. Onze personnes ont fait l'objet d'une procédure d'évacuation322.

318 A.D.V., 4 M 401, document original de l'arrêté du 01/01/1916 du général commandant en général les armées françaises, janvier 1916.

319 A.D.V., 4 M 401, correspondance général commandant le dépôt des armées de Lorraine (D.A.L.) - préfet des Vosges, 26/01/1916.

320 A.D.V., 4 M 401, note pour la presse relative aux mesures de l'arrêté du 01/01/1916, février 1916.

321 A.D.V., 4 M 495, liste des sujets allemands en permis de séjour dans le département des Vosges au 31/12/1915.

322 Ibid.

En décembre 1915 le préfet Linarès rappelle que l'Administration supérieure a ordonné l'évacuation générale et sans exception des religieuses austro-allemandes dont la présence avait pu, jusqu'alors, être tolérée, et qu'à l'heure actuelle, il ne devrait plus y avoir de religieuses de ces nationalités dans le département323. Or 7 religieuses sont maintenues à Portieux et la supérieure générale, Sainte-Marie-Etienne Walter, supplie le préfet de les maintenir les 9 et 18 décembre ou tout au moins que leur séjour hors de la zone des armées puisse être fait dans la maison de Charrette (filiale du couvent de Portieux en Saône-et-Loire). Ces religieuses ont reçu un permis de séjour collectif à la mobilisation car elles n'étaient pas dangereuses, pouvaient rendre des services à la commune et étaient indispensables à leur établissement. Elles viennent presque toutes du duché de Bade, une est Wurtemburgeoise. Le 3 août elles reçurent l'ordre de quitter Portieux pour être dirigées sur le centre de concentration de Vittel-Contrexéville. Mais elles purent rentrer à leur résidence, nanties de leur permis collectif. Le préfet évoque ces cas le 19 janvier 1916 au ministère de l'intérieur (Sûreté générale)324. Agathe, Marie-Thérèse, Emilie et Elisabeth Hummel, Maria Oesterie et Louise Kolb, religieuses allemandes du couvent de la Providence de Portieux, ont quitté cet établissement le 11 janvier pour se rendre à Charrette afin d'y séjourner un mois avant de regagner la Suisse. Deux autres, Barbe Gratwohl et Frédérique Zimmermann, ont été maintenues provisoirement sur production d'un certificat médical attestant que leur état de santé les met dans l'impossibilité de voyager sans danger de mort. Enfin, Ursuke Fromm, également religieuse allemande, mais d'une autre congrégation, l'Ordre de Niederbronn à Epinal, quitte Epinal, le 8 janvier, pour Tournus, où elle demeurera un mois avant de se rendre en Suisse.

Consécutivement à l'achèvement du travail de premier établissement des carnets d'étrangers, le général de division de la VIIe Armée, le général de Villaret, précise au préfet des Vosges que les prescriptions de l'Arrêté du 1er janvier devront à partir du 1er mai être rigoureusement appliquées325. Enfin, un avis important de mars 1916 comporte des dispositions spéciales concernant les ouvriers étrangers embauchés pour des travaux à exécuter dans la zone des armées326. Des procédures contraignantes leur sont alors imposées, ils doivent fournir tout un tas de documents pour pouvoir rester en place. Cet avis est transmis au préfet des Vosges par les généraux Francfort et Hache, respectivement commandant d'Armes de la Place d'Epinal, Commandant la deuxième subdivision de la 21e région et commandant de la 21e région327. Le préfet envoie à son tour, le 22 mars, l'avis en question pour qu'ils les communiquent à la presse aux sous-préfets de Saint-Dié, Mirecourt, Neufchâteau et Remiremont.

323 A.D.V., 4 M 514, correspondance préfet - ministre de l'intérieur, 19/1/1916.

324 A.D.V., 4 M 514, correspondance préfet - ministre de l'intérieur, 19/1/1916.

325 A.D.V., 4 M 401, correspondance du général commandant la VIIe Armée au préfet des Vosges, 26/04/1916.

326 A.D.V., 4 M 401, avis concernant des dispositions spéciales pour les ouvriers embauchés pour des travaux à effectuer dans la zone des armées, mars 1916.

327 A.D.V., 4 M 401, bordereau d'envoi de l'avis par les généraux Francfort et Hache de la 21e région, 18/03/1916.

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