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Immigration volontaire ou forcée des allemands et des alsaciens-lorrains dans les Vosges (1911-1920)

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par Clément Thiriau
Université Nancy II - Master 2 d'histoire contemporaine 2007
  

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Conclusion :

Les autorités sont dès le départ face à un dilemme avec les Alsaciens-Lorrains, étrangers pas comme les autres. Leur sort est très spécial pendant le conflit et ceux qui sont reconnus d'origine française sont de plus en plus considérés comme des Français. Les Alsaciens-Lorrains des Vosges, en grande majorité d'origine alsacienne, constituent un groupe hétérogène et vivant des situations d'enracinement et d'intégration locale très différentes..

La volonté qu'ils expriment fermement de rentrer en Alsace, même occupée par l'armée allemande, aggrave encore le malentendu avec les autochtones, et accentue l'impression d'isolement dans un milieu hostile des évacués. Le mouvement provoqué parmi les Alsaciens est cependant loin d'être général et au 3 août, sur les 1200 familles alsaciennes évacuées dans les Vosges, il n'a été recueilli que 192 signatures et expédié qu'une vingtaine de lettres individuels400. Quelques évacués alsaciens vont même jusqu'à écrire au préfet des Vosges, pour s'indigner contre la pétition et protester de leurs sentiments français : « Monsieur le Préfet, nous vous prions instamment de faire sérieusement attention à cette affaire, car nous, Alsaciens, nous devenons suspects aux populations de ce pays, par la faute de ces gens domestiques allemands... C'est une honte d'être Alsacien, quand on voit comment notre ancienne patrie nous a accueillis de nouveau comme ses enfants et qu'avec cela ces gens là ne sont pas contents [...] »401.

400 A.D.V., 8 M 191, correspondance préfet - ministre de l'intérieur, 03/08/1917.

401 R. Martin, op. cit., pp. 62-65.

Chapitre 3 : Allemands et Alsaciens à l'aide de la France.

Bien que ressortissants de puissance ennemie, les Allemands et Alsaciens-Lorrains apportent pendant la guerre une aide non négligeable à leur patrie d'adoption. Alors qu'un certain nombre d'Allemands et Alsaciens-Lorrains s'engagent au combat aux côtés des Français et Alliés, soit dans la Légion étrangère soit dans un bataillon quelconque pour les naturalisés, beaucoup sont utilisés à l'arrière pour continuer à faire fonctionner les usines. Prisonniers et réfugiés se révélant insuffisants en nombre et parfois inefficaces, le gouvernement français conclut des accords avec les pays alliés ou neutres pour faciliter la venue de travailleurs402.

La Légion étrangère subit des pertes pendant le conflit et doit également se séparer de certains hommes qui regagnent leur armée nationale quand leur pays d'origine entre dans le conflit403. Avec ceux qui restent, le commandement crée en novembre 1915 une nouvelle unité, le Régiment de marche de la Légion étrangère, sous les ordres du colonel Rollet. Ce corps s'illustre jusqu'à la fin de la guerre, notamment à Verdun et devient l'unité la plus décorée de France. Parmi les nouveaux volontaires, certains séjournent en France, tandis que d'autres arrivent juste pour combattre ; les statistiques ne permettent donc pas de traduire la participation des immigrés. Dans les Vosges, un jeune Allemand fut affecté au 2e Régiment étranger : Frédéric Auguste Durr, d'Epinal. Cinq jeunes Allemands meurent pour la France404. En outre, depuis 1914, 20 000 Alsaciens se sont engagés volontairement dans les rangs français405.

En matière d'emploi, la situation apparaît alors contrastée. La présence des étrangers se révèle absolument nécessaire dans les industries extractives ou l'agriculture qui voit partir, tout au long de la guerre, 3 700 000 hommes, soit 45 % de la population active agricole. En revanche, l'entrée en guerre par la désorganisation qu'elle cause, rend moins utile les immigrés dans certaines branches occupant abondamment ce type de main-d'oeuvre : des adjudications de travaux publics sont ajournées ; la quasi-monopolisation des transports terrestres et maritimes à des fins militaires prive diverses industries des matières premières qu'elle importent, ainsi les huileries qui ne reçoivent plus d'oléagineux, les fabriques de pâtes alimentaires qui sont privées de semoules ; les usines jugées non prioritaires sont approvisionnées très parcimonieusement en charbon qui constitue leur principale source d'énergie406.

402 J. Ponty, op. cit., pp. 91-122.

403 Ibid. Ce fut le cas pour l'Italie et les Etats-Unis. D'autre part, des armées autonomes furent constituées pour les Polonais et les Tchéco-Slovaques.

404 A.D.V., 4 M 495, liste des étrangers de nationalité allemande en permis de séjour en raison de la présence de leurs enfants sous nos drapeaux (1918).

405 L'Alsacien évacué.

406 R. Schor, op. cit., pp. 30-44.

I - A l'arrière, une main-d'oeuvre annexe nécessaire.

La pénurie de main-d'oeuvre causée par la mobilisation et la nécessité d'intensifier la production amène au cours de la guerre les responsables français à utiliser tous les hommes disponibles et donc les prisonniers et réfugiés même allemands407. A cet effet la loi du 3 juillet 1917 prévoit le recensement dans toutes les communes des fils d'étrangers. En octobre, chaque maire doit dénombrer les jeunes gens et les inscrire sur une liste qui doit être envoyée avant novembre en préfecture408. Donc en juillet, les autorités vosgiennes réclament aux maires l'envoi des listes nominatives d'étrangers en résidence dans leur commune au 1er juillet 1917. Trois listes distinctes doivent être transmises : un relevé numérique semestriel général des étrangers ; une liste nominative des étrangers de nationalité ennemie (allemande, austro-hongroise, turque ou bulgare) ; et une liste nominative des congréganistes étrangers des 2 sexes et de toutes nationalités (alliées, neutres ou ennemies)409.

Il est même question en 1917 de faire venir de Suisse, des Alsaciens de tous métiers, employés là-bas dans les usines, et qui pourraient fournir une utile main-d'oeuvre en France410. Ces Alsaciens pourraient être employés éventuellement par familles entières, chaque membre de la famille étant utilisé selon ses aptitudes. Des listes des ouvriers coloniaux et étrangers occupés actuellement sur le territoire des communes vosgiennes (par arrondissement) et concernant des Allemands et d'Alsaciens-Lorrains révèlent que certains ne sont pas encore munis de la carte verte ou chamois (en 1916 par exemple). Un certain nombre seraient néanmoins susceptibles de l'obtenir411. De plus il existe des cartes d'identité et de circulation pour travailleurs coloniaux et étrangers, dans l'industrie et le commerce, délivrées par le ministre de l'Intérieur direction de la sûreté générale. Pour la seule ville d'Epinal, six Allemands ont reçu les précieux sésames, ainsi qu'un peu plus de 50 Alsaciens. Malgré tout, le ministre de l'intérieur réclame le 23 février 1917 une surveillance accrue des travailleurs étrangers ressortissants des puissances ennemies (AustroAllemands, Bulgares, Turcs)412.

Le 6 juin le ministre Malvy prie instamment le préfet vosgien, dans le cas où des conflits du travail se produiraient dans son département, de surveiller l'attitude des étrangers qui y participeraient.

407 R. Schor, op. cit., pp. 30-44.

408 Olivier Guatelli, op. cit.

409 A.D.V., 4 M 401, demande d'envoi des listes nominatives d'étrangers en résidence dans le département au 01/07/1917, juillet 1917.

410 A.D.V., 8 M 191, main-d'oeuvre alsacienne, 1918.

411 A.D.V., 4 M 475/476, cartes d'identité et de circulation pour main-d'oeuvre étrangère (1916-1920).

412 A.D.V., 4 M 401, correspondance ministre de l'intérieur - préfets, 23/02/1917.

Par ailleurs, la situation professionnelle des Allemands et Alsaciens-Lorrains est réglementée par les autorités administratives, notamment à partir de 1917. « A dater du 15 avril, tout travailleur étranger ou colonial devra être pourvu de la carte verte ou chamois et sauf rares exceptions provenant de perte justifiée de nouvelles cartes ne seront délivrées qu'aux ports ou postes frontières »413. Le décret du 21 avril 1917 crée la carte d'identité spécifique de « travailleur étranger ». Pour la première fois, un décret trace une frontière, parmi les étrangers en France, entre les ouvriers et les autres. Il introduit l'expression de « travailleur étranger », sépare les arrivants employés dans l'agriculture de ceux que recrute l'industrie grâce à une carte d'identité différente (en un premier temps par sa couleur, plus tard par un tampon spécial apposé sur la carte). Plus les années de guerre passent, plus l'Etat intervient dans l'économie. La présente mesure prolonge la création des services de la MOA et de la MOE aux ministères de l'Agriculture et de l'Armement (puis du Travail) un an auparavant414.

413 A.D.V., 4 M 401, télégramme-circulaire du ministère de l'intérieur, aux préfets de France, 26/03/1917.

414 J. Ponty, op. cit., pp. 91-122.

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