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Immigration volontaire ou forcée des allemands et des alsaciens-lorrains dans les Vosges (1911-1920)

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par Clément Thiriau
Université Nancy II - Master 2 d'histoire contemporaine 2007
  

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Conclusion :

Comme d'autres catégories d'immigrés, les Alsaciens et Allemands présents dans les Vosges se sont rendus disponibles et utiles à l'aide de leur patrie d'origine ou d'adoption : en servant le drapeau dans le combat ou en contribuant à la bonne marche de la machine industrielle à l'arrière, de manière volontaire (réfugiés) ou non (prisonniers de guerre). Les autorités ont favorisé ce phénomène qui a eu un écho relativement défavorable au sein de la population autochtone.

428 H. Mauran, op. cit., pp. 464-466.

429 A.D.V., 4 M 401, circulaire du ministre de la guerre, 16/04/1917.

430 R. Schor, op. cit., pp. 30-44.

PARTIE IV :

La fin de la guerre et l'après-guerre (1918-1920) :

un arrêt des contraintes ?

Chapitre 1 :
La dernière phase de la guerre ou l'arrêt des mesures de contraintes
(1917-1918).

En 1918, la ville d'Epinal compte neuf Allemands, dont trois hommes, deux ouvriers d'usine et un charretier, et six femmes, deux couturières et une manoeuvre, une ménagère, une couturière et une repasseuse431. Dans l'arrondissement de Remiremont sont recensés cinq Allemands, dont deux débitants et un tailleur d'habits d'origine alsacienne-lorraine et dans celui de Neufchâteau trois Allemands. Dans tout le département, sept Allemands, quatre hommes et trois femmes, sont en permis de séjour en raison de la présence de leurs enfants sous nos drapeaux, engagés pour la durée de la guerre dans des régiments d'infanterie ou d'artillerie432. Par ailleurs un certain nombre de religieuses austro-allemandes sont en résidence à Vagney et Zainvillers, 13 exactement, dont 10 venues de l'orphelinat de Thann, congrégation de Saint-Sauveur, évacuées avec élèves par l'Autorité militaire en février 1915433.

La fin de la guerre correspond plus particulièrement à la disparition de toute discrimination à l'égard des Alsaciens-Lorrains. Naturalisés ou non, ils sont alors véritablement considérés comme des Français434. En 1918, les Alsaciens-Lorrains en résidence dans le département des Vosges sont au nombre de 7500 dont la plupart y étaient fixés avant les hostilités435. Les autres, soit environ 3000, ont été évacués d'Alsace par les troupes françaises et placés à demeure, en presque totalité, dans l'arrondissement de Remiremont436. Quant aux Alsaciens-Lorrains qui habitaient les Vosges avant la guerre, ils ont continué, grâce aux permis de séjour qui leur ont été délivrés, à exercer leurs professions, commerces ou industries et leur situation antérieure n'a pas été modifiée. Les deux sociétés de secours aux Alsaciens-Lorrains qui existaient avant les hostilités, à Epinal et à Saint-Dié, ont cessé de fonctionner et aucune association de ce genre ne s'est créée depuis.

431 A.D.V., 4 M 495, relevé nominatif des Allemands dans les Vosges, 1918.

432 A.D.V., 4 M 495, liste des étrangers de nationalité allemande en permis de séjour en raison de la présence de leurs fils sous les drapeaux, 1918.

433 A.D.V., 4 M 495, correspondance ministre de l'Intérieur - préfet vosgien, 29/1/1918.

434 J. Ponty, op. cit., pp. 91-122.

435 A.D.V., 4 M 428, recensement par nationalités, Alsaciens-Lorrains (1918).

436 Ibid.

I - La réglementation à l'égard des réfugiés vers la fin de 1917.

Les Alsaciens évacués dans l'arrondissement de Remiremont reçoivent presque tous les allocations journalières au titre de réfugiés : le nombre des allocations principales accordées est de 1457 ; celui des majorations d'enfants de 1122. En outre, environ 200 familles alsaciennes résidant dans le département bénéficient des dispositions de la loi du 5 août 1914 comme ayant des membres mobilisés dans l'armée française. L'administration départementale n'a pas eu à prescrire l'envoi d'enfants alsaciens dans les colonies d'enfants. Cependant, comme on l'a vu, l'orphelinat alsacien de Thann a été transféré à Vagney et à Zainvillers où il fonctionne avec son personnel religieux, sous la surveillance de l'autorité militaire (144 religieuses à Zainvillers et 61 à Vagney). Une subvention mensuelle de 500 F est mandatée, au nom de l'officier gestionnaire, sur les crédits délégués par le ministre de l'Intérieur pour l'entretien des réfugiés437.

Beaucoup d'entre les évacués, ouvriers d'usine, sont employés par les industriels de la région. Quelques familles ont trouvé à louer des fermes qu'elles exploitent pour leur propre compte. Il y a donc trop peu d'Alsaciens employés à la culture pour qu'il soit possible d'établir une moyenne de salaires438. Les quelques isolés qui sont placés comme garçons de ferme ou journaliers agricoles sont nourris et logés par le patron, qui leur verse en outre un salaire variant de 15 à 60 francs par mois, suivant l'âge, les aptitudes et les usages locaux. Enfin, le ministère de l'Intérieur fait procéder à la confection des fiches individuelles. Dans toutes les mairies, une enquête individuelle est prescrite439. La mise au point de ce travail demandera, par suite, un certain délai. Beaucoup d'informations sont réclamées pour cette enquête : nom et prénoms de chaque Alsacien-Lorrain, date et lieu de naissance, lieu résidence avant la guerre, résidence actuelle, profession, degré d'instruction, aptitudes, nombre d'enfants et localité de retour. Des listes nominatives existent également par commune en vue de l'établissement des fiches, mais beaucoup sont frappées de la mention « néant ». Le cas de nombreux Alsaciens-Lorrains est évoqué à Thaon en 1918 ou dans l'arrondissement de Remiremont440.

Le général commandant en chef prescrit, par lettre du 11 octobre, l'application de mesures en faveur de la circulation des Alsaciens évacués. Ils sont répartis dans trois catégories avec des contraintes spécifiques. Les Alsaciens d'origine nettement française seront dotés de la carte d'identité qui les assimilera entièrement aux Français en matière de circulation et de séjour (carte chamois). Les Alsaciens d'origine douteuse seront quant à eux dotés d'une carte blanche de même modèle que l'ancienne, mais avec un périmètre de circulation plus étendu. Enfin les Alsaciens

437 A.D.V., 4 M 428, recensement par nationalités, Alsaciens-Lorrains (1918).

438 Ibid.

439 Ibid.

440 Ibid.

d'origine allemande seront dotés du carnet d'étranger comme tous les étrangers dans la zone des armées, avec un périmètre de circulation qui sera en principe celui actuellement porté sur la carte blanche dont ils sont titulaires. Le périmètre concédé aux Alsaciens titulaires d'une carte blanche est, pour ceux domiciliés en zone non réservée, la partie non réservée des arrondissements de Remiremont-Epinal-Lure-Montbéliard, et pour ceux domiciliés en zone réservée, le canton et les cantons limitrophes441.

Par ailleurs, le préfet Linarès rappelle en novembre que, par application des circulaires télégraphiques des 20 et 31 octobre 1917, il ne doit être en aucun cas répondu directement aux demandes de renseignements concernant les Alsaciens-Lorrains ou leurs biens formulées par la Croix Rouge de Francfort. Elles doivent lui être retournées sous timbre « Contrôle et Comptabilité » avec des éléments de réponse442.

Le Garde des Sceaux décide fin 1917 que les Alsaciens-Lorrains pourront être appelés à bénéficier des lois d'assistance jusqu'à présent réservées à ceux qui justifient la qualité de Français sous la double condition qu'ils soient d'origine française et qu'ils aient été l'objet de bons renseignements au point de vue national443. Il s'agit des lois du 15 juillet 1893 sur l'assistance médicale gratuite, du 14 juillet 1905 sur l'assistance aux vieillards, infirmes et incurables, les lois des 15 juin et 30 juillet 1913 sur l'assistance aux femmes en couches, et enfin, la loi du 14 juillet 1913 sur l'assistance aux familles nombreuses444. En somme, seuls les Alsaciens-Lorrains ayant la carte tricolore ou le permis de séjour peuvent en être bénéficiaires ; les Alsaciens-Lorrains internés dans les dépôts ne peuvent être admis à en réclamer l'application à leur profit.

En ce qui concerne les lois du 27 juin 1904 sur le service des enfants assistés et du 20 juin 1904 relative à l'éducation des pupilles difficiles ou vicieux, elles ont à la fois le caractère de lois d'assistance en même temps que de lois de police et de sûreté ; elles sont dès lors applicables aux enfants français, alsaciens-lorrains et même étrangers. Il en va de même des lois du 24 juillet 1889 sur la protection des enfants maltraités ou moralement abandonnés et du 19 avril 1898 pour la répression des violences, voies de fait, actes de cruauté et attentats commis envers les enfants. Par rapport à la loi du 30 juin 1838 sur les aliénés, l'assimilation des étrangers aux nationaux est obligatoire, tant en raison même de leur maladie, que des mesures spéciales qu'il convient de prendre pour la sécurité publique. Il en résulte que les Alsaciens-Lorrains devenus aliénés sur le territoire français, doivent être traités dans les asiles au même titre que les indigents français sans domicile de secours à la charge de l'Etat (article 101 de la loi de Finances du 13/7/1911)445.

441 A.D.V., 4 M 533, correspondance du général de division Boissoudy commandant la VIIe Armée, 27/10/1917.

442 A.D.V., 4 M 431, télégramme ministre de l'intérieur - préfet, novembre 1917. Des administrations préfectorales ainsi que des oeuvres d'assistance et oeuvres de guerre sont parfois saisies pour des demandes.

443 A.D.V., 4 M 533, correspondance ministre de l'intérieur- préfets France, 14/12/1917.

444 Ibid.

445 Ibid.

Il appartient par ailleurs aux commissions administratives de décider l'inscription sur les listes des indigents, des Alsaciens-Lorrains, se trouvant dans les conditions pour être admis au secours en argent ou en nature donnés par les bureaux de bienfaisance. En tous cas, le fait qu'ils sont Alsaciens-Lorrains ne saurait être au regard de la législation un obstacle à leur inscription sur la liste des indigents à secourir. Enfin extension est faite aux Alsaciens de la loi française du 14 juillet 1913 sur l'assistance aux familles nombreuses446.

Fin décembre le président du Conseil et ministre de la Guerre prie les maires des communes où se trouvent des Alsaciens, d'adresser aux préfets des extraits de tous les actes de mariage concernant des personnes nées en Alsace-Lorraine depuis la déclaration de guerre447. Le préfet transmet en retour, au chef de la Mission militaire administrative en Alsace, à Massevaux (Alsace), 40 extraits de mariage, dont 12 ont été contractés à Remiremont en 1915, 1916 et 1917448.

446 A.D.V., 4 M 533, op. cit.

447 A.D.V., 4 M 533, demande du président du Conseil, 27/12/1917.

448 Ibid.

II - Quel sort pour les Allemands et les Alsaciens à la fin de la guerre ?

Pendant la dernière phase de la guerre, la plupart des Allemands et Alsaciens paraissent soucieux de ménager l'avenir, désireux pour la plupart de pouvoir rentrer en Alsace, quelle que soit l'issue de la guerre. Leur action est donc dictée par les événements du front. Début 1918, bien que les appellations de « Boches » diminuent449, une certaine effervescence règne au sein de ces populations dans les Vosges. A Ventron est signalée l'attitude suspecte de quelques Alsaciens450. A Epinal, quatre cas d'Allemands ou d'Alsaciens-Lorrains en situation irrégulière sont évoqués, dont Marie-Madeleine Muller, d'origine alsacienne mais de nationalité allemande (badoise) par son mariage, sans permis de séjour et avec trois enfants alsaciens titulaires de cartes chamois. Maria Mazerand, infirmière dans l'hôpital militarisé Saint-Maurice d'Epinal, a reçu une carte d'Alsacien-Lorrain (carte blanche, sans photo, à périmètre de circulation limité) et sera maintenue au sein des Hospices civils d'Epinal451. On constate également une multiplication des évasions de prisonniers de guerre allemands ou alsaciens-lorrains. Le 2 février 1918, pour le seul camp de prisonniers de guerre de Rasery Xertigny, pas moins de huit prisonniers s'évadent452. Enfin, après examen de chaque cas particulier, le préfet Linarès suggère en février qu'il y a intérêt à ne pas donner suite aux demandes de rapatriement formulées par les Alsaciens453.

En mars 1918, le président du Conseil, ministre de la Guerre, décide que tout AlsacienLorrain d'origine française autorisé à quitter l'Alsace, serait uniformément muni, avant son départ, par les soins de l'Administration d'Alsace, d'une pièce d'identité signée par l'Administration du Cercle de sa résidence. Les Alsaciens-Lorrains qui sont porteurs de cette autorisation pourront recevoir les permis de séjour qui remplacent pour eux la carte d'identité prévue par la circulaire du 2 avril 1917. Les modifications à apporter devront être faites à l'encre rouge pour l'attribution d'une carte d'identité d'Alsacien-Lorrain « d'origine française »454.

D'ores-et-déjà, la plupart des Alsaciens ont reçu leur nouvelle carte d'identité ou de circulation ; une dizaine d'auxiliaires des secrétaires de mairie ont pris place, 4 sont déjà installés à Plombières, Val d'Ajol, Ventron et Saulxures, avec un traitement de 50 F par mois, à compter du 1er décembre 1917, date de leur entrée en fonction ; les dossiers d'allocations ont fait l'objet de révisions individuelles et des allocations supplémentaires et des secours de loyer ont été décrétées pour certains. Enfin, le grand quartier général met à disposition un certain nombre de brochures de propagande « L'Alsacien évacué » destinées à faire mieux connaître, soit par les membres du corps enseignant, soit autrement, la situation réelle des Alsaciens évacués.

449 A.D.V., 8 M 191, op. cit.

450 A.D.V., 8 M 191, hostilité envers les Alsaciens, enquêtes (1918).

451 A.D.V., 4 M 480, étrangers en situation irrégulière (1918).

452 A.D.V., 8 M 12, lettre du général Wirbel, commandant la 21e Région, 02/02/1918.

453 A.D.V., 4 M 533, correspondance préfet vosgien - ministère de l'Intérieur, 22/02/1918.

Malgré tout, une nouvelle agitation se développe dans les milieux alsaciens des Vosges en mai 1918, lorsque l'offensive de Champagne semble devoir apporter la victoire à l'Allemagne455. Cette nouvelle volonté de rapatriement est renforcée par la nouvelle de la signature de l'accord franco-allemand sur l'échange des prisonniers et internés civils (accords de Berne). « Les civils se réclamant de la nationalité allemande qui ont été internés à une époque quelconque depuis le début des hostilités et autorisés par la suite à résider librement en France peuvent, dans certaines conditions, être autorisées à quitter le territoire français »456. Les civils internés ressortissants de l'Allemagne peuvent être autorisés à quitter la France ; la mesure s'étend à ceux qui, en liberté, ont été internés dans un dépôt pendant au moins deux mois. L'intéressé doit simplement adresser avant le 1er septembre 1918 une requête écrite au préfet de son département de résidence ou à la Légation suisse à Paris457.

Les internés allemands présents dans les dépôts sont en principe rapatriables d'emblée : ils seront conduits à la frontière dans les conditions exigées par la défense nationale. Ceux qui sont détachés dans le cadre d'un travail seront réintégrés dans des dépôts préalablement vidés, où ils accompliront une « quarantaine ». Les internés et des évacués alsaciens-lorrains en France sont devenus l'enjeu central des négociations. Jusqu'aux accords de Berne, le gouvernement français affirme les considérer comme ses propres nationaux, ce qui motive son refus de principe de les rapatrier en Allemagne. Le gouvernement allemand les tient au contraire comme sujets allemands et n'a de cesse de vouloir faire reconnaître leur droit au rapatriement458.

Toujours est-il qu'un certain nombre d'évacués alsaciens de l'arrondissement de Remiremont, y travaillant ou non, se réclament alors de la nationalité allemande, afin d'obtenir leur rapatriement. Leur requête doit comporter toute une série de renseignements à fournir sur l'identité, domicile, internement, lieu où ils désirent se rendre. Selon les cas ils demandent à quitter la France, veulent établir leur résidence définitive à l'endroit de leur permission temporaire en Alsace ou encore s'installer dans d'autres endroits de leur choix459. L'espoir que fait naître chez certains les premiers succès de l'offensive Ludendorff s'exprime par le refus de mettre en culture le jardin attenant à leur logis, comme à Saint-Nabord. Ce n'est qu'après l'arrêt de la ruée allemande qu'ils ensemencent leur jardin, négligeant cependant de faire leur provision de bois pour l'hiver suivant460.

454 A.D.V., 4 M 401, correspondances du ministre de l'intérieur, 09/03 et 13/06/1918.

455 R. Martin, op. cit., pp. 62-65.

456 A.D.V., 4 M 514, rapatriements d'étrangers de nationalités ennemies, 1918.

457 H. Mauran, op. cit., pp. 749-751.

458 Ibid.

459 A.D.V., 4 M 514, rapatriements d'étrangers de nationalités ennemies, 1918.

460 R. Martin, op. cit.

L'administration ne reste pas inactive face à cette agitation et utilise trois moyens. Tout d'abord elle organise le renforcement du contrôle de la correspondance des évacués alsaciens. Dans les communes des Vosges ayant reçu des évacués, les receveurs des P.T.T. doivent faire une liasse de la correspondance adressée de civils à civils et l'adresse à Epinal, où un officier de la commission du contrôle postal recherche la correspondance susceptible d'être saisie par la commission de contrôle de Lure461. D'autre part on utilise la mise en résidence surveillée des plus germanophiles parmi les évacués. Les instigateurs de l'agitation sont ainsi dispersés respectivement à Bordeaux, Courbevoie, Viviers, Aurillac, où ils demeurent sous surveillance. Enfin et surtout le développement de la propagande française auprès des Alsaciens est prépondérant462.

Cette propagande repose sur la distribution systématique, par l'intermédiaire des instituteurs, du « Kreigsberichte », journal édité à Dannemarie (Alsace du Sud) par l'administration militaire française, mais aussi par la projection de films destinés spécialement aux évacués alsaciens ; quelques titres de ces films illustrent leur caractère de propagande : « En Alsace libérée », « Les Français en Alsace », « La fête de l'indépendance américaine à Masevaux ». Le général de division de Boissoudy, commandant la VIIe Armée, estime nécessaire en janvier 1918 de continuer les soirées cinéma, pour les quelques localités du département où résident des Alsaciens non réfugiés et non encore visités463.

La propagande consiste en outre à la scolarisation systématique des enfants dans des « classes alsaciennes ». Ces classes ont été ouvertes à la rentrée d'octobre 1915, à la demande du général de Boissoudy. Elles sont confiées à des maîtres connaissant quelque peu la langue allemande464. Une statistique fournie par l'Inspecteur d'Académie des Vosges, le 2 novembre 1915, recensait 482 enfants d'âge scolaire dans l'arrondissement de Remiremont, dont 109 pour la seule commune du Val-d'Ajol. Leur apprentissage du français est rapide. Les élèves alsaciens de 3 classes qui fonctionnent dans le département ont été fusionnés avec les élèves des écoles communales. C'est une mesure qui paraît devoir donner de bons résultats : il importe que les enfants non alsaciens considèrent comme des Français, les enfants alsaciens465.

Les événements militaires perturbent, notamment en août 1918, mais n'annulent pas l'application des accords de Berne. Au mois de juin, deux catégories posent encore problème : les ex-légionnaires d'origine allemande et les dénaturalisés. Au moment de la déclaration de guerre,

461 R. Martin, op. cit., pp. 62-65.

462 Ibid.

463 A.D.V., 4 M 533, correspondance général de division de Boissoudy commandant la VIIe Armée - Préfet vosgien, 09/01/1918.

464 R. Martin, op. cit.

465 A.D.V., 4 M 533, correspondance ministre de l'intérieur - préfet vosgien, 03/11/1917.

en août 1914, les dénaturalisés n'étaient pas des civils allemands : les accords de Berne ne leur sont donc pas applicables.

Le sous-secrétaire d'Etat de la Justice militaire indique dans une circulaire du 20 octobre 1918 qu'il a décidé que « les Alsaciens-Lorrains condamnés par les Conseils de Guerre seraient incarcérés au pénitencier militaire d'Albertville pour y subir leur peine. »466

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