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Immigration volontaire ou forcée des allemands et des alsaciens-lorrains dans les Vosges (1911-1920)

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par Clément Thiriau
Université Nancy II - Master 2 d'histoire contemporaine 2007
  

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Conclusion :

Ainsi les Allemands en résidence dans les Vosges à l'aube de la Première guerre mondiale sont en grande majorité des Alsaciens, industriels du textile. Ils dirigent parfois de grandes entreprises comportant plusieurs usines disséminées dans le département et qui peuvent avoir conservé des relations commerciales avec l'Alsace. Ce secteur fait également travailler de nombreux ouvriers d'origine alsacienne, très nombreux dans la vallée de la Moselle, comme à Thaon (blanchisserie-teinturerie). Le reste de la main-d'oeuvre allemande des Vosges est occupée dans les autres industries traditionnelles du département (carrières notamment) ou d'autres qui se développent (exemple la métallurgie), ainsi que quelques personnes dans le secteur du commerce ou de l'hôtellerie.

Au-delà de cet état des lieux de leur situation professionnelle, il est intéressant de comprendre tous les aspects corrolaires à l'exercice du métier.

Chapitre 2 : Les aspects liés au travail.

Ce qui concerne les Vosgiens dans les aspects liés à la situation professionnelle concerne bien sûr les Allemands et les Alsaciens du département. La IIIe République a accordé le droit syndical, le repos hebdomadaire, et réglemente la durée du travail. Mais le patron reste tout puissant tant au niveau économique qu'au niveau politique. L'ouvrier ne peut échapper au carcan instauré par le chef d'entreprise. En 1900, près de 80 % des ouvriers vosgiens sont logés dans des cités ouvrières construites autour de l'usine. Le patron paternaliste entend ainsi attirer et fixer la main-d'oeuvre tout en veillant avec vigilance sur l'existence quotidienne de ses ouvriers104.

Répondant aux besoins de logement adapté aux nouvelles normes de l'hygiène et d'équipements collectifs appropriés, l'initiative patronale présente des avantages certains au niveau du confort. Mais trop souvent, ces cités ont une singulière apparence de camp de concentration. Les vacances payées n'existent pas et le repos hebdomadaire est bien incomplètement appliqué. La législation sociale reste fort discrète. La journée de douze heures est habituelle. La maternité, la maladie, le chômage, la vieillesse, posent d'angoissants problèmes aux ouvriers et aux employés. Les institutions de prévoyance fondés par le patronat et les sociétés de secours mutuels, ne sont que des palliatifs105.

La République, basée sur l'alliance de la bourgeoisie et du monde rural, ne se préoccupe guère des « questions ouvrières ». La combativité est faible. La main-d'oeuvre constituée à 35 % de femmes et d'enfants, ainsi que l'absence d'une élite ouvrière dans l'industrie textile, expliquent le nombre restreint de militants syndicaux au regard de l'effectif. La vie au jour le jour, le manque d'épargne, l'insécurité, l'impossibilité d'accéder à la culture, définissent la condition ouvrière. Si la forme physique de l'ouvrier connaît une sensible amélioration, par contre la consommation d'alcool augmente notablement et devient le principal fléau. Entre 1895 et 1905, les salaires progressent en moyenne de 7%. Bien évidemment, ils varient selon le sexe et la qualification. Dans l'industrie, les hommes touchent environ 4,35 francs ; les femmes à peine la moitié. Celles qui travaillent à domicile se contentent souvent de 1,25 francs par jour106.

Les ouvriers vosgiens proviennent en grande majorité du terroir. Paysans déracinés, ils s'adaptent plus ou moins bien à leur nouvelle situation. Dans les cités usines, on est ouvrier de père en fils et les rapports avec les ouvriers paysans qui ont conservé des racines rurales, s'avèrent souvent difficiles. De nombreux conflits éclatent aussi entre la population ouvrière vosgienne de souche et les travailleurs d'origine étrangère, par exemple les Alsaciens des usines107.

104 J.-P. Claudel, op. cit., pp. 197-222, « relations patrons/ouvriers ».

105 Ibid.

106 G. Poull, L'industrie textile vosgienne : 1765-1981, Rupt-sur-Moselle, chez l'auteur, 1982, 475 p., pp. 375-435.

107 Ibid.

I - L'usine, rapports hiérarchiques, conditions de travail.

Les rapports entre ouvriers et patrons semblent, dans les Vosges, moins difficiles que dans d'autres régions108. Les grèves déclenchées pour des problèmes de salaire ou de durée du travail n'ont que rarement des conséquences dramatiques. Dans l'ensemble, les travailleurs font preuve d'une certaine modération et quelques industriels accomplissent de réels efforts afin d'améliorer le sort de leur personnel. Ainsi, avant que ne soient promulguées les lois sur les retraites et l'assistance, certaines entreprises ont créé différentes caisses de retraites ou de secours.

Toutefois, les patrons ont du mal à comprendre que l'obtention par la classe ouvrière du droit de grève et du droit d'association ont engendré des modifications profondes dans le monde du travail. Le directeur de l'usine, représentant du patron tout puissant dont il détient une partie des pouvoirs, assure la marche de l'entreprise109. Sa personnalité et ses capacités influencent fortement les relations entre les diverses catégories d'employés. Les contremaîtres répercutent ses ordres et assurent une discipline rigoureuse d'autant plus facilement que les ouvriers vosgiens dans leur grande majorité sont peu spécialisés. Dans l'industrie textile, l'apprentissage s'effectue sur le tas en quelques semaines.

Désormais les employés se font entendre sur des questions aussi fondamentales que la durée de la journée de travail et le montant du salaire110. D'ailleurs leur situation tant morale que matérielle va en s'améliorant. Pourtant par manque d'éducation, les ouvriers ne savent tirer des lois sociales tout le bénéfice possible. La majorité reste en dehors des grands mouvements syndicaux et la loi sur les retraites ouvrières n'enregistrera qu'un accueil bien mitigé. La situation de l'ouvrier agricole, du journalier ou du domestique de ferme, ne progresse que bien lentement. Les Allemands et Alsaciens sont quelques-uns dans ce cas. Ils demeurent étroitement liés à leur employeur, astreints à un travail long et pénible, sans garanties suffisantes. Leur place dans la production les situe dans la même classe que les ouvriers de l'industrie. Aux champs comme à l'usine, les salaires évoluent sur le même rythme. L'existence se trouve toujours régie par des habitudes spécifiques.

Malgré l'exode et les progrès de l'industrialisation, la classe rurale occupe encore une large place dans la vie économique et sociale du département111. Malgré une existence encore primitive dans de nombreux endroits, les ruraux commencent à s'émanciper. On enregistre une déchristianisation progressive des campagnes112.

108 J.-P. Claudel, op. cit, pp. 197-222.

109 G. Poull, op. cit., « l'usine et son univers », p. 199.

110 J.-P. Claudel, op. cit., pp. 197-222

111 Ibid, « les paysans ».

112 Ibid.

Les conditions de travail, horaires, disciplines et productions, sont fixées par des règlements sévères113. Dans les usines vosgiennes de textile en 1911, l'horaire journalier est de 10 heures. Le dimanche est le seul jour férié de la semaine114. Les ouvriers travaillent en moyenne durant 260 heures chaque mois. Ils sont présents chaque jour de six heures trente à onze heures le matin et de treize heures à dix-huit heures l'après-midi. Les règlements d'atelier sont modifiés en fonction des changements intervenus dans la réglementation du travail dans les usines. En 1911-1914, ils sont souvent identiques à celui qui est rédigé par les dirigeants de l'usine du Pont de Lette à Rupt-surMoselle le 22 mars 1911. Ce dernier prévoit qu'à l'issue d'une période d'essai d'une semaine, durant laquelle il pourra quitter l'établissement quand il voudra, l'ouvrier qui vient d'être embauché et son employeur « seront tenus à une dénonciation réciproque de quinze jours, qui devra être faite le 15 ou à la fin de chaque mois, pour prendre effet à la fin de la quinzaine suivante. Celle des deux parties qui aura manqué à cette obligation sera tenue de verser à l'autre partie, à titre de dommages et intérêts, une somme de 20 francs. »115 Ce délai de dénonciation est porté à un mois et les dommages et intérêts à 40 francs pour les contremaîtres. De nombreux cas de renvoi immédiat sont prévus : insultes au directeur ou à son représentant, absence de plus d'une journée dans la semaine sans autorisation, mauvais travail volontaire, vol, immoralité et ivresse publique dans les ateliers. La paie « sera faite deux fois par mois, conformément à la loi du 7 décembre 1909 ». Des amendes de 1 à 5F sont prévues pour tous ceux qui contreviennent à l'un ou l'autre des 26 articles de ce règlement116.

En outre, les ateliers encombrés, aux machines sans protections et aux multiples courroies de transmission, représentent de réels dangers. Les accidents sont nombreux et plongent souvent la famille ouvrière dans la misère. Dans l'industrie textile, l'environnement s'avère particulièrement malsain et l'ouvrier prend bien peu de précautions d'hygiène. Dans les filatures, la poussière rend le travail pénible. Dans une grande majorité, la besogne dans les usines textiles reste très dure et la condition physique des ouvriers ne peut guère s'améliorer dans un tel contexte. Les femmes comme les enfants apparaissent plus exposées et beaucoup plus vulnérables que les hommes. Arrachée à son foyer, l'ouvrière doit trimer du matin au soir. Les femmes sont plus frappées par le chômage que les hommes, subissent brutalités et brimades. Les célibataires peuvent à tout moment être contraintes à la solitude ou au vagabondage ; une situation précaire que sait exploiter le contremaître racoleur et indélicat. Sans emploi, il ne leur reste alors plus qu'à retrouver leurs parents au village, se livrer à la prostitution ou mourir de misère117.

113 J.-P. Claudel, op. cit., pp. 197-222, « un travail malsain et pénible ».

114 G. Poull, op. cit., pp. 190-210.

115 Ibid.

116 Ibid.

117 J.-P. Claudel, op. cit., pp. 197-222, « la société vosgienne ».

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