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Analyse de la vulnérabilité de la santé de la femme: cas du cameroun

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par Monde MAMBIMONGO WANGOU
Institut Sous-régional de Statistique et d'Economie Appliquée (ISSEA) - Ingénieur Statisticien 2009
  

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CHAPITRE 2 : REVUE DES TRAVAUX EMPIRIQUES SUR LES FACTEURS SOCIAUX DE LA SANTE

Traditionnellement, l'amélioration de la qualité des soins de santé s'est faite à partir de la maîtrise des connaissances scientifiques telles que la génétique ou les facteurs biomédicaux, ainsi que les habitudes de vie et les comportements à risque. Mais avec le développement des agglomérations et du fait d'une concurrence de plus en plus farouche dans des milieux du travail, d'autres types de problèmes se sont amplifiés : la pollution, les suicides, le stress...

Pour mieux saisir les problèmes de santé des populations, on est aujourd'hui obligé de prendre en considération les interactions entre l'état de santé et certaines caractéristiques des populations. Ces caractéristiques sont de plusieurs natures, à savoir le mode de vie11(*), l'hygiène collective et l'environnement socioéconomique. Mais cette dernière composante semble de plus en plus intéresser les chercheurs.

Aussi des recherches réalisées dans tous les coins de la terre montrent l'incidence des facteurs sociaux et économiques sur l'état de santé de la population. Ainsi, dans cette section de l'étude, une attention particulière est mise sur la revue de la littérature relative aux liens qui existent entre la santé et certaines variables sociodémographiques telles que l'état matrimonial, l'âge, l'éducation. Les liens entre la santé et le statut socioéconomique (très souvent mesuré par le revenu, la scolarité, la situation professionnelle et la situation au regard de l'activité) vont également être passés en revue. Le traitement de chaque facteur est accompagné des études pratiquées sur le sujet aussi bien en Afrique qu'ailleurs, même si la presque totalité des études faites sur ces questions sont rencontrées dans les pays développés. Il faut cependant signaler que les facteurs sociaux ne sont pas la cause de l'état de santé de la population mais interviennent dans l'apparition et le développement des maladies.

Ce chapitre est essentiellement consacré à la revue de la littérature sur les facteurs sociaux de la santé. A la fin du chapitre, quelques statistiques sur les problèmes relatifs à la santé de la femme au Cameroun seront abordées.

2.1 RELATION ENTRE LA SANTE ET L'ETAT MATRIMONIAL

Théoriquement deux approches sont prééminentes dans l'explication du lien entre la santé et l'état matrimonial. Il s'agit de la sélection et de la protection.

Le point de vue des adeptes de la sélection se base sur l'hypothèse selon laquelle les personnes en bonne santé ont plus de chance de se marier 12(*)(Lilard et Panis, 1996). L'idée qui se cache derrière cette hypothèse est qu'une meilleure santé permet d'entretenir de bons rapports conjugaux, diminuant ainsi la chance de rupture.

Par ailleurs, l'approche la plus répandue est celle de la protection. Cette dernière s'établit comme suit : les personnes mariées sont généralement plus saines que les non mariées (Goldman, Korenman et Weinstein, 1995; Choi, 1996; Lilard et Panis, 1996). Les raisons évoquées par les partisans de cette approche sont telles que :

· les personnes mariées sont prises en charge et soutenues par leur partenaire et reçoivent donc l'appui de ces derniers pour faire face à des situations difficiles ;

· elles se sentent dans l'obligation d'être un bon époux et une bonne épouse ;

· elles ont une sexualité (une vie sexuelle) plus satisfaisante, donc moins à risque que les non mariées ;

· les personnes mariées ont généralement plus de ressources matérielles.

Toujours dans le même ordre d'idée, le mariage pourrait faciliter l'obtention de soins pendant les périodes de maladies et participer au bien être économique de personnes, ce qui déboucherait sur une meilleure santé. Une autre hypothèse, moins documentée, appelée sélection adverse stipule que les personnes de mauvaise santé ont tendance à se marier plus tôt que les autres pour bénéficier de la protection que le mariage procure (Lilard et Panis, 1996).

Sans faire l'unanimité, il apparaît que l'état matrimonial est un bon predicteur de santé. D'abondantes études sont faites sur le probable lien qui existerait entre l'état matrimonial et la santé. L'implication dans le mariage est associée à une diminution de la mortalité (Lui, 2008 ; Ikeda, 2007). Cette association est d'ailleurs très documentée.

Aux Etats-Unis, en 2008 et à partir des données recueillies lors de la National Health Interview surveys longitunales, Liu Hui cherche à déterminer si et comment l'association entre l'état matrimonial et la mortalité a changé au cours des années 1986-2002. L'approche adoptée par Liu est celle de la cohorte de vue et s'intéresse aux personnes âgées de 18 ans et plus. La variable d'intérêt est la mortalité/survie alors que les causes de décès sont reparties en cinq groupes : maladies cardio-vasculaires, le cancer, le diabète et les causes externes (homicides, suicides et accidents). Cette étude a révélé que le statut célibataire est associé à un risque de mortalité plus élevé que celui de la personne mariée, et cela pour toutes les causes de décès susmentionnées. Mais la mortalité est plus importante chez les veuves comparativement à tous les autres états matrimoniaux ; le risque relatif de mortalité, toutes causes confondues, a été de 1,3 fois plus élevé chez les veuves que chez les mariées.

De même, suite à une augmentation significative du pourcentage des personnes divorcées ou veuves et une baisse correspondante du taux de mariage au cours des deux dernières décennies au Japon, en 2007, Ikeda et al décident de revoir le lien qui existe entre l'état matrimonial et la mortalité. A partir d'un échantillon de 94062 hommes et femmes âgés de 40 à 79 ans et suivis pendant 10 ans, ils aboutissent aux résultats suivants. Par rapport aux hommes mariés, ceux qui ne se sont jamais mariés ont montré des risques plus élevés de la mortalité par maladie cardiovasculaire [risque relatif (RR)=3,05 ; intervalle de confiance13(*) : 2,03 - 4,60], par maladies respiratoires [risque relatif (RR)=2,43 ; intervalle de confiance : 1,27 - 4,63], les causes externes [risque relatif (RR)=2,18 ; intervalle de confiance : 1,05 - 4,54] et les autres causes [risque relatif (RR)=1,91 ; intervalle de confiance : 1,51 - 2,18]. Cette étude a montré que le veuvage et le divorce au Japon constituent potentiellement des effets néfastes pour la santé.

Par contre la réalité semble être tout autre chez les personnes âgées. Goldman et Korenman ont étudié, en 1995, l'effet de l'état matrimonial sur la santé et la mortalité chez les personnes âgées en utilisant les données de la National Health Interview surveys (aux Etats-Unis). Ils se sont basés sur des informations recueillies sur une population âgée de plus de 70 ans entre 1984 et 1990. Les résultats montrent que les veuves semblent être en meilleure santé que les autres femmes.

Par ailleurs, une étude menée en 2007 par Boade sur l'infection du VIH au Cameroun, a montré que l'état matrimonial est un facteur significatif à partir de 10%, et que les personnes célibataires avaient environ 2 fois plus de risque que les mariées d'être contaminées par le virus.

Toujours dans le même fil d'idées, en 2000, au Canada, et à partir des données de l'étude canadienne sur la santé et le vieillissement, Besty Kristjansson et Barbara Helliwell ont examiné l'importance de l'état matrimonial en ce qui concerne l'institutionnalisation des personnes âgées et la démence14(*). Sur un échantillon de 10263 résidents canadiens âgés de 65 ans et plus, il a été prouvé que la prévalence de la démence chez les personnes qui ne se sont jamais mariées a été la plus élevée que chez les mariées et les personnes mariées autrefois, et cela dans les deux sexes. Besty et al rapportent que le taux de prévalence de la démence chez les hommes célibataires est de 13,4 fois plus important que chez les hommes mariés. Chez les femmes célibataires, il est 6,8 fois plus élevé que chez les femmes mariées. Il semble que le fait d'être célibataire augmente directement le risque de démence, mais cette relation pourrait être due à des facteurs qui sont liés à la fois à l'état matrimonial et au risque de démence ; ce qui réconforte tout de même l'hypothèse de sélection.

Cependant, toujours aux Etats-Unis, une étude menée par Waldron et Hughes sur les femmes âgées de 24-34 à partir des données de la National longitudinal surveys indique que l'existence de l'effet de protection du mariage n'est effective que chez les femmes qui ne sont pas employées. Par ailleurs, ni la sélection au mariage, ni le mariage comme protection n'ont été observés chez les femmes qui ont un emploi à plein temps.

* 11 Les soins corporels, l'activité physique, l'alimentation, le travail et le tabagisme par exemple

* 12 Les personnes handicapées ou longuement malades ont moins de chance de se marier.

* 13 Cet intervalle de confiance est à 95%.

* 14 Maladie débilitante qui affecte la capacité intellectuelle et fonctionnelle, et aboutissant à une perturbation dans le comportement et un changement de personnalité.

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"Il y a des temps ou l'on doit dispenser son mépris qu'avec économie à cause du grand nombre de nécessiteux"   Chateaubriand