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Le traitement médiatique du crash du vol Rio Paris par TF1 et Globo


par Fernanda Morozini Batista
Université Paris 2 Panthéon-Assas - Institut Français de Presse 2010
  

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2) Le refuge dans l'émotion

La recherche de l'émotion dans le traitement médiatique du crash entre le Jornal Nacional et le 20 Heures a suivi une logique différente de celle de la recherche de la crédibilité. Pendant que cette dernière s'est basée sur des techniques de mise en récit de l'information pour donner au spectateur une illusion de réalité et le sentiment de maîtrise de la même, la recherche de l'émotion s'est surtout basée sur le choix des reportages.

Nous verrons ici que le contenu des informations diffusées a contribué a attirer l'émotion du public de deux manières différentes : à travers de la création de la compassion et à travers de la création du suspense.

a) La création de la compassion

L'analyse des résultats nous a montré, au début de ce mémoire, une autre différence essentielle entre les deux journaux télévisés : l'exposition de la souffrance des proches a été un sujet plus récurrent au Brésil (6% du temps de diffusion sur le crash a été consacrée au sujet par le Jornal Nacional contre 3% par le 20 Heures dans le premier jour qui a suivi l'accident, 16% contre 13% le deuxième jour et 12% contre 0% le troisième jour), alors que la prise en charge des proches par les autorités a été plus traitée en France (24% contre 9% le premier jour, 42% contre 0% le deuxième et 31% contre 19% le troisième42).

Cette différence a été notamment influencée par les cadres juridiques auquel les deux journaux télévisés ont été soumis : contrairement au Brésil, la loi française a interdit la diffusion d'informations sur les victimes et la police française a privé les journalistes du contact avec les proches.

L'analyse de la création de la compassion nous laisse voir cependant que le cadre juridique n'a pas été le seul à influencer ces différences ; le contexte culturel y a joué un rôle non négligeable.

42 Le tableau de la répartition du temps consacré au crash par type d'information est à la page 18 dont les données statistiques sont en annexe : Annexe 1, p. 53

I. La souffrance des proches au Brésil

Au Brésil, l'exploitation de la souffrance des proches destinée à créer de la compassion chez le public a été évidente : informations et photos des victimes ont été diffusées dès le premier jour qui a suivi l'accident, accompagnées de témoignages des proches.

Le premier juin, un reportage consacré à la souffrance des familles a déjà été repéré au Jornal Nacional, le mot « souffrance » étant notamment employé : images de proches a l'aéroport en train de pleurer sont annoncées par les mots « a chaque confirmation, la souffrance d'une famille43 ». Puis photos et descriptions de quelques victimes brésiliennes sont données44.

Image de proches des victimes et photo d'une victime (chef d'orchestre Silvio Barbato) diffusées par le Jornal Nacional

Le deuxième jour qui a suivi l'accident, cette compassion sera renforcée par plus d'informations, photos et témoignages sur les victimes. La narration a renforcé cette ambiance : « le souvenir de chaque passager emporte l'histoire de l'incertitude d'un voyage et de la souffrance d'une famille45 ».

Le troisième jour, un reportage va jusqu'à filmer une école oi des adolescents de 13 ans expriment la tristesse d'avoir perdu leur professeur de littérature, et également une salle d'entreprise, où les collègues d'une jeune victime montrent douloureusement aux cameras un bureau désormais vide.

En France, cette exploitation sera moins forte, encore que présente ! Malgré les contraintes du cadre juridique français, le 20 Heures a réussit à diffuser la souffrance des proches en utilisant des témoignages de brésiliens ainsi que de familles de victimes d'autres accidents aériens.

43 (( A cada confirmação, o sofrimento de uma familia»

44 Un descendant de la famille royale portugaise, dirigeant du groupe Michelin, un chirurgien plastique, une chanteuse, un chef d'orchestre et un ingénieur du groupe Petrobras

45 (( A lembrança de cada passageiro traz a história da expectativa de uma viagem e do sofrimento de uma família. »

Le premier Juin, le 20 Heures a diffusé témoignages de proches de victimes brésiliennes au Brésil : images de larmes à l'aéroport international du Rio de Janeiro sont accompagnées de mots de compassion : "les proches et les parents ne peuvent contenir leurs larmes, la douleur est trop forte".

Images de souffrance des brésiliens diffusées par TF1

Le 2 juin, le 20 Heures va consacrer un reportage à la souffrance des familles de victimes d'autres catastrophes aériennes : deux hommes dont les femmes ont été victimes d'accidents aériens montrent des photos de leur couple et discutent du sentiment pénible de la perte d'un être aimé, puis une interview avec la psychiatre auteur du livre Revivre après un choc46, va entretenir la discussion.

Le fait que TF1 ait diffusé la souffrance des proches brésiliens et des proches de victimes d'autres catastrophes aériennes laisse voir sa volonté de création de la compassion à travers la diffusion de la souffrance, malgré la contrainte du cadre juridique français. Toutefois, une différence entre les deux journaux télévisés qui ne peut pas être liée au cadre juridique est le fait que le Jornal Nacional ait entretenu l'espoir de rencontrer de survivants, pendant que le 20 Heures affirmait les chances de survie comme « infimes ».

Le 2 juin, le Jornal Nacional va diffuser un témoignage d'un colonel qui participe aux opérations de recherches affirmant avoir l'espoir de retrouver de survivants, puis le 6 juin, après la découverte des premières dépouilles, cet espoir sera éveillé par le témoignage de plusieurs proches : un père d'une victime affirme « Qu'est-ce qu'on entendait avant ? Que l'avion avait explosé en vol, qu'il n'y avait

46 SABOURAUD-SEGUIN Aurore. Revivre après un choc. Odile Jacob, 2006, 179 p. Collection Guide pour s'aider soi-même

pas de dépouilles ou des débris. Maintenant on les a trouvés ! Comme un père, je ne peux pas penser au pire (la mort) ~, puis une mère d'une victime affirme : « mon coeur ne sent pas qu'il est mort »47.

Cette différence culturelle est rendue encore plus caractéristique par les témoignages des présidents
des Républiques française et brésilienne, le premier jour qui a suivi l'accident : au Brésil, le président

M. Lula va dire « je souhaite aux familles de victimes beaucoup de force », «je demande à Dieu pouvoir retrouver des survivants48 », pendant que le président français, M. Sarkozy affirme que « les chances de retrouver des survivants sont infimes ».

L'effort du 20 Heures pour contourner le cadre juridique français afin de pouvoir diffuser la peine des familles de victimes montre que le fait que la souffrance de proches ait été plus traitée au Brésil n'est pas la conséquence du seul contexte culturel. Néanmoins, une différence culturelle majeure a été repérée : le fait qu'au Brésil, contrairement à la France, l'espoir de retrouver de survivants ait été entretenu.

Nous verrons également que cette recherche de la compassion a trouvé d'autres moyens d'émerger, cette fois plus traités en France qu'au Brésil : la diffusion de la prise en charge des proches.

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