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La représentation de l'Afrique et des Africains dans les écrits d'un missionnaire poitevin. Le père Joseph Auzanneau à  Kibouendé (Congo français) 1926-1941

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par Josué Muscadin
Université de Poiters - Master 1 2011
  

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B- Une nature hostile...

Il parait difficile de faire une analyse climatique rigoureuse à partir des relevés ponctuels ou des observations faites à ce sujet par le missionnaire. Les seules informations qu'il transmet à ses lecteurs rendent compte des situations exceptionnelles et ne peuvent, en aucun cas, servir à établir un tableau météorologique complet. Néanmoins, par suite de grandes constantes des conditions climatiques tout au long de l'année et de la différence à peine marquée des types de temps affectant cette région, l'information recueillie, bien que fragmentaire, permet d'établir un diagnostique plus ou moins satisfaisant.

Dans la description qu'il fait du climat à sa famille, les termes « chaleur », « pluies », « orages », « tornade », « grosses nuages » reviennent souvent. Au cours même de son

262 Ibid. p. 144

263 Ibid. p. 194

voyage pour Congo, sur la mer, il se rend compte de la rigueur du soleil et s'en protège: « Mon compagnon et moi arborons notre casque car le soleil pourrait être méchant. On tend les bâches au dessus du pont, autrement ça taperait un peu264. »

Arrivé à Dakar oü l'embarcation devait faire escale, la température estivale semble moins sévère et se rapproche de celle de la France : « Il ne faisait pas plus chaud à Dakar que chez nous l'été ; même le soir, on sent une petite brise douce. Seulement il n'a pas plus depuis le mois d'octobre et il ne pleuvra pas d'ici le mois de juillet. Alors la chaleur sera plus accablante265. »

L'effet du climat un peu fluctuant, le temps aidant, le Père Auzanneau s'adapte progressivement à l'environnement congolais. Moins d'un après son arrivée au pays, il calme l'inquiétude de sa famille : « Je m'acclimate tout doucement au pays. C'est tout ce que j'ai à faire pour l'instant à Brazzaville266. » Mais, le climat équatorial n'arrête pas de se manifeste dans ses rigueurs extrêmes : « Pendant la journée, le thermomètre montait jusqu'à 45, 50°C et la nuit il restait aux environs de 25, 30°C. C'était un peu beaucoup lourd, et je ne me sentais pas gaillard pour la besogne267. » Il ajoute d'autre part : " pour cette période, nous n'avons pas eu une goutte d'eau, rien que du soleil268. » Dans chacun des cas, fortes pluies ou chaleur intense, l'activité du missionnaire en paie les frais : « Je voudrais faire une petite tournée cette semaine ; il fait chaud mais sec, pas de pluie comme au mois de décembre ou janvier269. » Et, " Voilà deux fois que nos arrêtons à cause de la pluie, ce qui n'accélère pas les affaires270. »

Les problèmes climatiques ont toujours été un obstacle de taille pour l'évangélisation de l'Afrique. Les missionnaires européens après s'être installés dans le continent firent face à des graves problèmes de santé dus au climat si différent de le leur. Fièvre jaune, paludisme, dysenterie, fièvres bileuses et abcès au foie271... telles sont les maladies les plus fréquentes qui décimèrent la population missionnaire présent en Afrique au XIXe siècle. Ce fait a pour

264 « Lettre du 3 février 1926 », cité par ERNOULT, Jean. Op. cit., p. 14

265 « Lettre du 7 février 1926 », cité par Ibidem, p. 15

266 « Lettre du 3 mars 1926 », cité par Ibidem, p. 21

267 « Lettre du 11 novembre1937 », cité par Ibidem, p. 228

268 « Lettre du 03 janvier 1928 », cité par Ibidem, p. 65

269 « Lettre du 03 février 1927 », cité par Ibidem, p. 48

270 « Lettre du 18 février 1929 », cité par Ibidem, p. 85

271 SALVAING, Bernard, Op. cit., p. 144

conséquence, une réticence de la part de certains missionnaires pour aller évangéliser l'Afrique, « tombeau de l'homme blanc ». « Dans les années quarante, souligne Salvaing, personne dans la CMS (Church Missionary Society) ne voulait partir en Afrique Occidentale272. »

Le Père Auzanneau, se trouvant dans un environnement qui lui est étranger, arrive difficilement à se tenir en bonne santé. Dans les jours qui suivent son arrivée à Kibouendé, le spiritain se trouve indisposé pendant quelques jours par une fièvre et des eczémas qui apparaissent sur son corps. Il parait qu'il se trouve souvent dans un état fiévreux avec une fréquence régulière, si vrai que cela lui semble notable de dire à ses parents « Dieu merci, la santé est bonne, je n'ai pas de fièvre depuis le mois de juin273. » La saison sèche qui se caractérise par une faiblesse relative des précipitations est particulièrement difficile pour le poitevin. C'est en cette période, en effet, que son état de santé se détériore le plus. Le beau temps est favorable, dit-il, aux « chiques qui s'installeront dans les pieds sans crier gare274. » Ces puces qu'on retrouve en milieu tropical se nourrissent de sang et trouvent refuge en général sous les ongles de leur hôte. Elles occasionnent des démangeaisons et provoquent des inflammations. Il s'agit d'une expérience assez douloureuse, comme on peut le voir dans ce témoignage : « ces gentilles bêtes ont entrepris mes pieds en commençant au talon et aux extrémités des orteils ; heureusement qu'il y a une bonne distance entre ces deux points ; aussi, j'ai encore un peu de délai avant de voir mes pieds disparaitre275. » Pour les traiter, le Père Auzanneau se sert d'une aiguille pour déloger l'insecte. Cette opération, une fois terminée, engendre d'autres soucis: « ... mes pieds ne peuvent plus me porter, suite à des extractions de chiques, les plaies sont remplies de pues. Je perce tous les abcès276. » Mais, il arrive que les problèmes que génèrent les chiques deviennent plus importants et exigent un traitement spécial. Dans ce cas, il se voit obligé de se rendre à Brazzaville pour se faire soigner par un médecin.

272 Ibidem. p. 143

273 « Lettre du 11 décembre 1927 », cité par ERNOULT, Jean, Op. cit., p. 64

274 « Lettre du 15 mai 1927 », cité par Ibidem, p. 53

275 « Lettre du 18 juillet 1926 », cité par Ibidem, p. 35

276 « Lettre du 21-22 juillet 1928 », cité par Ibidem, p. 74

Une autre catégorie de petites bêtes qui porte gravement atteinte à la santé et donc, au travail du missionnaire, reste les filaires, une espèce de ver parasite retrouvé dans les milieux équatoriaux. Ils vivent sous les tissus cellulaires sous-cutanés et se déplacent de temps en temps en suçant le sang du malade. Ces propos qui suivent traduisent la douleur vécue par un homme qui veut se réconforter en exprimant sa souffrance à travers un langage qui témoigne sa résilience : « Il y a un personnage qui vient me faire une visite dans l'oeil..., il se promène sous la peau par tout le corps, mais quand ça arrive dans l'oeil, c'est assez douloureux... je sens cette promeneuse qui arrive autour de l'oeil... Quand cette lettre vous arrivera, la visiteuse sera déjà passée dans un autre secteur277. »

A cela s'ajoutent les grandes plaies qui contrarient le dynamisme du spiritain. Ces lésions cutanées, aussi encombrant que les chiques, apparaissent au niveau des membres inférieurs du missionnaire. De petites plaies qui se referment toutes seules et de grandes qui nécessitent des interventions chirurgicales, le Père Auzanneau expérimente dans les brousses congolaises des douleurs physiques assez importantes : « Me voici donc depuis quatre ou cinq jours avec un pied gros comme une citrouille, il crache du pus278... » Les pieds du prédicateur sont d'autant plus importants pour lui qu'il ne dispose pas d'autres moyens de locomotion. « Au temps des plaies, avoue-t-il, on les attend guérir... au temps des pieds fermes, on les utilise pour faire la visite des postes, ce qui constitue ici une part importante du ministère279. » Ces blessures sont dues à des causes diverses. Certaines résultent de ces longues tournées « dans ces petits sentiers étroits280 », d'autres semble se former sous l'action du climat ; il y en a aussi que les chiques engendrent. Ses compagnons n'échappent pas, eux non plus, à ces écueils de la vie missionnaire sous les tropiques. Les pères Jean-Marie Morvan et François Noter, à peine arrivés pour prêter la main à leur collègue Auzanneau, sont atteints par des troubles de santé si conséquents qu'ils se sont rendus à la capitale pour recevoir du soin. Le clergé est donc devenu, dit le spiritain, « la congrégation des éclo pés281. »

277 « Lettre du 16 octobre 1934 », cité par Ibidem, p. 204

278 « Lettre du 20 octobre 1934 », cité par Ibidem, p. 204

279 « Lettre du 24 novembre 1934 », cité par Ibidem, p. 208

280 Expression utilisée souvent par le Père Auzanneau pour rendre compte des difficultés rencontrées lors de ses longues marches. Du frottement de l'une de ses semelles à son cheville de l'autre pied naissent des petites plaies qui se sont agrandies et creusées, voire multipliées.

281 « Lettre du 20 octobre 1934 », cité par ERNOULT, Jean, Op. cit., p. 204

Les maladies ne touchent pas exclusivement l'ensemble des ecclésiastiques présent à Kibouendé, les habitants sont aussi concernés. Dans les écrits du missionnaire, nombreux sont les cas oü il mentionne l'état déplorable de la santé des gens du pays. D'ailleurs, ses tournées constituent un moment pour lui de rendre visite à ces malades qui présentent parfois des symptômes graves. Rares sont les lettres oü il n'y a pas l'annonce d'un décès ou l'état anormal des enfants et des personnes âgées. Selon le poitevin, les conditions sanitaires des habitants À mais aussi les esprits méchants - sont pour beaucoup dans cette mortalité. Beaucoup de mères au moment de leur accouchement n'arrivent pas à survivre, leurs enfants non plus. Des épidémies de grippe, de toux et de fièvre causent des disparitions multiples parmi les gens qu'il héberge à la Mission282.

Des considérations qui précèdent, il ressort que le milieu naturel congolais représentait pour l'homme de Dieu un véritable péril pour l'équilibre et le bon fonctionnement de son organisme, mais aussi pour son oeuvre évangélisatrice des Noirs. Toutefois, cette nature hostile, au-delà de son caractère offensif, se révèle apte à servir à quelque chose qui ne sera pas un désavantage pour le travail du missionnaire. Il s'agit d'une activité que la Révolution néolithique a introduite dans les sociétés humaines, il y a 10 000 ans.

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