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La représentation de l'Afrique et des Africains dans les écrits d'un missionnaire poitevin. Le père Joseph Auzanneau à  Kibouendé (Congo français) 1926-1941

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par Josué Muscadin
Université de Poiters - Master 1 2011
  

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Dès son arrivée au Congo, l'une des priorités du Père Auzanneau, c'est de développer des activités agricoles dans le pays. L'agriculture occupe une place non négligeable dans les occupations auxquelles le poitevin consacre son temps. Contrairement à ses devanciers qui se contentaient de s'indigner devant la « paresse » des Noirs (du moins ceux qui font l'objet du livre de Salvaing), notre missionnaire, lui, accompagne cette condamnation à une volonté d'apprendre aux enfants surtout283, la méthode de travail connu en Europe. Dès leur jeune âge, les adolescents qui sont présent à la Mission sont mis au travail de la terre. Mais un tel

282 Ces fréquentes épidémies seraient dues à la promiscuité : ils sont plus de 3 000 personnes vivant à la cour de la Mission en 1926.

283 Depuis le XIXe siècle, les missionnaires se montrent particulièrement intéressés aux enfants qui occupent une place de choix dans leur plan d'action. Tout passe par l'enfant. Cette attitude, on peut la comprendre, quand on se réfère à leur projet de transformer les moeurs de la société.

exercice ne leur va pas sans poser de problèmes : « Quand je rassemble les enfants à 8h. pour le travail, comme en saison sèche le soleil est encore dans les nuages, ces pauvres enfants son en transis. Ils s'amènent la main droite accrochée à l'épaule droite et la main droite accouchée à l'épaule gauche...tout ramassé sur eux-mêmes. Et ainsi, ils grelottent284. » Avec le temps, les travailleurs ont commencé par se connaitre dans le domaine et ont fini par gagner la confiance du maître qui leur laisse des plantations dont ils doivent faire l'entretien.

Leur travail peut consister aussi « à abattre la forêt, à laisser sécher et à mettre le feu dedans ; ensuite, sur l'emplacement, on pique des branches de manioc ou on sème le riz285. » C'est à cette pratique culturale que souscrit le missionnaire-cultivateur. Cette technique lui permet d'être certaines fois satisfait de ses efforts : « En ce moment, nous en sommes à la récolte des haricots. Nous en avons une grande étendue. Ils ont l'air bien donné, mais il n'y en aura jamais trop pour nos pensionnaires286. » C'est vraisemblablement, l'agriculture en jachère qui consiste à laisser périodiquement un champ non cultivé pour permettre à la terre de se reconstituer, car quand il fait mention de ses activités de plantations, il parle souvent de déchiffrement de forêt. Faute d'instruments aratoires nécessaire, la quantité de travail fournit par les laboureurs dans une journée ne peut pas atteindre le niveau souhaité. Pourtant, il arrive à avoir des plantations assez diversifiées oü l'on retrouve le maïs, le manioc, l'haricot indigène, le manioc, les ignames, des légumes (choux et tomates principalement) et des fruits dont la noix. Tout cela dépend des aléas des saisons et de l'état de l'atmosphère :

« Au Congo aussi, la vraie saison des légumes et des petites semences commence en mai-juin. Pendant la saison des pluies, les petites plantes ne tiendraient pas sous les averses... Il y a toute l'année la chaleur suffisante. La difficulté, ce sont les tornades ; aussi, il n'y a que pendant les saisons sèches que l'on peut espérer avoir du jardin, seulement, tandis que vous, vous ensemencez en mars, nous, nous n'ensemençons qu'en mai-juin... Les grandes plantations, riz, manioc ont lieu en octobre, commencement des pluies287

284 « Lettre du 20 juillet 1926 », cité par ERNOULT, Jean, Op. cit., p. 36

285 « Lettre du 22 juillet 1927 », cité par Ibidem, p. 56

286 « Lettre du 15 janvier 1931 », cité par Ibidem, p. 106

287 « Lettre du 28 juillet 1926 », cité par Ibidem, p. 39

Son désir de cultiver la terre, alors que son objectif premier est de s'occuper de l'âme de ces païens africains, lui est venu par une nécessité que lui impose sa pastorale. Dans la vision du missionnaire, ces deux aspects dans la vie d'un individu (temporel et intemporel) sont liés étroitement. La Mission, de ce fait, constitue en quelque sorte un internat où petits et grands288- notamment les femmes - trouvent refuge à qui le spiritain apprend les « manières des Blancs ». En 1926, à peine installée, elle abrite 3. 000 personnes pour lesquelles il faut trouver, selon les termes du Père Auzanneau, la « becquée quotidienne289. » Cette volonté est aussi liée au passé du personnage qui aime dire à ses élèves fainéants qu'il avait fait la méme chose quand il était à leur age. C'est également la suite d'un constat. « Indolent ", le « Congolais n'aime pas beaucoup la terre » et par conséquent ses pratiques culturales « ne sont pas trop variées ». De ce fait, « Ils [les indigènes] n'ont pas beaucoup dépassé les anciennes traditions d'ensemencement : maniocs, arachides, ignames, courges ; ce qui est l'affaire de la femme ». Les Congolais s'attachent d'autant plus à la méthode de leurs ancétres qu'« ils trouvent leurs légumes dans la foret, c'est-à-dire en fait des légumes, des feuilles comestibles dont ils connaissent une grande variété290. » Face à cet état de chose, le missionnaire adopte une attitude didactique en leur inculquant, pour ainsi dire, le « sens de la nouveauté. "

Si à l'inverse de certains de ses prédécesseurs, le poitevin ne se met pas à contempler la beauté d'une nature idyllique, certains éléments du milieu congolais sont l'objet d'une appréciation particulière de la part du missionnaire. Il se montre en général assez indulgent à l'égard d'un environnement qui se révèle pernicieux à sa santé et à son travail. Il laisse plutôt le soin à sa famille qui le lit de voir elle-même les difficultés auxquelles il se trouve confronté. Pour détourner sa vue sur ces écueils que lui dresse le monde physique africain, le spiritain porte un regard favorable sur quelques produits indigènes dont le fameux vin de palme dont il décrit ici la technique de production :

« [Le palme], c'est un très bel arbre, ordinairement très droit ; mais sa culture exige

288Cette population est constituée de femmes ayant laissé leur toit marital, de catéchumènes... Ces derniers laisseront la Mission avec leur certificat de baptême et leur titre de chrétien. A leur départ, ils seront remplacés par des centaines d'autres qui donneront à leur tour leur place à des nouveaux venus. (Cf. Lettre du 06 janvier 1931, cité par Ibidem. p. 105)

289 « Lettre du 23 novembre 1933 ", cité par Ibidem, p. 194

290 « Lettre du 15 janvier 1931 ", cité par Ibidem, p. 106

beaucoup de soin. Il faut être professionnel pour s'en occuper. C'est le métier du malafoutier. A mesure que l'arbre pousse, on coupe les branches du tronc de façon à ne laisser qu'un fat et un bouquet de branches à la cime. A la naissance des fleurs, on fait un trou, on met un tuyau auquel on suspend une gourde et la sève, au lieu de monter dans la fleur descend dans la gourde : c'est le vin de palme qu'on recueille chaque matin291~ »

Cette boisson naturelle alcoolisée semble plaire énormément au missionnaire qui la nomme « précieux malafou292». Il juge nécessaire de la recommander à ces compatriotes européens : « Si le vin blanc manque cette année, avis aux buveurs matinaux, ils pourront ouvrir la série avec malafou293. » Voilà qui pourrait nous permettre de justifier l'ouverture d'esprit du missionnaire ou un fléchissement de son européocentrisme si dans cette méme lettre il n'écrirait pas : « au Congo tout se passe à l'inverse du pays des Blancs. » N'est-on de préférence en présence de la coexistence d'une double vision qui se confronte et qui annonce une autre façon de voir l'Afrique, laquelle perception se justifiera plus tard?

« L'historien des idées est familier du paradoxe 294», disait Raoul Girardet. Il n'est donc pas illogique de relever chez un méme sujet l'existence d'une conception double, surtout quand cet individu se situe à une époque transitoire où il y a un présent qui doit disparaitre et un futur qui s'annonce lentement. Le père Auzanneau se place dans ce carrefour où se rencontrent deux mentalités antagoniques. On pourrait même parler de situation de crise dans le sens étymologique du terme, c'est-à-dire une période marqué par une instabilité provoquée par la confrontation d'un ordre ancien et d'un ordre nouveau. La troisième partie de ce travail sera axée autour de ce nouvel ordre qui déterminera une autre façon d'appréhender l'Autre dans la culture occidentale.

291 « Lettre du 28 juillet 1926 », cité par Ibidem, p. 39

292 C'est le nom du vin dans langue des Congolais.

293 « Lettre du 28 juillet 1926 », cité par ERNOULT, Jean, Op. cit., p. 39

294 GIRARDET, Raoul, Op. cit., p. 225

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