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La représentation de l'Afrique et des Africains dans les écrits d'un missionnaire poitevin. Le père Joseph Auzanneau à  Kibouendé (Congo français) 1926-1941

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par Josué Muscadin
Université de Poiters - Master 1 2011
  

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TROISIEME PARTIE:
VERS UNE NOUVELLE VISION DES NOIRS

Chapitre VIII

DU CONTEXTE DE LA REHABILITATION DES NOIRS

A- Une nouvelle atmosphère intellectuelle : l'émergence du relativisme culturel

Dans le paradigme occidental, pendant longtemps, prédominait une vision du monde où l'homme blanc était la « mesure » de toute chose. Cette façon de voir le monde consiste à juger, à évaluer, à comprendre ou interpréter les cultures des autres d'après la sienne propre : c'est donc se placer au centre du monde, et l'ordonner autour de soi ; c'est l'ethnocentrisme. L'étymologie du mot est d'ailleurs éclairante : on place son « ethnos » au centre, lorsqu'on regarde les autres « ethnoï ». Lévi-Strauss construit ce concept par analogie avec celui d'égocentrisme. L'égocentrisme est cette attitude typique chez les jeunes enfants qui consiste à tout ramener à soi, à voir « je » au centre. Dans l'attitude ethnocentrique, ce n'est plus le « moi » qui est au centre mais l'ethnie c'est-à-dire sa société, sa culture.

Mais l'émergence des sciences humaines et sociales au XIXe siècle occasionne une remise en question de ce modèle de penser. C'est à cette époque que la culture occidentale s'interrogeait sur elle-méme et ressentait le besoin de s'intéresser à d'autres cultures et de reconnaître d'autres modèles. L'existence de l'ethnologie correspond peut-être à ce moment oü une culture s'aperçoit qu'elle est « ethnocentrée » sans le savoir, qu'elle a une tendance à tout penser d'après ses propres modèles295.

Pour des intellectuels critiques vis-à-vis de cette représentation du monde dont Claude Lévi-Strauss, l'ethnocentrisme constitue l'obstacle majeur à l'étude des autres sociétés. C'est

295 Il faut bien dire que cette attitude n'est pas propre à l'Occident, c'est le cas de très nombreuses civilisations : on est enclin à imaginer que notre modèle de fonctionnement, ou de développement est le seul qui existe au monde. Ou tout au moins le meilleur. Et donc on pense facilement que les peuples qui vivent différemment vivent moins bien, que ceux dont l'évolution est différente sont moins « évolués ». Toutefois, dans le monde occidental, l'ethnocentrisme est revêtu d'un aspect conquérant qui, justifié à la seule vue de sa « supériorité » technique, s'exerce au détriment des autres peuples sous la forme de racisme.

l'ethnocentrisme qui conduit à parler de sociétés « primitives ", comme si certaines sociétés étaient restées à l'état premier, préhistorique, les seuls occidentaux étant parvenus par le progrès à l'état « civilisé ". Lévi-Strauss montre que, parce que l'histoire de l'Occident est surtout caractérisée par un développement des sciences, des techniques et de la puissance économique, l'Occident s'imagine que les sociétés qui n'ont pas su progresser sur ces trois plans sont des sociétés « sans histoire ". En réalité, toutes les sociétés ont une histoire, même si celles-ci sont différentes. Prenons un exemple. Si on prend comme critère de développement la parfaite adaptation à un milieu particulièrement hostile, ce ne serait plus les occidentaux qui seraient considérés comme civilisés mais les Bédouins du désert saharien ou les Inuits de l'Arctique. Si l'on prenait comme critère la connaissance des ressources du corps humain, les plus civilisés seraient les peuples de l'Orient et de l'Extrême-Orient etc. Toute culture peut se prévaloir d'une supériorité selon un critère qui lui est propre mais, comme aucun de ces critères n'est plus pertinent qu'un autre, aucune culture ne peut se considérer comme supérieure aux autres, affirment les anthropologues partisans de l'égalité entre les cultures.

L'ethnocentrisme est une attitude spontanée et donc universelle. Lévi-Strauss l'exprime en ces termes : « L'attitude la plus ancienne, et qui repose sans doute sur des fondements psychologiques solides puisqu'elle tend à réapparaître chez chacun de nous quand nous sommes placés dans une situation inattendue, consiste à répudier purement et simplement les formes culturelles : morales, religieuses, sociales, esthétiques, qui sont les plus éloignées de celles auxquelles nous nous identifions296. » « Le barbare est d'abord l'homme qui croit à la barbarie », continue-t-il. On qualifie en effet de « barbare " les peuples primitifs sans voir que ceux-ci procèdent exactement de la même manière. Ainsi, dans de nombreuses cultures, seuls les membres de la tribu sont qualifiés d'hommes (ou de « bon ", d' « excellents " ou de « complets "), les membres des autres tribus étant appelés « mauvais ", « méchants " voire « fantômes " ou « apparitions ", dénominations conduisant ainsi jusqu'à leur priver de toute réalité. L'idée d'humanité apparaît donc comme une idée tardive et qui n'est d'ailleurs pas ellemême dénuée d'ethnocentrisme. Lévi-Strauss souligne, par exemple, comment la proclamation de l'égalité naturelle entre les hommes et de la fraternité qui doit les unir sans distinction de races ou de cultures néglige la diversité des cultures et nie en réalité les

296 Claude Lévi-Strauss. Race et Histoire, Unesco, 1952, pp. 19 sq. http://www.ac-

grenoble.fr/PhiloSophie/logphil/textes/textesm/levi-s4m.htm Consulté le 04/05/2011

différences qu'elle n'arrive pas à comprendre. Les cultures sont bien différentes mais non
inégales pour autant. Ramener la différence à l'inégalité constitue une forme d'ethnocentrisme.

Cette réfutation de l'idée de la hiérarchie qui correspond à une philosophie historique selon laquelle il y aurait des peuples adultes et d'autres qui seraient restés dans l'enfance de l'humanité trouve d'autant plus écho que dans la période de l'entredeux-guerres se développe le refus de « l'absolutisme occidental » à travers le concept de relativisme culturel.

Défendue par plusieurs anthropologues, en particulier M.J Herskovits et Ruth Benedict, cette théorie soutient que les éléments normatifs, les valeurs et les institutions d'une société ne trouvent leur explication et leur légitimation qu'à partir de la culture de cette communauté humaine. La diversité des modèles culturels entraînerait une sorte d'autonomie des modèles éthiques. C'est à affirmer, en d'autres termes, l'auto-validation des valeurs culturelles et, par voie de conséquence, l'incompatibilité profonde des cultures, dont aucune ne serait supérieure à l'autre.

Dans l'article « Relativisme culturel » du Dictionnaire de l'ethnologie et de l'anthropologie, les auteurs pensent qu'il existe deux façons de voir la diversité des cultures : le rationalisme et le relativisme culturel. Les tenants du premier point de vue affirment que « toute culture est une théorie du monde, dont la spécificité résulte de l'application d'une même rationalité de fond à une expérience qui varie en fonction des conditions sociales et technologiques qui sont elles-mêmes définissables dans un système de référence universel. » Les partisans de la deuxième approche récusent toute universalité, puisqu'ils partent de l'idée selon laquelle « toute expression, toute croyance n'a de signification et de validité qu'à l'intérieur de son contexte d'usage : `forme de vie' (selon Wittgenstein) ou `paradigme scientifique' (selon Kuhn) 297. » Si les manières d'aborder le concept restent différentes, elles concourent toutes deux à l'affirmation de la pensée relativiste qui s'oppose à l'existence d'une culture absolue et universelle et se prononce donc pour l'égalité entre les différentes formes et expressions culturelles. Cette théorie implique une attitude positive à l'égard de la diversité et de la coexistence culturelle. Ouverture, tolérance, respect des complexités idéologiques, de la diversité des mentalités en sont les conséquences. Elle permet d'envisager de construire un

297 BONTE, Pierre, IZARD, Michel, Dictionnaire de l'ethnologie et de l'anthropologie. Quadriage/PUF, 2000, 842 p.

monde nouveau dans le respect des disparités. Mais, on lui reproche également l'indifférence qu'elle peut entraîner, la passivité face à la diversité, voire une attitude de démission.

La montée d'une telle idéologie ne peut être que favorable aux peuples non-occidentaux longtemps considérés comme dépourvus de civilisations. Ils voient leurs cultures se mettre au méme pied d'égalité que celles des pays qui se donnaient le devoir de détruire leurs créations jugées « barbares ". Mais il est un fait indéniable qui n'est pas sans lien à cette nouvelle façon de voir l'Autre ; c'est que les colonisateurs se voient contraints de donner un visage humain à l'exploitation coloniale en raison de l'évolution des faits. C'est donc un effort pour adapter l'idéologie qui soutient la colonisation aux exigences de la conscience contemporaine.

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