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La représentation de l'Afrique et des Africains dans les écrits d'un missionnaire poitevin. Le père Joseph Auzanneau à  Kibouendé (Congo français) 1926-1941

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par Josué Muscadin
Université de Poiters - Master 1 2011
  

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B- L'humanitarisme colonial

On constate au début du XXe siècle une volonté chez les colonisateurs français d'adopter des mesures plus « souples » à l'égard des peuples des colonies. Cet adoucissement de la politique coloniale est sans doute une conséquence de l'émergence de la notion de respect de la pluralité des cultures.

En 1900, en effet, le « Congrès de sociologie coloniale " avait conseillé de « respecter les moeurs, les traditions, les préjugés mémes des populations soumises à domination ", le but d'une politique coloniale étant « d'assurer aux indigènes les garanties indispensables. " Trente ans plus tard, les Semaines sociales de Marseille, par le biais de son organe officiel, disent souhaiter un « plein épanouissement économique, spirituel et moral de tous les peuples " et non leur assimilation aux Européens298.

Cette remise en cause de la méthode assimilationniste fut entreprise par les grands sociologues universitaires de l'époque dont Lévy-Bruhl et Durkheim qui développent l'hypothèse selon laquelle les faits humains sont d'une très grande variété et, conséquemment, ils ne peuvent pas être traités uniformément. L'Ecole coloniale en connait l'influence avec un spécialiste de l'Afrique occidentale, Maurice Delafosse, membre du Conseil supérieur des colonies. En 1925, il fonda l'Institut Ethnographique. En 1937, Robert Delavignette devint

298 Le problème social aux colonies, Semaines sociales de France, 1930, p. 640 Cité par VALLETTE, Jacques, La France et l'Afrique. L'Afrique subsaharienne de 1914 à 1960. Regards sur l'histoire, Sedes, Paris, 1994, p. 75

directeur de l'école. Anthropologue et colonial à la fois, il unissait ses préoccupations scientifiques à ses expériences acquises au contact des communautés paysannes d'Afrique occidentale. Auteurs de plusieurs ouvrages qui défendent la nécessité d'une autre politique en Afrique, ses influences furent remarquables sur les futurs administrateurs qui sortiront de l'école. Ce fut sur son initiative que prendra chair un projet de la communauté africaine. Il écrira en 1940 dans sa Petite Histoire des Colonies Françaises : « Nos colonies ne sont pas les pièces détachées de la métropole ou les annexes d'une firme qui aurait son siège à Paris. Elles rassemblent des hommes pour ordonnancer une civilisation. Elles sont solidaires entre elles et avec la France d'Europe. Elles composent un Empire et cet Empire tend vers une communauté qui sera animé par une politique sociale299. »

Sur place, les administrateurs coloniaux comprennent la nécessité de changer de pratique politique. Dans le but d'associer les populations à leur administration, ils prévoient la création d'un véritable pouvoir autochtone qui sera composé de chefs de villages, commissions de villages avec des chefs de famille, commissions de villages avec des chefs de familles, commissions de canton avec des chefs de villages, le tout devra rendre compte à un commandant français. Cette mesure fut proposée en 1935 par le gouverneur général de l'A.O.F, Jules Brevié.

Ce changement au niveau de la méthode de colonisation se fait ressentir dans la politique sociale qu'entretient la métropole au cours de cette période. En 1940, on compte en AOF « 140 maternités, 34 dispensaires de puéricultures animées par 240 sages-femmes dont seulement 5 Européennes. La mortalité infantile est contenue entre 3 à 5%300. » L'établissement de ces structures médicales est une nécessité pour réduire les conséquences des maladies tropicales et vénériennes sur la population. En 1922, une mission conduite par le docteur Jamot arrive en Afrique pour combattre la maladie du sommeil (trypanosomiase) dûe à la mouche tsé-tsé ainsi que la tuberculose, principal fléau qui ravage les capitales comme les brousses. Des dispensaires et des groupes mobiles sont installés sur tout le territoire. Un Institut de la lèpre est fondé à Bamako, un Institut Pasteur à Kindia en Guinée ; le tout avec l'aide des missions ou la fondation privée comme celle du docteur Schweitzer au Gabon.

299 VALLETTE, Jacques, Op. cit., p. 77

300 GOUREVITCH, Jean-Paul, La France en Afrique. Cinq siècles de présence : vérités et mensonges. p.

211

Dans cette méme logique est créé un embryon de médecine curative, l'Assistance médicale indigène présente à Paris et à Brazzaville. Au méme moment s'organise une médecine préventive. Ces instituts forment des médecins de brousse qui apporteront le plus loin possible l'aide médicale aux indigènes. Néanmoins, les faiblesses de ces structures naissantes empêchent que certains pays comme Mauritanie, Tchad, Dahomey soient touchés véritablement.

Ces efforts sont également perceptibles au niveau de l'éducation scolaire. Le 24 septembre 1903 un décret fixe la structure de l'enseignement en Afrique occidentale française (AOF). Le système comprend trois niveaux : le primaire élémentaire, le primaire supérieur, l'enseignement professionnel et spécial dispensé à Dakar et à Saint-Louis. Le primaire élémentaire comprend à son tour les écoles préparatoires dites de villages, écoles élémentaires, écoles régionales et urbaines, et cours pour adultes. On y enseigne l'hygiène, quelques notions de français, d'agriculture, d'histoire et de morale laïque. Les meilleurs sont sélectionnés pour les écoles élémentaires, ils y apprendront en deux ans : français, calcul, matières d'éveil. Les plus doués accèdent à des niveaux supérieurs. Deux établissements secondaires sont fondés : à Dakar, le futur lycée Van-Vollenhoven, l'autre se trouve à Saint-Louis, le lycée Faidherbe. « La croissance de cet enseignement est effective, mais lente : 15 000 élèves en 1914, 70 000 en 1938, soit 2,2% de la population plus les écoles de missions301 .» Il faut souligner que le développement de ces écoles n'est pas pareil partout en Afrique, il se fait à la carte. L'AOF, beaucoup plus riche reçoit la quasi-totalité de ces implantations tant disque l'AEF est traité en parent pauvre.

Il y a donc une redéfinition de la politique coloniale de la France entamée au cours de cette période. Certains parlent d'une « morale de la colonisation » basée sur les obligations du Droit naturel et qui incombe au colonisateur le devoir de s'occuper des problèmes de la vie sociale des peuples coloniaux. « La France, écrit Albert Sarraut302, ne doit pas avoir double visage, celui de la liberté tournée vers la métropole, celui de la tyrannie tendu vers les

301 Ibid., p. 214

302 Albert Sarraut, homme politique français. Au cours des années 1920, alors ministre des Colonies, publie La mise en valeur des colonies françaises, un ouvrage où il expose une vision renouvelée de la colonisation française.

colonies303. » Mais, cette volonté de donner un visage humain à la colonisation est aussi et surtout une volonté de s'adapter à l'évolution de l'histoire. C'est, en d'autres termes, une réponse aux grandes remises en questions formulées tant en France qu'ailleurs face à l'oeuvre impériale de l'Occident.

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