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La représentation de l'Afrique et des Africains dans les écrits d'un missionnaire poitevin. Le père Joseph Auzanneau à  Kibouendé (Congo français) 1926-1941

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par Josué Muscadin
Université de Poiters - Master 1 2011
  

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B- La Négritude

On reconnait en William Edward Burghardt Du Bois, « le premier à avoir pensé la négritude dans sa totalité et dans sa spécificité321. » Dans son livre Ames noires, l'auteur critiqua vigoureusement la situation scandaleuse des Noirs aux Etats-Unis. Il entreprit un combat contre la discrimination raciale et le conservatisme politique dans la revue The crisis dont il fut le directeur. Son Association nationale des Gens de couleur milita pour « effacer de l'esprit des Blancs - et des Noirs - l'image stéréotypée du Nègre sous-homme. » Au cours

321 CHEVRIER, Jacques, Littérature nègre, Armand Colin, « U », 1989, p. 32

des années vingt à Harlem, quartier du borough de Manhattan, se cristallisa le mouvement qui devait plus tard prendre l'appellation de « New-Negro ". Se voulant un mouvement à caractère social et littéraire, le « New-Negro " fut donc « une quête spirituelle destinée à remettre le Noir américain en possession de sa personnalité aliénée par la culture dominante322. "

En 1931 apparut la première tribune oü les Noirs du monde entier eurent l'occasion de s'exprimer pour débattre de leurs problèmes spécifiques, La Revue du monde Noir. Fondée par un libérien, le docteur Sajous, la revue a permis aux intellectuels noirs parisiens, Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor, Léon Damas... de rencontrer les poètes et romanciers de la Renaissance nègre et des personnalités du monde noir qui vont marquer le mouvement Négritude comme le docteur haïtien Jean Price-Mars323, auteur d'Ainsi parla l'oncle (1928). Une autre revue, Légitime Défense, fondée par un groupe dissident de La Revue du monde

322 Ibidem.

323 Dans ce réveil culturel et politique que connait le monde noir tout au long du XXe siècle, la Révolution haïtienne de 1804 représente un moment historique indéniable. En effet, pour la première fois dans l'histoire de l'humanité des anciens esclaves nègres « non civilisés ", « abrutis " arrivèrent à défaire l'ordre colonial et proclament leur indépendance, érigeant ainsi une nouvelle vision de l'Histoire. Après l'indépendance, le pays fut l'objet des assauts répétés des théories racistes qui prenaient prétexte de ses difficultés pour dénier à tous les Noirs le droit et la capacité de se gouverner eux-mêmes. L'intelligentsia haïtienne se lança dans la lutte contre « les détracteurs de la race noire ", incarnée par Anténor Firmin (1850-1911), homme d'Etat, patriote et adversaire résolu des visées expansionniste des États-Unis sur la première république noire : celui-ci publia en 1885, au moment même oü les puissances européennes se lançaient dans le partage de l'Afrique, un livre immense À De l'égalité des races humaines (Anthropologie positive) À qui, en répondant directement aux thèses d'Arthur de Gobineau (Essai sur l'inégalité des races humaines, 1853-1855), détruisait en même temps tous les fondements théoriques de la domination coloniale et de la ségrégation raciale.

Les pères de la Négritude reconnaissent à l'unanimité cet apport à la renaissance du monde noir. Aimé Césaire disait qu'Haïti, c'est « la terre où la Négritude se mit débout pour la première fois et dit qu'elle croyait à son humanité » (Cahier d'un retour au pays natal). Dans son hommage rendu à Jean Price-Mars à l'occasion de son quatre-vingtième anniversaire, en 1956, Léopold Sédar Senghor, le reconnaît comme un précurseur du mouvement : « Me montrant les trésors de la Négritude qu'il avait découverts sur et dans la terre haïtienne, il m'apprenait à découvrir les mêmes valeurs mais vierges et plus fortes, sur et dans la terre d'Afrique. Aujourd'hui, tous les ethnologues et écrivains nègres d'expression française doivent beaucoup à Jean Price-Mars... Singulièrement les écrivains. D'abord les Haïtiens, Roumain, Depestre et les autres, mais aussi les Antillais et les Africains : un Damas, un Césaire, un Niger, un Birago Diop, et surtout moi-même »

Noir, proclame hautement son refus des valeurs périmées du christianisme et du capitalisme et affirmait son adhésion au marxisme et au surréalisme.

Mais, dans les années trente, la rencontre de deux jeunes Noirs venus en France pour étudier fut déterminante dans la structuration et le développement du mouvement Négritude. Le martiniquais Aimé Césaire et le sénégalais Léopold Senghor furent les véritables figures de proue du mouvement. Autour d'eux se crée un petit périodique, L'Etudiant noir qui se propose de « rattacher les Noirs à leur histoire, leurs traditions et leurs langues. " Ils se démarquèrent de Légitime Défense qu'ils jugeaient trop assimilationniste pour avoir embrassé le marxisme et le surréalisme qui sont considérés comme des « facteurs de récupération ". Les collaborateurs du périodique qui allait devenir l'organe de la Négritude entendaient prendre de la distance aux maitres occidentaux en prenant comme toute référence l'Afrique. « Pour asseoir notre révolution, disait Senghor, il nous fallait d'abord nous débarrasser de nos vêtements d'emprunts, ceux de l'assimilation, et affirmer notre être, c'est-à-dire notre négritude324. »

Comme le souligne L. Diakhaté, « La Négritude est fille de l'histoire325. » En effet, ce mouvement doit être appréhendé comme un faisceau convergent des facteurs politiques, sociologiques et culturels qui apparaissent au même moment où en Occident on commence à remettre en cause la « mission civilisatrice » de l'homme blanc vis-à-vis des pays dit « sauvages ". Mais la véritable cause est à rechercher dans la situation coloniale de l'Afrique avant 1960. « C'est le Blanc qui crée le Nègre », écrivait Frantz Fanon. C'est en se référant au monde édifié par les occidentaux qu'on arrivera à comprendre la frustration éprouvé par l'homme noir qui se sent bafoué et aliéné en raison de la couleur de sa peau. C'est l'expression d'une race opprimée, « un instrument efficace de libération ", selon Senghor. Les revendications de ces écrivains trouvent l'appui chez certains ethnologues de renom partisans du relativisme culturel dont Théodore Monod qui disait : « ... Le Noir n'est pas un homme sans passé, il n'est pas tombé d'un arbre avant-hier. L'Afrique est littéralement pourrie de vestiges préhistoriques. Il serait donc absurde de continuer à le

324 CHEVRIER, Jacques, Op. cit., p. 35

325 Ibidem p. 37

regarder comme une table rase, à la surface de laquelle on peut bâtir, ab nihilo, n'importe quoi326. »

Les fondateurs de la Négritude ont subit l'influence de « New-Negro » des intellectuels noirs américains, mais aussi celle de la « Ligue de défense de la race nègre » qui s'est fait connaitre depuis les années vingt avec un journal mensuel, la Race nègre qui lui sert d'organe. Animée par Lamine Senghor, Garan T. Kouyaté et Emile Faure, le mouvement réclame l'indépendance inconditionnelle des colonies d'Afrique. La Race nègre développe dans ses colonnes des théories anticoloniales fondées à la fois sur le rejet des formes politiques occidentales et sur l'affirmation du primat des formes d'organisations sociales propres aux sociétés africaines traditionnelles.

Tout compte fait, la Négritude représente une arme ayant servi à l'intelligentsia africaine (ou d'origine africaine) de faire valoir sa culture, son « être » longtemps opprimé par une autre race qui se voulait maitre du monde. Césaire définit le mouvement comme « la conscience d'être noir, la simple reconnaissance d'un fait qui implique une acceptation, une prise en charge de son destin de Noir, de son histoire et de sa culture. » Cet instrument a permis aux Noirs de conjurer le colonialisme et de s'affirmer en tant que race ayant leurs propres valeurs qui définissent leur identité.

Mais la Négritude doit être prise comme faisant partie d'un mouvement beaucoup plus vaste qui vise à une renaissance culturelle de l'Afrique noire dont la littérature négro-africaine naissante constituait le fer de lance. En effet, la civilisation africaine a longtemps été une civilisation de l'oralité. Mais à partir du début du XXe siècle se manifeste progressivement une tendance à vouloir mettre par écrit les aspects culturels et sociaux de l'Afrique. Cette littérature en langue française se voulait une littérature anticolonialiste, et elle s'est évertuée à valoriser l'ensemble des traditions, des valeurs du continent.

Avec la publication de Pigments du Guyanais Léon G. Damas et Cahier d'un retour au pays natal d'Aimé Césaire est née une véritable poésie nègre. Le premier est un recueil de poèmes oü l'auteur se révolte contre l'éducation créole qu'il voit comme de l'acculturation imposée. Le martiniquais, lui, à travers son oeuvre, apostrophe violemment ses compatriotes

326 Ibidem p. 38

pour les convaincre de renouer avec leur culture ancestrale, seul moyen d'envisager pour les Antilles un avenir en rapport avec leurs ressources matérielles et spirituelles. C'est, pour répéter un auteur, « l'expression d'un malaise existentiel327. » Par ailleurs, il se développe également un important courant de création dramatique dont Césaire apparait comme le chef de fil qui se veut une synthèse de l'écriture et de l'oralité. Dans les années qui précédent la décolonisation, c'est-à-dire au moment où cette prise de conscience commence à pénétrer plus profondément les milieux intellectuels africains, on assiste à la publication de plusieurs romans dont ceux de Mongo Beti. Editeur, romancier, essayiste franco-camerounais de renom, ses oeuvres font de lui un opposant farouche à la colonisation et au néocolonialisme. On peut signaler aussi Le vieux Nègre et la médaille de Ferdinand Oyono daté de 1956, Les bouts de bois de Dieu de Sembene Ousmane, Le Devoir de violence et Les soleils des indépendances, publiés en 1968, pour ne citer que ceux-là.

L'ensemble de ces oeuvres littéraire entendaient apporter la preuve de la richesse et de la diversité des civilisations noires, méprisées, voire niées par le colonisateur. Par cette démarche, les colonisés adressent un message clair à la métropole : longtemps opprimés, ils retrouvent leur humanité ; désormais, ils veulent prendre en main leur destin. Ainsi, cette renaissance culturelle s'accompagne-t-elle à d'une volonté de sortir sous le joug du colonisateur.

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