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Les figures de Joseph Rey (1779-1855): conspirateur libéral, "philosophe" et socialiste "utopique"

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par Nicolas Boisson
Université de Grenoble 2 - IEP 2001
  

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I-2 L'influence du mouvement italien en France : des premiers complots militaires (1816-1817) à la création d'une Charbonnerie française (1821-1823)

Nous venons de présenter la naissance et l'action de l'opposition libérale italienne au travers de la société des Carbonari. Il nous faut à présent revenir sur la situation française des années 1815-1820, afin d'illustrer la filiation entre le mouvement conspiratif italien « affirmé » et le mouvement conspiratif français, alors encore naissant. Cette section vise à introduire ainsi la première étape de la vie politique de Joseph Rey, à savoir la création de sa propre société secrète, l'Union et son adhésion à la première conspiration libérale française que nous présenterons dans le second chapitre. Revenons d'abord brièvement sur le contexte historique français des années 1815-1820.

I-2.1 De l'écroulement de l'Empire ( avril 1814) aux retours des Bourbons ( mai-juin 1814)

En 1814, tout semble annoncer déjà un effondrement de l'Empire napoléonien. Napoléon ne cesse de perdre ses possessions extérieures et l'état économique et social de la France souffre du coût des campagnes militaires. Echouant lors de la campagne de Russie en 1812 puis sur le front de Prusse en 1813, Napoléon a perdu en mars 1813 la précieuse alliance autrichienne de Metternich qui choisit le camp des Alliés (empire russe, Prusse). A cette date, il semble déjà bien que l'Empire compte ses derniers jours119(*). Napoléon bat à nouveau en retraite lors de la campagne d'Autriche à l'automne 1813 (3-6 octobre). A la fin du mois d'octobre 1813, Napoléon a encore perdu 60 000 hommes dans la bataille et doit se replier sur le Rhin. A la fin de l'année 1813, Napoléon perd déjà l'essentiel de ses conquêtes. L'Espagne a du être rendue au trône de Ferdinand VII (11 décembre 1811), l'Italie comme nous venons de le voir a été cédée à l'Autriche, notamment par le traître Murat qui a signé un pacte d'alliance avec les Autrichiens le 14 janvier 1814. La Hollande est perdue le 16 novembre 1814, Guillaume d'Orange de retour. Il en est de même pour la Suisse où l'acte de Médiation entre Alliés et forces impériales est rompu, ainsi qu'en Allemagne où les Alliés suppriment les Etats créés par l'Empereur. Les Alliés (Russes, Autrichiens, Prussiens) sont maintenant aux portes de la France qui accumulent les difficultés intérieures. Les défaites ont en effet amené la crise financière : augmentation des impôts, difficultés à payer les soldes ; une crise économique et sociale : nombre de Français hors des frontières reviennent, ramenés par la défaite alors que les subsistances et les produits de première nécessité commencent à manquer, phénomène aggravé par l'effort de guerre et la conscription120(*). Les difficultés politiques ne tardent pas surgir et les critiques se font jour121(*), notamment du coté des royalistes gagnés par l'agitation. Notons déjà au début de l'année 1814 la réapparition de la Congrégation jésuite et surtout des exactions de l'ordre « ultra » et secret des Chevaliers de la Foi mené par Berthier de Sauvigny et des Francs régénérés122(*)... Napoléon aura beau réagir, il est trop tard. Le 31 mars les Autrichiens entrent dans Paris, l'armistice est signé.

Napoléon reconnaît alors sa défaite et sa déchéance, proclamée par le Sénat le 2 avril 1814123(*), en abdiquant le 6 avril. Le Sénat confie alors le pouvoir au comte de Provence, frère de Louis XVI, futur Louis XVIII... Napoléon part donc s'exiler à l'île d'Elbe, l'île du « repos » dont on lui a offert la pleine souveraineté ainsi qu'une rente annuelle de deux millions de francs payée par la France. Embarqué le 28 avril, il n'y arrivera que le 4 mai, traqué par les royalistes. L'Empereur parti, le comte de Provence, rappelé par le Sénat promet d'observer la nouvelle Constitution (6 avril 1814)124(*), le 3 mai 1814 lors de sa déclaration à Saint-Ouen. Il se déclare alors roi des Français, ouvrant la période dite de la «  première Restauration »125(*). Sa légitimité doit cependant être assuré en reconnaissant en partie les institutions et acquis de 1793.

Il signe et proclame une Charte constitutionnelle le 4 juin 1814 dont le texte devait initialement limiter le pouvoir royal en entérinant les dispositions de la Constitution du 6 avril. Poudre aux yeux que fut cette Charte !... ne confortant en réalité que la pleine souveraineté du roi, sous prétexte d'incarner l'unité de l'Etat et de la Nation. Cette Charte, comme l'explique Jean-Claude Caron126(*), est surtout la traduction d'un rapport de force entre nécessité d'assurer une représentation nationale et réaffirmation du pouvoir royal. Louis XVIII, d'ailleurs assez réticent à l'origine à accepter la constitution préparée par le Sénat, « abri du personnel révolutionnaire »127(*), ne se résigna à la signer que sous la pression du Tsar Alexandre et de l'Angleterre, qui se font alors les avocats d'une constitution écrite. Affichant un préambule d'Ancien régime128(*), la Charte maintenait l'existence d'une Chambre des députés, élue au suffrage censitaire129(*), et par une Chambre des Pairs, héréditaire ou nommée à vie par le roi ! Ce dernier d'ailleurs interfère directement dans le travail législatif, puisque en réalité il a l'initiative des lois et les promulgue. De plus, le fameux article 14 lui donnait le droit de faire « les règlements et ordonnances nécessaires pour l'exécution des lois et la sûreté de l'Etat »130(*), porte ouverte en réalité, comme nous le verrons dans un instant à tous les abus...

Ainsi, si à l'origine la constitution « sénatoriale » du 6 avril 1814 prévoyait bien un certain équilibre monarcho-constitutionnel entre un exécutif royal et un pouvoir législatif dévolu au Sénat et à une Chambre des députés, son remplacement par la Charte du 4 juin, et surtout l'interprétation qu'en faisait Louis XVIII, annonçait déjà le despote à venir du nouveau régime...

* 119 Voir le récit de la chute de l'Empire par Lucien Genet, Révolution, Empire 1789-1815, 3ème édition, Masson Histoire, Paris, 1994, p.187.

* 120 Rien que du 9 octobre 1813 au 15 novembre 1815, Napoléon a déjà levé 680 000 hommes, surtout parmi les ouvriers et les paysans mais aussi parmi les bourgeois (1815), tous assez peu préparés au combat. Cf, Lucien Genet, op.cit, p.198.

* 121 Le député Laîné de Bordeaux osa le premier dire à Napoléon : « Il importe de nous renfermer dans les limites de notre territoire, de réfréner l'élan, l'activité ambitieuse si fatale depuis vingt ans à tous les peuples de l'Europe » ; cité par Lucien Genet, op.cit, p.198.

* 122 Pour plus de détails sur ses sociétés secrètes royalistes, voir à nouveau la thèse de Lambert, Les Sociétés secrètes...., op.cit.

* 123 Comme le note Louis Girard :  « En 1814, la France laisse l'empire s'écrouler dans l'indifférence », fatiguée par les guerres impériales et leurs restrictions occasionnées, Louis Girard, Les libéraux français, op.cit, p.15.

* 124 Cette constitution dont le projet était à l'origine de Talleyrand, laissait déjà entrevoir deux tendances au sein de ses rédacteurs. Pour le constitutionnaliste Lambrechts, si la Constitution rappelait le prétendant au trône, il devait néanmoins se soumettre à la représentation nationale, par la reconnaissance du Chambre législative et notamment l'impératif d'indépendance des juges. A l'inverse, pour le légitimiste Montesquiou, Lois XVIII (Monsieur) n'avait pas à recevoir la couronne de la nation française, la possédant en tant qu'héritier de Louis XVII. La première tendance fut respectée et cette première constitution sénatoriale de type « monarcho-républicaine » devait permettre de mieux faire accepter le retour du roi. Cf . Jean Tulard, Les vingt jours, op.cit, p.37, 38.

* 125 Louis XVIII est le frère de Louis XVI, quittant le pays le 20 juin 1791, le même jour que le roi, il considère que son règne a commencé en 1795, à la mort de « l'enfant du Temple », le fils de Louis XVI et de Marie-Antoinette, il rejette donc tous les acquis de la Révolution. Plus un homme de coterie ou de clan que chef de parti et encore moins d'Etat, (selon Caron, op.cit, p.8), Louis XVIII n'en demeure pas moins conscient des limites à ne pas dépasser, finissant par accepter la Chartre constitutionnelle...

* 126 J-C Caron, La France de 1815 à 1848, Armand Colin, Paris, 1993, op.cit, p.8.

* 127 Louis Girard, op.cit, p.16.

* 128 La religion était de nouveau déclarée « religion d'Etat »...

* 129 Les conditions d'électorat (30 ans au moins et 300 F de contribution directe) et d'éligibilité (40 ans au moins et 1000 F de contribution directe) réduisaient alors le corps politique de 1814 à moins de 100 000 électeurs et à environ 15 000 éligibles. Cf, J-C Caron, op.cit, p.9.

* 130 Par cet article, le roi peut dissoudre la Chambre des députés à tout moment. Notons de plus, que le gouvernement ne pouvait être sujet à aucune critique, les ministres n'étant pas responsable devant la Chambre des députés... ; J-C Caron, ibid, p.9.

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