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Les figures de Joseph Rey (1779-1855): conspirateur libéral, "philosophe" et socialiste "utopique"

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par Nicolas Boisson
Université de Grenoble 2 - IEP 2001
  

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I-1.3 La révolution espagnole et la renaissance des Carbonari : la révolution libérale à Naples de 1820

Le partage de l'Europe entre les souverains des dynasties des Bourbons et des Habsbourg qu'inaugure la période de la Restauration110(*), est donc mal accepté. « Fourgons de l'étranger » ?, « Divine surprise ? », libre à chacun d'interpréter ce nouveau despote. Il n'en demeure pas moins que les régimes précédents qu'ils s'agissent de brefs intermèdes républicains ou de l'Empire sont encore dans les esprits. Les monarques renouant avec la tradition absolutiste, les libertés confisquées, le mécontentement grandit très vite. Très souvent d'abord dans l'ombre comme nous l'avons vu avec les Carbonaris, il finit toujours par éclater sous une forme insurrectionnelle.

Les premiers troubles apparaissent d'abord en Espagne au début de l'année 1820, où une insurrection des troupes militaires destinées à combattre les colons révoltés d'Amérique latine, oblige le roi Ferdinand à rétablir la Constitution de 1812 votée par les « Cortés » (assemblées législatives) de Cadix. Celle-ci avait en effet été abolie au retour du roi d'Espagne en 1814. Cet événement nommé pronunciamiento111(*) de 1820 opèrera alors une fonction de déclencheur au sein du mouvement du Risorgimento italien et de leurs éléments actifs, les Carbonaris. Ces derniers, en effet, multipliaient depuis quelques années, les échecs dans leurs tentatives d'insurrection. La tentative la plus infructueuse fut celle tentée à Macerata en 1817, dans les Etats de l'Eglise ! Cet échec du à un manque d'organisation et surtout à l'absence de contact avec une base populaire solide se solda par une vive répression qui décima les premiers chefs du mouvement112(*).

Il fallut alors attendre l'année 1818 pour voir le général Guglielmo Pepe113(*) reprendre en main la société secrète. Son action fut des plus efficaces. Il organise militairement la Carbonaria, la dote de milices, généralement constituées de « citoyens honorables », suffisamment fortunés pour pouvoir s'équiper eux-mêmes. Le général Pepe veille aussi à entretenir une certaine moralité et une discipline exemplaire en leur sein, notamment en s'assurant même de leur dévouement à la religion114(*) !

Une fois la Carbonaria militarisée, il lui reste à fédérer le mouvement au niveau territorial, ce qui au vue de la surveillance de l'Etat fut plus difficile. Il n'en demeure pas moins qu'en deux ans, Pepe parvient à rendre la Charbonnerie opérationnelle. Les milices formées, Pepe s'attèle à un soulèvement des garnisons de Naples. L'insurrection éclate le 3 juillet 1820 dans plusieurs régions du pays... Débutant, à l'origine au sein de l'armé, le mouvement gagne rapidement la population civile. Ainsi, à Turin, les insurgés gagnent vite la sympathie des étudiants115(*). Dans le Piémont où les Carbonari étaient bien organisés, la victoire semble un temps acquise...le roi Victor-Emmanuel Ier abdiquant en faveur de son frère Charles-Félix. Reste cependant la prise décisive de Naples où siège le roi Ferdinand. Après une lutte ardente, les insurgés parviennent à forcer le roi Ferdinand du royaume des Deux-Siciles à ratifier une Constitution sur le modèle de la Constitution des Cortés espagnols. Comme le note Lambert, la constitution espagnole fascinait les libéraux et les Carbonari, bien que peu d'entre eux l'eussent lue et sans doute comprise116(*). Celle-ci prévoyait la mise en place d'une assemblées unique, ayant l'initiative du vote du budget et limitant les pouvoirs du roi en restreignant l'usage des ordonnances royales... Cependant, notons au passage que la remise en vigueur en Espagne de la « Constitution de Cadix » ne subsistera que par le maintien d'un gouvernement libéral jusqu'en 1823, année de l'expédition française en Espagne lancée par Louis XVIII...

Revenons en Italie. L'insurrection est un succès. Ferdinand, face au peuple est contraint de ratifier la constitution le 5 juillet 1820, mais finit par choisir de porter à la tête du royaume son fils François, duc de Calabre. Ce dernier prête donc serment à la nouvelle constitution et acceptent de nommer au sein de son gouvernement des Carbonari et des hommes d'Etat de l'époque de Murat, d'ailleurs assez méfiants vis à vis des Charbonniers...

Les Carbonari entrés au pouvoir, le général Pepe se permit même un défilé triomphant dans la ville de Naples, entouré de ses milices et au couleur de la société secrète. Celle-ci d'ailleurs était donc devenue à présent une véritable société populaire et publique, présente à tous les niveaux de la vie politique. Portée par la jeunesse, acquise aux idées libérales, la Carbonaria connaît alors ses riches heures. Très vite cependant, le gouvernement se voit abusivement sollicité. En effet, en octobre 1820, s'ouvre le parlement napolitain et éclate la question sicilienne. L'île pourtant converti au libéralisme du mouvement des Carbonari dans un premier temps, souhaite voir maintenu son autonomie au sein du royaume des Deux-Siciles...

Revendication inacceptable pour le nouveau gouvernement carbonari, Pepe charge son frère le général Florestano de réprimer une insurrection qui avait éclaté à Palerme en juillet 1820 et force la Sicile à garantir dix mille hommes à disposition du royaume en cas de représailles de l'empire austro-hongrois. En effet, la Sicile est à cette époque le premier Etat que les Autrichiens visent à ramener sous leur joug. Pepe eut une bonne intuition puisque le 29 octobre 1820, Autrichiens, Russes et Français décident lors du congrès de Troppau d'engager la lutte contre la « dissidence » italienne. La campagne autrichienne en Italie s'engage alors et malgré les efforts de Pepe pour préparer l'armée à une guerre contre l'Autriche, les troupes « carbonari » ne peuvent résister aux assauts autrichiens. Dés la fin du mois de janvier 1821, les armées autrichiennes franchissent le fleuve Pô et gagnent le Sud. Sans grande difficulté, les Autrichiens entrent à nouveau dans Naples le 23 mai, signant la fin de la révolution libérale italienne.

Ainsi comme le note Lambert117(*), si les Carbonari connurent dans un premier temps beaucoup d'échecs, ils contribuèrent activement à ouvrir l'histoire de l'opposition libérale secrète en Europe118(*). Les Carbonari furent des précurseurs dans le renouvellement du mode conspiratif d'opposition libérale. Comme le mouvement militaire espagnol du pronunciamiento (début 1820), ils eurent une grande influence sur l'essor du mouvement libéral français de par, leur choix du complot au sein d'une organisation secrète, et plus encore de par l'espoir suscité par le succès de la révolution napolitaine de juillet 1820. Ceci nous amène à aborder l'influence qu'exerça la création et les activités de la Carbonaria sur les premières formes d'opposition au retour des Bourbons en France.

* 110 Période mal aimée dont « le rapprochement établi parfois avec le régime de Vichy ne souligne que trop l'origine d'un pouvoir né de la défaite et, sinon imposé par l'ennemi, du moins permis par le désastre militaire » selon les mots de Jean-Pierre Chaline ; Jean-Pierre Chaline, La Restauration, Que sais-je ?, PUF, 1998, p.3.

* 111 Le pronunciamiento est un coup de force militaire, accompagné généralement d'une proclamation exposant les motifs et les buts de la prise du pouvoir. Dans le cas espagnol, soulignons que le mouvement de 1820 fut entièrement mené par les militaires ; le libéralisme n'étant à l'époque répandu que dans un milieu étroit d'officiers... Voir Max Tacel, Restaurations, Révolutions, Nationalités 1815-1870, op.cit, p.150.

* 112 C.f, P.A Lambert, op.cit, p.53.

* 113 Guglielmo Pepe (1783-1855) : frère du patriote Florestano Pepe qui servit les Français à Naples sous Murat et participa à la révolution de 1820, le général Guglielmo servit Joseph Bonaparte et dirigea l'insurrection napolitaine de 1820. Battu par les Autrichiens à Rieti (1821), il dut s'exiler jusqu'en 1848.

* 114 Pepe désignait même la Carbonaria par la formule d'une « aristocratie de moralité », P-A Lambert, op.cit, p.59.

* 115 Daniel Ligoud, op.cit, p.217.

* 116 P. A Lambert, op.cit, p.53.

* 117 P-A Lambert, op.cit, p.56.

* 118 Notons toujours au sujet de l'Italie que les Carbonari inspireront plus tard des mêmes sociétés secrètes conspiratrices comme la Jeune Italie de Mazzini dans les années 1830, qui s'organisera aussi sous la forme de Ventes. (cf, Lambert, op.cit, p.56).

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