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Les figures de Joseph Rey (1779-1855): conspirateur libéral, "philosophe" et socialiste "utopique"

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par Nicolas Boisson
Université de Grenoble 2 - IEP 2001
  

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II-1.2 Sa défense des conjurés de 1816 et sa radiation de l'Ordre des avocats (1819)

Brillant orateur, Rey qui avait déjà fait ses preuves, avait ouvert son cabinet d'avocat à Grenoble en 1816. Rendu à l' « espace privé », il pouvait donc d'autant mieux s'atteler au sein du cercle de l'Union, à diffuser les idées libérales. Rey à ce sujet avait tenté d'opérer une synthèse des reformes libérales, essentielles et urgentes pour le pays, nous y reviendrons assez vite dans le chapitre III. Notons déjà l'essentiel de celle-ci contenue dans un petit ouvrage écrit en 1815, De l'état actuel de la France sous le rapport de quelques idées politiques251(*) :

- Respect du Constitutionnalisme de 1814 et plus encore des acquis de 1793

- primauté du Corps législatif

- indépendance de la Justice

- droit de réunion, d'association et liberté de la presse.

Reconnu pour être très attaché aux principes des droits de la défense, les membres de l'Union le chargent à son retour à Grenoble en 1817 d'assurer la défense du Père Michel condamné pour diffamation pour son petit pamphlet adressé contre la famille royale...ouvrage qui selon Rey s'adressait à tous, aux classes moyennes... Un plaidoyer vigoureux qui lui valut encore quelques remontrances du Barreau, pour qui devant le despote royal, « une telle menace n'était qu'inspirer au Barreau, ce qu'on appelait une « crainte à se taire » »252(*).

Enfin, plus encore, Rey illustre à nouveau son courage et sa rigueur juridique en se chargeant d'instruire la plainte des familles victimes de « l'assassinat juridique » du général Donnadieu à l'encontre des vingt et un insurgés de la conspiration de Didier (1816). Les membres de l'Union l'avaient chargé du dossier. Selon Rey, les arrêts de morts avaient été prononcés par un commissaire militaire et il y avait eu ensuite une mise en état de siège du département décidé par le général Donnadieu, décision fort exagérée selon Rey. Rey rapporte ainsi qu' « il s'agissait donc de savoir si le gouvernement avait eu le droit de prendre une si terrible adresse, qui fit toute l'action sociale dans les mains vicieuses de l'autorité militaire, avec des pouvoirs presque illimités »253(*). Rey mena donc sa propre enquête, partant consulter les habitants de Grenoble qui furent témoins de l'épisode, « des personnes d'opinions diverses, en n'admettant aucun fait que je n'eusse contrôlé scrupuleusement les premières indications. »254(*). Arrivant au constat d'une sur-exagération de la répression menée par Donnadieu, répression qui s'est soldée par vingt et une exécutions sommaires, Rey adresse au procureur du roi une plainte au nom des familles contre Donnadieu et l'ancien préfet Montlivaut. Rey fut alors poursuivi par Donnadieu pour « calomnie ». Notons que selon Rey, Donnadieu avait quant à lui été condamné à une peine de deux ans de prison pour un écrit déclaré infamant envers la personne du roi255(*). Rey qui qualifia d' « assassinat judiciaire » la répression de Donnadieu et de l'ancien préfet  Montlivaut  commise en 1816, donna à sa demande un véritable caractère politique.

Cependant non seulement, le dossier ne sera pas réouvert mais il lui attirera encore des châtiments disciplinaires malgré la qualité de l'enquête dont Rey se justifie beaucoup256(*). Ainsi sur réquisitoire du procureur général Béllard, le conseil de l'ordre décide par arrêté du 8 juillet 1819 de rayer son nom du Conseil de l'Ordre des avocats. Notons enfin que Rey ne put réellement se défendre de cette mesure totalement arbitraire, ce dernier étant lorsqu'il apprit la nouvelle, en fuite pour l'Allemagne suite à l'échec du complot.

Ce fut donc la requête de trop et Rey ne semblait d'ailleurs plus trop soutenu par ses amis l'ayant jugé cette fois peut-être trop « zélé » dans son enquête. Il note amèrement finissant sa biographie morale et politique : « Aussi même parmi ceux qui m'accordaient de bonnes intentions, et qui avaient quelques sympathies pour nos tendances, je n'étais qu'un rêve-creux, ou un exalté et parmi mes adversaires j'étais un forcené séditieux, un de ceux prédicateurs de désordre...Que de fois, dans ma double carrière de la magistrature et du barreau n'ai-je été en butte à de tels jugements !...Oh ! ...sagesse...prétendue sagesse de la terre !...celui qui prévoie les maux, qui les signalent, qu'en indique d'abord paisiblement le remède, celui-là est un insensé, un artisan du trouble ; et ceux qui proposent eux-mêmes le mal rongeur, ou ceux qui lui prêtent l'appui d'une funeste tolérance, ceux-là tous sont les seuls vrais sages, les seuls prudents, les seuls amis de la Paix publique et de l'Ordre social !... »257(*). Sur ces sages paroles, abordons à présent la question de la radicalisation du régime durant les années 1819-1820 et la mise en place d'une conspiration militaire à laquelle Rey et l'Union joueront un rôle actif.

* 251 Joseph Rey, De l'état actuel de la France sous le rapport de quelques idées politiques, Paris, Delaunay, librairie Charles imprimeur, 1814, 23 p, coté X.84

* 252 J.Rey, T 3940, op.cit, p.124.

* 253 Rey, T 3940, p.126

* 254 Rey, T 3940, p.130

* 255 Cf, T 3940, p.130.

* 256 Cf, T 3940, p.130.

* 257 Joseph Rey, T 3940, p.143/144.

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