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Les figures de Joseph Rey (1779-1855): conspirateur libéral, "philosophe" et socialiste "utopique"

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par Nicolas Boisson
Université de Grenoble 2 - IEP 2001
  

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II-2 L'affiliation de Rey au projet du 19 août 1820

Il s'agit là de présenter le récit de cette première conspiration libérale, prélude aux conspirations de la Charbonnerie française des années 1821-1823. Nous nous appuierons donc sur le récit de Rey, contenu dans le premier volume de ses Mémoires politiques258(*).

Comme nous l'avons présenté dans la première partie de cette étude, les années 1819 et 1820 sont des plus « agitées » ; marquée d'une part par une première tentative de « libéralisation » du régime sous le ministère Decazes (janvier 1818-février 1820) et d'autre part une réaffirmation de l'autoritarisme royal avec, suite à l'assassinat du duc de Berry, le rappel du duc de Richelieu (février 1820-décembre 1821) qui s'attellera cette fois à briser le mouvement libéral, notamment avec la mise en place de la loi dite du « double vote »259(*) . Cette radicalisation du régime trouvera d'ailleurs son apogée avec le ministère suivant, dirigé par Villèle (décembre 1821-septembre 1824). Mais restons focalisés sur ces deux années 1819 et 1820, dont la déplorable évolution politique va mener quelques réfractaires au régime à fomenter un complot.

Reprenons donc le fil biographique. Au 8 juillet 1819, Rey est définitivement exclu de l'Ordre des avocats pour son attaque contre le général Donnadieu. Désormais sans emploi et dans une situation économique un peu précaire, il vit à Paris de l'aide de ses amis de l'Union et notamment de ses camarades du barreau parisien, Mérilhou et Odilon Barrot. Il ne s'occupe en réalité des lors que de resserrer les liens entre l'Union et la Loge des Amis de la Vérité, précédemment citée et sous la direction de Victor Cousin. Il intègre aussi à cette époque avec quelques unionistes comme Chatelain et Mérilhou, le comité secret de l'Association pour la Liberté de la Presse, précédemment citée et dont Rey avait participé à l'éviction.

Rey est désormais un homme mûr, il a quarante ans et s'est affirmé publiquement comme un ennemi de l'évolution répressive que prend le régime de Louis XVIII depuis son retour au pouvoir. Indigné par la violente répression du complot de Didier (1816) et par l'inexistence d'une réelle indépendance de la Justice, pourtant garantie en théorie par la Charte du 4 juin 1814, Rey observe comme premier déclencheur de la « radicalisation » d'une frange des libéraux260(*) le triste épisode de l'annulation de l'élection de Grégoire à Grenoble par la Chambre sous la pression des ultras, alors majoritaires en septembre 1819. Cependant, il nous faut ici insister ici sur l'attitude de recul que conserve Rey vis à vis de tous recours à des moyens illégaux de résistance, de la fin de l'année 1819 au déchaînement des passions suscitées par l'assassinat du duc de Berry en février 1820. Le réel déclencheur d'une radicalisation de l'attitude politique de Rey sera plus encore sa révolte face aux événements de juin, réel motif de son engagement dans les voies « conspiratives ». Revenons en détail sur l'évolution de ce pacifiste.

* 258 Joseph Rey, Mémoires sur la Restauration, op.cit, T.3938. Des copies fac-similés de pages extraites de ce volume et relatant cet épisode sont placées en annexe.

* 259 Cette loi adoptée à la chambre sous la pression des ultras le 30 juin 1820, établissait que 258 députés seraient élus par tous les électeurs au scrutin d'arrondissement, et 172 au chef-lieu du département par le quart des plus imposés d'entre eux, assurés ainsi de pouvoir voter deux fois ; Cf., Caron, La France de 1815 à 1848, op.cit, p.18. De même pour Louis Girard, « il est probable que ce petit coup d'Etat a sauvé la Restauration, au moins pour une dizaine d'année », Girard cité par Caron, op.cit, p.18. Notons par ailleurs quelques lois illustrant bien le verrouillage progressif du régime d 1819 à 1822 : - loi du « double vote » (30 juin 1820) ;

- loi de mars 1820 rétablissant la censure et l'autorisation préalable à toute création de journaux ;

- ordonnances du 5 juillet 1820 sur l'enseignement supérieur renforçant le contrôle des autorités sur les professeurs et les étudiants (les cours de Guizot et de Cousin seront notamment suspendus en juin 1820) ;

- ordonnance du 27 février 1821 plaçant l'enseignement secondaire sous la surveillance du clergé ;

- nouvelle loi sur la presse en 1822 instaurant des tribunaux correctionnels pour les procès de presse et autorisant le gouvernement à suspendre des journaux pour délit de tendance contraire aux intérêts de l'Etat...

* 260 « C'était un véritable coup d'Etat, qui rompait ouvertement le pacte social, puisqu'on arrachait brutalement à la législature un de ses membres dont on avait reconnu l'élection régulière...Dès lors, les esprits les plus scrupuleux se préparaient à l'idée qu'une autre voie deviendrait inévitable et qu'elle serait entièrement légitime. Je me rappelle parfaitement le résultat de toutes nos conversations intimes à cet égard... », Rey, T 3939, p.139.

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