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Les figures de Joseph Rey (1779-1855): conspirateur libéral, "philosophe" et socialiste "utopique"

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par Nicolas Boisson
Université de Grenoble 2 - IEP 2001
  

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Préliminaires à son entrée en conspiration

Dispositions morales et politiques de Joseph Rey en 1819 : son refus de participer à la première conspiration de Dumoulin...

Fin 1819, Rey, fatigué de voire constamment toute entreprise libérale réduite au silence par un pouvoir abaissé devant les intimidations des ultras, partage son temps à des réflexions juridiques, constitutionnalistes et politiques sur son époque. Les premières pages de ces Mémoires sur la Restauration261(*) sont à ce titre des plus explicites. Le parti libéral, dans l'incapacité de poursuivre la lutte par des moyens légaux face « à un gouvernement qui violait ouvertement le principe de toute légalité et le respect du à la représentation nationale »262(*), s'affirmait plutôt alors comme un sage résigné, convaincu peut-être un peu naïvement que l'heure de la reconnaissance des libéraux viendrait assez tôt et naturellement263(*). En effet, Rey affirme en 1819 qu' « ...il n'était pas dans mes principes de recourir à la violence contre le pouvoir tant que je croyais possible de lutter par les voies légales. »264(*). De toute manière en cette fin d'année 1819, Rey s'était à nouveau replongé dans ses réflexions et recherches. Il note que : « peu à peu, de ma tendance constante vers les influences intellectuelles, j'avais résolu de m'éloigner du mouvement purement politique, et de rentrer principalement dans une sphère de prédilections d'où je croyais qu'on dût sitôt me faire sortir... »265(*). En effet, Rey à cette époque, encore empreint de ses études de droit et de son vif intérêt pour les questions constitutionnelles, venait de fonder avec le jeune Dupin et M. de Beaufort, avocat à Paris, un journal mensuel, Législation et Jurisprudence, dont le directoire regroupait les principaux membres du barreau de Paris.

Dés lors, Rey s'explique sur son refus de participer à de premières conspirations aux buts assez peu affirmés266(*). Rey introduit ici un personnage central, qui sera aussi à l'origine de la conspiration du 19 août 1820 : Jean-Baptiste Dumoulin267(*).

Jean-Baptiste Dumoulin

Dumoulin268(*), qui avait six ans de moins que Rey, était aussi originaire de Grenoble. Rey qui l'avait rencontré de retour à Grenoble en 1815, l'admirait beaucoup bien qu'il demeurait réticent face à ses tendances bonapartistes : « Je dois au surplus m'empresser d'ajouter qu'il y avait dans son coeur, à coté de ses impulsions décevantes qui furent à mes yeux la plus fatale erreur de ces temps, un profond sentiment de patriotisme, mêlé d'un ressentiment très fort, d'impressions appartenant à l'époque républicaine. »269(*). Dumoulin était selon Rey un personnage impulsif, doté d'une personnalité hors du commun : « Lorsque l'Empire vit consolider et s'étendre la réaction anti-révolutionnaire des derniers temps de la République...Dumoulin (trop jeune) ne put résister à l'entraînement presque général des hommes de sa génération »270(*). Selon Rey, en effet, jusqu'à la première Restauration, Dumoulin se souciait assez peu de politique. Dumoulin gérait alors à Grenoble une fabrique de gants, industrie prospère. Mais Dumoulin était « lié d'enfance » avec Apollinaire Emery, chirurgien-major de la garde impériale, qui suivit Napoléon à l'île d'Elbe. De là daterait son penchant bonapartiste qui se révéla lorsqu'il accueillit chaudement Napoléon à la Mure le 07 mars 1815. Rey raconte qu'il reçu le soir même des mains de l'Empereur la croix d'honneur, et les grades de capitaine de la Garde et d'officier d'ordonnance de l'Empereur271(*). Blessé à Waterloo, fait prisonnier à Anvers jusqu'en 1816, il rentre en France en 1818. Pendant deux années, Dumoulin fit du commerce avec la Hollande, spécule, opérant « quelques études sur le crédit public, il créa des opérations gigantesques de bourses dans lesquelles il réalisa plusieurs millions de bénéfices en l'espace d'une année »272(*). Cependant Rey ajoute, insistant sur la caractère burlesque du personnage : « Mais bientôt, comme si tout ce qui regarde cet homme peu ordinaire devait être frappé du sceau de l'instabilité..., il perdit d'un seul coup le fruit de ses heureuses combinaisons financières »273(*). Dumoulin, ruiné, aurait dés lors développé une haine sans limite envers les Bourbons. En effet, selon Rey, Dumoulin aurait été l'un des premiers à avoir osé déployer lors du passage de Napoléon à Grenoble le 08 mars 1815, l'étendard tricolore aux cris de « Vive la Liberté ! Vive l'Empereur ! »274(*).

Dés lors, Rey ne fut pas surpris de le voir arriver un jour à son domicile parisien en mai 1819, pour lui demander l'appui de l'Union, à laquelle d'ailleurs il n'appartenait pas, pour un vague projet de coup d'Etat militaire. Rey tentant de le raisonner rapporte : « Dumoulin était plus avide d'action et ne tarda pas à concevoir un plan des plus hardis dont le Dauphiné devait encore être le Théâtre...Il s'agissait de s'emparer des forts de Briançon, de s'y retrancher avec douze à quinze cents hommes bien dévoués, afin d'appeler du haut de cette tribune escarpée, la révolte du Piémont, de la Savoie, et de tous les départements de l'Est...On se serait en même temps ménager des intelligences à Grenoble et à Lyon, pour pouvoir frapper le plus tôt possible des coups décisifs et de là se porter encore sur Paris.»275(*). Rey demeurait sceptique et précise que le projet devait aussi reposer sur Bérenger de la Drôme276(*), qu'il jugeait belliqueux. Rey qui comme nous l'avons vu s'affirmait dans son essence comme un « pacifiste » ou simple légaliste refusa donc d'adhérer à l'entreprise : « ...un autre motif me décida encore à ce refus ; je craignais d'autre part un mouvement purement bonapartiste et ce n'était pas là ce qui pouvait me satisfaire...Je lui promis au reste le secret, et il fut certainement bien tranquille à cet égard. »277(*).

Notons donc bien que le souvenir de la conspiration de Didier était encore bien présent dans nombre d'esprits d'opposants au régime...souvent plus des « mécontents » bonapartistes, d'ailleurs que de véritables libéraux selon Rey. Rey note ainsi à propos de la lassitude de nombre d'anciens membres de l'armée impériale : « A cette époque, beaucoup d'officiers supérieurs de l'ancienne armée, mécontents à divers titres, et n'ayant pour nourrir leur imagination que les regrets du passé et les rêves de l'avenir, saisissaient toutes les occasions pour se voir et faire échange de leurs sentiments »278(*). Rey ne participa donc pas au complot de Dumoulin et de Bérenger, complot qui ne put de toute manière être mis à exécution. En effet, Bérenger qui lui était membre de l'Union tenta une dernière fois de convaincre Rey en lui apportant une teinte plus républicaine279(*). Rey refusa de nouveau et Bérenger se reporta sur un autre membre de l'Union, le général Ledru des Essarts qui remplaçait à Grenoble le tristement célèbre général Donnadieu. Celui-ci accepta de participer au complot mais malheureusement le hasard voulut qu'il soit muté quelques semaines avant la date prévue de l'insurrection. Bérenger280(*) et les autres unionistes affiliés au projet, décidèrent finalement sous le conseil de Rey de reporter le projet.... dés qu'une occasion meilleure se présenterait. Et celle-ci devait se présenter dés juin 1820.

* 261 Rey, T 3938.

* 262 J.Rey, T3938, p.1 ; Rey évoque à nouveau l'invalidation de l'élection de Grégoire en décembre 1819 et surtout son expulsion violente de la Chambre par les députés ultras, quelques semaines auparavant...

* 263 « J'étais un de ceux qui, malgré le reproche d'exagération qu'on m'a si souvent adressé, conservèrent le plus longtemps, sinon la moindre illusion sur les vues de notre adversaire, au moins l'espérance que des causes morales nous sauveraient peut-être de l'abyme où l'on voulait nous enterrer. », Rey, op.cit T 3839, p.3.

* 264 J.Rey, T 3938, p.10

* 265 J.Rey, T 3938, p.12

* 266 Section 1 du tome 1, T 3938, « Suite des antécédents de Dumoulin, divers projets de conspiration en 1819, mon refus d'y participer », p.9

* 267 Voir Portrait de Jean Baptiste Dumoulin en annexe.

* 268 Aucune notice biographique sur Dumoulin ne put être trouvée, il est ainsi absent des dictionnaires de Rochas et de Maîtron. La présentation faite du personnage repose donc uniquement sur la description qu'en fait Rey.

* 269 J.Rey, op.cit, T 3839, p.4

* 270 Rey, T. 3938, p.3

* 271 Cf, Rey, T.3938, p.5/6

* 272 Rey, T.3938, p.7

* 273 Rey, T.3938, p.8

* 274 Rey, T.3938, p ;7

* 275 Rey, T.3938, p.9

* 276 Bérenger de la Drôme (Alphonse-Marie Bérenger) : né à Valence en 1785, avocat général à la Cour impériale de Grenoble en 1811, il est d'abord bonapartiste. Elu député à Valence en 1815, il se prononce en faveur du maintien de la dynastie napoléonienne. Réclamant le couronnement de Napoléon II et la proscription des Bourbons, il démissionne à leur retour. De retour à Paris en 1818, il ouvre à l'Athénée un « cours public de droit naturel et des gens ». Il publie la même année De le justice criminelle en France, exposé des abus et des arbitraires que la politique aurait fait introduire dans nos lois criminelles. Ami de Dumoulin et donc de Rey, il intègre l'Union en devenant le principal instigateur du complot du 19 août 1820. Député de la Drôme en 1828 et 1830, il siège avec les libéraux. Il arrêtera toute activité politique avec l' « échec » de la révolution de 1848. Meurt à Paris en février 1866. Notice biographique réalisée à partir de la notice de Adolphe Rochas, Biographie du Dauphiné, op.cit, T.1, p.107 ; notice consultable en Annexe.

* 277 Rey, T.3938, p.10.

* 278 Rey, T.3938, p.9. Rey évoque ici le « Bazar français », magasin tenu par d'anciens militaires et situé rue Cabet à Paris, où Rey rencontrera plus tard le capitaine Nantil qui l'aidera à rallier plusieurs officiers pour le projet du 19 août 1820. Il s'agissait bien d'une arrière boutique qui longtemps non-soupçonnée par la police, sera un foyer de diverses conspirations militaires et notamment des Charbonniers français.

* 279 « Pendant que je m'absorbais ainsi dans une mission morale, il n'en était pas de même de plusieurs de mes amis, notamment de Bérenger, qui avait réveillé comme on l'a déjà vu les projets de Dumoulin. Celui-ci restant d'ailleurs à Paris et n'ayant pas d'ailleurs en Dauphiné les relations puissantes que pourraient donner l'Union dont il n'était pas membre, ce fut Bérenger (qui lui était membre) qui se rendit à Grenoble où il reprit toute la pensée du complot, en la transformant selon les éléments qu'il avait particulièrement à sa disposition...garantie plus efficace, Bérenger préparait une Constitution qui était quasi-Républicaine ...(...) Bérenger devint ainsi désormais l'agent principal et la plupart de ses coopérateurs ignoraient même que l'idée lui en eût été suggéré par Dumoulin », Rey, op.cit T 3938, p.12/13

* 280 « Je suis persuadé qu'alors, comme plus tard, il y avait conviction dans le coeur de Bérenger, homme sincère mais d'une faible imagination (sic !), maintenant, voué dit-on à des idées mystiques, dont le germe avait été vraisemblablement la cause de son intime liaison avec Grégoire en 1819... », Rey, T.3839, p.18.

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