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Les figures de Joseph Rey (1779-1855): conspirateur libéral, "philosophe" et socialiste "utopique"

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par Nicolas Boisson
Université de Grenoble 2 - IEP 2001
  

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II-2.1 Premières hésitations d'un intellectuel

Rey observe en effet la radicalisation des libéraux français à l'annonce des révolutions napolitaines et espagnoles. Il rapporte ainsi dans ces termes l'opinion des libéraux de l'époque : « Quoi ! se disait-on avec un profond dépit, quoi !, non seulement l'Espagne a fait sa révolution, sans que nous ayons su l'imiter, mais Naples, ce pays aux moeurs efféminées, ce pays si faible par lui-même a osé secouer le joug en face des armées autrichiennes, tandis que nous, les fils du grand peuple, naguère dominateurs de l'Europe, nous supportons le nôtre avec la plus lâche résignation ! »308(*) . Rey indique que ce fut bien le déclencheur du réveil des libéraux français : « Alors ce manifesta dans Paris comme une sorte d'épidémie conspirative générale, qui se communiquent aux hommes influents, de toutes les nuances de l'opposition, jusqu'aux doctrinaires, dont plusieurs devinrent les plus ardents prorogateurs. On se recherchait de toutes parts pour former des alliances offensives, et personne ne dissimulaient ses intentions d'en finir avec le parti opposé d'une manière ou d'une autre. »309(*) Ainsi, il était donc certain qu' « à cette époque, le mouvement insurrectionnel était devenu général dans le camp des libéraux »310(*) . Les révoltes espagnoles et italiennes jouèrent donc bien un rôle décisif quant à l'amorce d'un complot.

A ce titre comme nous allons le voir dans quelques instants, le caractère militaire de l'insurrection napolitaine fut des plus influents sur l'esprit des conjurés d'août 1820. Soulignons à nouveau le rôle de fin observateur dans lequel Rey se cantonna jusqu'à sa seconde rencontre, cette fois décisive, avec le capitaine et bonapartiste Jean Baptiste Dumoulin.

Rey qui n'apprit qu'à la fin du mois de juin l'existence de ce projet de complot militaire, se remettait alors du douloureux épisode de matraquage dont il fut l'objet, nous explique que la composition du complot devait autant faire appel à des éléments civils que militaires : « les premiers instigateurs appartenaient tous à l'ordre civil, où à la classe des militaires hors service, mais qui avaient senti l'impossibilité de rien faire sans l'armée sans avoir au moins neutralisé l'action funeste que le principe de l'obéissance passive lui avait fait prêter jusque là aux desseins tyranniques du Gouvernement »311(*). Ainsi selon Rey, on observait bien le rôle de convergence, de catalyseur de ces « forces mécontentes », joué par une élite libérale essentiellement adhérente de l'Union et issue du barreau (Odilon Barrot, Mérilhou ... ) de l'Instruction publique (Victor Cousin) ou directement de la Chambre (d'Argenson, Lafayette...) ! Cependant on ne négligera pas non plus rôle prépondérant d'officiers de l'ancienne garde impériale... Nous y viendrons dans le point II-2.3. Rey note ainsi que, si auparavant : « il n'y avait eu que des tentatives isolées, fournies par quelques brouillons, sans l'appui des voeux généraux, il était alors si peu vrai que le mouvement d'alors ne tint qu'à des individualités peu nombreuses, car partout où se trouvaient leurs personnes pénétrées de ce moindre sentiment national, elles témoigneraient hautement la douleur où les plongeait notre abaissement politique, ainsi que le vif désir de s'en relever à tout prix.. » 312(*).

Rey témoigne donc déjà du caractère médian que devait prendre l'entreprise en faisant appel autant à des éléments civils que militaires, à la jeunesse d'un Cariol313(*) ou d'un Sautelet qu'à la sagesse d'hommes comme Lafayette. De même dans son chapitre sur les buts et caractères du complot, Rey précisera d'une manière pourtant encore obscure le dévouement de l'entreprise à l'établissement d'un gouvernement réellement représentatif des « éléments moyens » de la société... Jusqu'en juin 1820, Rey demeura donc volontairement distant vis à vis de ce projet dont il ne connaissait alors à peine l'origine. Il note à ce sujet : « Il n'est pas étonnant que je n'aie rien su alors de ce que faisaient mes amis politiques, avec qui d'ailleurs je rompu toute relation par prudence... »314(*). Le « déclic » ne viendra en effet qu'au hasard à nouveau d'une rencontre de Dumoulin puis de Cousin à Paris vers la fin du violent mois de juin 1820...

* 308 Rey, T. 3938, op.cit, p.40.

* 309 Rey, T. 3938, p.39

* 310 Rey, T.3938, p.40.

* 311 Rey, T.3938, p.40

* 312 Rey, T.3938, p.40

* 313 Gilbert Cariol et Auguste Sautelet étaient deux brillants étudiants de Cousin, affiliés à la Loge des Amis de la Vérité et entièrement dévoués à la lutte contre la répression du régime... Sautelet se suicida à l'âge de trente ans. Pour plus d'informations sur ces fidèles de « l'éclectique » Cousin, se reporter à l'ouvrage de A.B Spitzer, précédemment cité, The French Generation of 1820...

* 314 Rey, op.cit, T 3938, p.39

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