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Les figures de Joseph Rey (1779-1855): conspirateur libéral, "philosophe" et socialiste "utopique"

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par Nicolas Boisson
Université de Grenoble 2 - IEP 2001
  

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III-Le socialiste « utopique » Joseph Rey : retour à ses origines et sur ses origines

Les trente cinq dernières années de la vie de Joseph Rey sont marquées par de nombreuses rencontres qui (ré)alimenteront ses premières réflexions « de jeunesse », marquées déjà par sa foi constante en la « perfectibilité » de l'Homme.

Peut-être par réaction à l'échec de la conspiration « libérale » du 19 août 1820, Rey ne se tourne à présent que vers l'étude du « meilleur gouvernement des hommes » et part à la rencontre des différentes écoles socialistes de la première moitié du XIXème siècle. Il entame alors dés 1821 avec son exil en Angleterre où il y découvrira la doctrine communautaire « utopique » de Robert Owen, une longue traversée « utopique » qui mènera successivement notre Idéologue à se convertir à l'utopie d'Owen (1826-1830), à s'initier à l'école saint simoniènne (1831-1833) et aux utopies phalanstériennes, pour finalement tenter un bref retour en politique, par des voies légales cette fois, en 1849. Il s'attachera entre temps à tenter de convaincre ardemment ses camarades de la nécessité et de la possibilité d'opérer un syncrétisme des pensées socialistes, trop en proie aux divisions théoriques. La vie de Joseph Rey se déroulant sur un mode cyclique, abordons ce dernier cycle de sa vie intellectuelle en le rattachant à sa jeunesse.

III-1 Retour sur sa jeunesse

La jeunesse de Joseph Rey laissait déjà entrevoir l'envolée intellectuelle qu'il finirait par réaliser. Se sentant déjà enfermé dans la petite boutique grenobloise de ses parents, il rêvait longuement dés son plus jeune âge aux véritables moyens de « servir l'humanité »377(*). Ses moyens devaient être l'étude constante et ininterrompue du plus grande nombre de sciences. Dés lors, sa fuite du foyer familiale fut pour lui une libération, quittant un père qui ne l'aurait pas assez chéri378(*) . Rey avait cependant pu développer déjà une grande sensibilité qui transpire abondamment dans l'ensemble de ses écrits. Celle-ci trouvait sa source dans ses premières lectures. Il évoque ainsi celle du Don Quichotte de Cerventes : « un livre qui fut pour moi une école très sérieuse de morale et même des premiers principes de politique...oh ! me disais-je si j'avais le pouvoir d'agir ainsi sur le sort des hommes, comme je m'empresserais d'imiter ce bon gouvernement ! combien je m'efforcerais de ne jamais oublier les préceptes, de son digne maître !  »379(*). Puis ce sera la lecture toute aussi décisive de Télémaque « dont les notions plus développées, sur la morale et la politique, laissèrent aussi dans mon esprit des traces ineffaçables. »380(*) . Ces lectures381(*) formèrent ainsi le caractère profondément «  pacifique » du futur Idéologue.

Profondément marqué par l'épisode de la Terreur révolutionnaire, duquel il observe les désastres à Lyon382(*), il sera tout aussi horrifié par l'épisode de la Terreur blanche383(*) et se déclarera depuis prêt « à lutter corps et âmes pour le triomphe du véritable ordre social, inséparable du triomphe définitif des lois éternelles de la justice, et de l'établissement pratique des inspirations à la fraternité générale... »384(*). Cependant un tel dessein nécessitait bien que le jeune provincial monte à la capitale. A dix sept ans, Rey arrive donc à Paris où il fut toujours « studieux, réfléchi et plein de prudence dans ses relations »385(*) . Ainsi lui qui était « décidé à mourir plutôt que de s'arrêter un seul instant, tant qu'(il) n'aurai(t) pas jeté un coup d'oeil sur toutes les sciences »386(*), ne pouvait que céder à la tentation d'aller frapper à la porte de celui qui allait devenir son mentor, Destutt de Tracy. Rey avait en effet été bouleversé par la lecture de ses Eléments d'Idéologie. Rey qui affirmait alors : « la méthode de Tracy est la méthode positive, c'est à dire qui consiste à na jamais admettre comme principe aucune proposition qui ne soit déduite de l'observation rigoureuse des faits »387(*).

Joseph Rey, dés sa jeunesse studieuse, développa donc un sens rigoureux de la curiosité. Trait de caractère qui se manifeste à nouveau par son goût, suite à une période d'engagements publiques prononcés, à se porter de nouveau vers un travail théorique des plus importants. Rey, dés 1820, ne cessera d'écrire, de sceller ses réflexions que lui inspirera chacune de ses rencontres.

Il nous faut donc désormais pour illustrer ce « retour aux sources » qu'opère Rey, reprendre le fil biographique à partir de ses premières années d'exil en Angleterre.

* 377 « Je sentis de plus en plus se développer en moi le goût de l'étude dont j'avais déjà le germe, et qui prit d'autant plus de force dans mon esprit que j'apercevais déjà combien le vrai savoir peut apporter de secours dans la noble mission de servir l'humanité », Rey, Ma biographie morale et politique..., op.cit, T.3940, p.23

* 378 « Comment se fait-il donc, au milieu de ces dispositions favorables, de par et d'autres que je n'obtins jamais de mon père une seule caresse ? Comment se fait-il donc qu'il rendit mon enfance extrêmement malheureuse, et qu'il ne connut jamais lui-même les douceurs du sentiment paternel ? », Rey, op.cit, T.3940, p.9.

* 379 Rey, T.3940, op.cit, p.16

* 380 Rey, T.3940, op.cit, p.17

* 381 « ces lectures devaient surtout contribuer, par la douceur générale du caractère de ces ouvrages, à tempérer chez moi le stoïcisme, parfois trop ancré des vertus grecques et romaines, ou de celles qui devaient trouver le cours de la crise révolutionnaire... », Rey, T.3940, p.17

* 382 « Toutes mes sympathies se tournèrent vers les victimes...(..) ..tout fut dénaturé dans l'opinion publique », Rey, op.cit, T.3940, p.20

* 383 « Cette phase réactionnaire fut aussi une véritable terreur contre-révolutionnaire, aussi compressive que la première, qui faillit livrer la France à ses ennemis, en décimant ses plus énergiques défenseurs », Rey, T.3940, p.18

* 384 Rey, T.3940, op.cit, p.22

* 385 Rey, op .cit, T.3940, p.24

* 386 Rey, op.cit, T.3940, p.29

* 387 Rey, op.cit, T.3940, p.35

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