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Les figures de Joseph Rey (1779-1855): conspirateur libéral, "philosophe" et socialiste "utopique"

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par Nicolas Boisson
Université de Grenoble 2 - IEP 2001
  

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III-2. 1820-1826 : exil en Angleterre

Traqué par la police suite à sa participation au complot du 19 août, Rey décide en 1821, de partir pour Londres. Sans argent, il lui vient d'abord à l'idée de se lancer dans une entreprise de distillation de Ratafia de cerises et autres liqueurs dauphinoises... Entreprise bien infructueuse qu'il abandonna rapidement, se reposant plutôt sur le soutien financier que ses amis de l'Union lui prodiguèrent pendant quelques années, à raison d'une rente annuelle de 1 200 francs388(*)... Rey s'en contentera, observant à l'époque avec bien plus de souci le sort des classes laborieuses anglaises.

Il décide ainsi de profiter de son exil pour tenter de rencontrer les grandes figures intellectuelles de l'île. Il se tourne d'abord vers l'économiste Jérémie Bentham, qui l'accueille chaleureusement, en mettant à sa disposition sa vaste bibliothèque. Retrouvant dans ce cadre, la calme et la sérénité, Rey trouve enfin le temps d'achever la rédaction de ses derniers ouvrages, commencée souvent en 1815389(*), juste avant le choc à venir du retour de Napoléon puis des Bourbons et des vagues de conspirations... Observant de près la question de la paupérisation croissante de la population anglaise, il s'attèle à de nombreuses réflexions sur les questions d'éducation.

En effet, de là dateraient ses premières convictions de l'existence d'un système harmonieux d'éducation. Il rapporte ainsi : «  cette nouvelle carrière intellectuelle devait d'autant plus m'attacher que là, seulement, je devais trouver la pacification de mon coeur, le retour de toutes mes tendances vers les voies de la conciliation et vers l'établissement des principes sans lesquels il ne peut y avoir de véritable paix entre les hommes »390(*). Ce retour à la sérénité devait se confirmer par un second choc intellectuel, qui eut pour lui un impact comparable à la découverte de l'Idéologie. Ce fut la découverte des écrits de Robert Owen, par la lecture de ses Nouveaux aperçus sur la société ou Essais sur la formation du caractère humain (1812). Rey se passionna donc pour le système de Robert Owen391(*) et publiera à son retour en France une synthèse de son système392(*), qui passera pourtant assez inaperçue.

En effet, il nous faut insister sur la forte concurrence dont les thèses d'Owen souffraient en réalité en France. Présentons brièvement ses idées393(*). Owen comme nombre de socialistes utopiques de l'époque part du postulat que la nature est bonne et que c'est la civilisation qui l'aurait altéré par un développement ne privilégiant plus le souci d'éthique. Un des moyens à mettre en oeuvre pour se rapprocher à nouveau de cet état de nature, naïvement imaginé comme idyllique serait d'en revenir à une éducation rationnelle, en tuant les tendances égoïstes de chaque individu dés son plus jeune âge... Ainsi dans ses « Idées de la communauté », il prophétise que : « dans un système rationnel de société, les enfants ayant été élevés de manière à n'acquérir que des habitudes et des sentiments basés sur l'état de nature, la propriété privée deviendra inutile et même impossible. »394(*) . En effet, Owen était partisan d'un système social basé sur le mode de regroupements coopératifs où chacun en exerçant une tâche qui lui est bien dévolue participerait à l'intérêt général. Souvent empreinte de rigorisme moral, la pensée d'Owen s'appuie sur les valeurs bibliques de l'amour du prochain... Mais passons ces considérations. Retenons surtout, le poids accordé à un primat de l'agriculture sur l'industrie, qui fait de son communisme, un communisme agraire. De même, l'extrême importance accordée au concours de chaque membre de la communauté (Owen refusait le droit de grève), le travail étant pour Owen seule source du bonheur au sein d'une société qui doit fortement encadrer l'individu : «  L'organisation et le gouvernement de la société seront donc fondés sur la certitude que l'homme ne forme ni sa personne, ni sa volonté... »395(*)

Mais Rey en profita aussi pour s'initier à la doctrine de Saint-Simon.

Olinde Rodrigues, un des principaux disciples de l'école saint-simonienne lui envoie en effet en 1825 quelques numéros du Producteur, organe des saint-simoniens. Rey sera assez séduit par la doctrine et entretiendra dés 1830 une abondante correspondance avec plusieurs disciples comme Enfantin396(*), qui fut un grand ami de Rey. Cependant, en 1826, Rey doit rentrer en France. Conscient du délai de cinq ans, passé lequel tout condamné à mort par contumace encoure la mort civil, il choisit de regagner Paris.

* 388 Cf, Georges Weill, Les mémoires de Joseph Rey, op.cit, p.303.

* 389 Il termine ainsi son Du Perfectionnement des études légales dans l'état actuel de la société, Paris, Treuttel, Wurtz, 1827 et travaille à un ouvrage sur les institutions judiciaires anglaises : Des institutions judiciaires de l'Angleterre, comparées avec celles de la France et de quelques autres Etats anciens et modernes, Paris, Nève, 1826, 2 volumes.

* 390 J.Rey, Mémoires sur la Restauration, op.cit,T.3938, p.24, 2nde pagination.

* 391 Robert Owen (1771-1858) : industriel philanthrope, Owen se passionna pour les questions de pédagogie en promouvant notamment la création de jardins d'enfants, et de méthodes actives d'enseignement. En 1817, il élaborera des projets de « villages de coopération » pour les classes les plus démunies. Emigrant aux Etats-Unis en 1824, il tente sans succès de monter une communauté «  New Harmony ».... Multipliant les projets de coopération sans succès, il trouvera cependant un écho auprès de socialistes utopiques français comme Cabet et Rey...

* 392 J.Rey, Lettres sur le système de coopération mutuelle et de la communauté de tous les biens, d'après les plans de M.Owen, Paris, Sautelet & Cie, 1828.

* 393 Nous nous appuyons ici sur le chapitre consacré à Owen de Paul Louis, Cent cinquante ans de pensée socialiste, Librairie Marcel Rivière et Cie, Paris, 1947, 261p. cf. le chapitre consacré à R. Owen, p.45.

* 394 Owen, « Idées de la communauté », extrait cité par Paul Louis, op.cit, p.49

* 395 Owen, « Le livre du nouveau monde moral », extrait cité par Paul Louis, op.cit, p.53.

* 396 Cf, J.Rey, Correspondance St-simonienne, décembre 1831-septembre 1832, op.cit.

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