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Les figures de Joseph Rey (1779-1855): conspirateur libéral, "philosophe" et socialiste "utopique"

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par Nicolas Boisson
Université de Grenoble 2 - IEP 2001
  

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III-4. 1834-1847 : découverte de Fourier et tentative de ralliement des « socialistes utopiques »

Très vite, Rey poursuit son immersion au sein des différentes écoles socialistes utopiques françaises, en s'initiant au Fouriérisme.

En 1837, il s'abonne ainsi à la Phalange. En accord avec nombre de points de la théorie de Fourier, la  considérant même sur nombre de points comme infiniment supérieur à tour ce qui a été écrit auparavant, Rey saluait le principe d' une association harmonique réalisée par l'idéal du Phalanstère, cité harmonieuse ou l'homme retrouverait son épanouissement dans le travail, devenu expression profonde de chacun. Il y retrouvait là certains des principes égalitaires de la doctrine de Robert Owen, et faisant peut-être défaut chez celle de St Simon et ses disciples. Saluant notamment l'idée d'un droit à un minimum de satisfaction sociale, Rey notait qu'elle rompait là avec le fatalisme saint-simonien, tout en préservant l'idée commune de la nécessité du travail comme première vertu morale.

Rey établissait alors de premiers ponts théoriques entre les doctrines d'Owen et de Fourier. Ainsi lorsque en 1842, Rey décide de s'abonner au premier journal babouviste la Fraternité, c'est aussi pour en tirer une synthèse de ces meilleurs éléments théoriques.

Les babouvistes du nom de leur maître, Gracchus Babeuf, proposait un communisme égalitaire reposant sur l'obligation du travail, la socialisation du sol et du capital et comme chez les saint-simoniens, ils s'accordaient à penser que chacun put accorder ses capacités à ses besoins...

Rey, alors très séduit par ce nouvel apport théorique se permit de répondre au journal communiste et de lui adresser une noble critique de l'exposé théorique : « J'admets bien que pour les premières transformations de l'état social actuel dans celui de la vie commune, la nécessité d'imposer la loi du travail ; mais je pense avec Owen et Fourier, que le travail, quand il sera convenablement organisé et lorsque la génération nouvelle sera dépouillées de nos habitudes vicieuses, sera tellement accompagné d'attrait que sa privation serait une des plus grandes peines qu'on pût infliger à l'homme en bonne santé... »399(*) . Rey songeait là à nouveau au modèle communautaire de Owen, et plus précisément à un modèle de petite échelle, comme celui d'un village communautaire comme put l'être l'expérience ratée de la communauté d'Owen : New Harmony, installée en 1824 en Nouvelle Angleterre. Il ajoute ainsi : « Je pense comme vous, qu'il ne faut pas en règle générale compter sur les puissants du jour pour arriver à la réalisation de notre système et qu'il importe extrêmement d'instiller peu à peu dans les masses les idées qui les constituent ; mais je crois, et cette fois encore avec Owen et Fourier, qu'un seul essai partiel, bien fait, serait d'une force irrésistible pour amener la conviction des plus incrédules et par là-même, sans aucune difficulté sérieuse, l'avènement général du système. Pour y arriver, au contraire, même progressivement, par voie de mesure générale, prise de prime abord, combien de luttes épouvantables n'aurait-on pas à soutenir, au milieu desquelles surtout seraient gravement compromis les sentiments harmoniques qui doivent en faire la base ? .. »400(*).

Rey de par cette lettre au journal communiste La Fraternité opérait encore un rapprochement entre Fourier et Owen, seul rapprochement qu'il pouvait peut-être se permettre. En effet, Rey était très attaché l'idée d'unifier ces différentes écoles socialistes, se déchirant trop souvent sur de fins points théoriques.

L'aboutissement de cette démarche fut ainsi son Appel au ralliement des socialistes401(*), petite brochure devant mettre en lumière les points de convergences entre les différentes écoles socialistes « utopiques » . Il s'agissait à l'origine d'une lettre qui fut envoyée le 20 juin 1847 aux rédacteurs de la Démocratie pacifique, second organe des Phalanstériens qui fit suite à la Phalange. Cet appel sonnait de manière prophétique la nécessité d'une mise en mouvement unitaire des socialistes alors que le régime de la monarchie de Juillet, en difficulté, ouvrait une faille. Notons les sages paroles de fédération de Rey : « Sachons nous tolérer mutuellement, et ajourner au besoin nos dissidences, pour agir de concert sur tous les points où nous sommes d'accord. Qui sait d'ailleurs si, dans cette action commune d'un bon concours, on ne verra pas s'adoucir ou même disparaître plusieurs de ces dissidences, et s'évanouir beaucoup de malentendus qu'entretenait surtout l'acrimonie des discussions ?... »402(*).

Ce noble appel ne fit pourtant pas l'unanimité au sein des socialistes alors interpellés.

Ainsi si le phalanstérien Victor Considérant salua le courage de Rey en le qualifiant « du plus ancien et du plus respectable des partisans de la doctrine de la communauté »403(*), l'utopique Cabet qui restait à nouveau dans ses marges, lui répondit sèchement : « Vous désirez l'union, moi aussi et tout le monde ; je voudrais que tous les hommes fussent des anges, que tous les journaux fussent d'accord, que Louis-Philippe fût communiste, cela irait bien plus vite. Mais il ne faut pas se faire illusion, il faut prendre les hommes comme ils le sont, avec leurs vanités et leurs ambitions ; il ne faut pas se contenter de dire : je voudrais, il est à désirer, il faudrait..., mais il faut agir, agir sans cesse et de son mieux, pour faire le plus de bien possible »404(*).

La révolution de 1848 lui donna cependant raison sur la force de l'unité politique face à l'ennemi. Elle verra ainsi l'arrivée au pouvoir de ces anciens camarades libéraux, Dupont de l'Eure et Garnier-Pages entrant au sein du gouvernement provisoire. Il tentera alors une dernière percée politique en tant que « libéral-utopique ». Sa profession de foi aux élections législatives de 1849 est ainsi des plus floues : « Le principe fondamental de toutes mes pensées (...)est l'application rigoureuse de la justice dans la distribution des avantages sociaux. Il faut cesser désormais de les accumuler sur la tête de ceux qui déjà possèdent avec excès, au détriment de ceux qui n'ont pas le nécessaire, ou qui ne parviennent qu'avec peine à se le procurer... »405(*). Rey ne sera pas élu et se résignera durant les dernières années de sa vie à financer diverses associations philanthropiques. Il meurt à Grenoble, le 18 décembre 1855.

* 399 Rey, Correspondance communiste, lettre du 1er août 1842 ; T.3951.

* 400 Rey, Correspondance communiste, lettre du 1er août 1842 ; T.3951

* 401 Appel au ralliement des socialistes, Paris, Librairie Phalanstérienne, 1847, 15.p, in T.3939

* 402 Rey, Appel au ralliement des socialistes, op.cit, p.3 à 6

* 403 Réponse de Considérant à l'Appel au ralliement des socialistes, in Rey, Appel au ralliement des socialistes, op.cit.

* 404 Rey, Correspondance communiste, lettre du 26 août 1847

* 405 Profession de foi électorale du citoyen Joseph Rey, ex conseiller à la Cour d'appel de Grenoble, Grenoble (30 avril 1849), 6 p., U 7915.

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