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L'insécurité alimentaire dans la région du Nord au Cameroun: représentations sociales, stratégies de lutte et enjeux

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par Alain Christian ESSIMI BILOA
Université de Yaoundé I - Master en sociologie 2010
  

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III- L'ÉCHANGE DE BIENS CONTRE LA NOURRITURE ET LE RECOURS A L'ENTRAIDE

Il arrive que les petits ruminants dont il a été fait mention dans la première partie de ce chapitre ne soient pas systématiquement vendus pour s'acheter de la nourriture. Par moments, il y a un simple troc entre propriétaires d'animaux et propriétaires de vivres. Mais dans cet échange, celui qui est privilégié c'est le possesseur des denrées alimentaires dans la mesure oil, étant sollicité en premier, c'est donc lui qui fixe les termes de l'échange. Il s'arrange ainsi à sortir bénéficiaire de l'échange soit en sous-estimant la valeur de l'animal ou des animaux qui sont mis sur la balance, soit en sur-évaluant, et la conjoncture lui est favorable, la valeur marchande de ses denrées.

En dehors des animaux, d'autres biens de consommation courante peuvent être mis à contribution dans l'échange contre la nourriture. Il s'agit par exemple des appareils ménagers, des boubous, des nattes et même des talismans... L'un de nos informateurs qui n'a pas voulu se faire identifier nous révèle que :

« J~ai un beau-fils qui m'avait offert un boubou de grande valeur à l'Aïd el Kébir en 1996 je crois bien. Trois ans après88, on avait eu de sérieux problèmes pour manger parce qu~il y avait eu la sécheresse. Ici au village89, l'un des amis du djaworo que mon boubou lui plaisait beaucoup m'avait dit qu'on fait l'échange. Que moi je lui donne mon boubou et que lui me donne un demi-sac de mil. J'avais

88 Il s'agit probablement de la grande sécheresse que la région avait traversé entre 1999 et 2000. La production alimentaire avait été désastreuse et les conséquences néfastes pour les populations.

89 Le village en question est Ndélélé, situé à 5 km de Figuil sur l'axe routier Figuil-Léré au Tchad.

d'abord refusé mais après deux semaines comme ça, je suis reparti lui voir pour lui dire que j'accepte. »

Puisque tout le monde ne dispose pas d'animaux ou de liquidités financières, certains ménages démunis se tournent parfois vers la famille, le voisinage ou le djaworo pour obtenir une quelconque aide afin de se nourrir. En d'autres termes, ils mendient leur pitance lorsqu'ils ne perçoivent pas une autre issue ou quand ils ne sont pas en mesure de rembourser en cas d'emprunt. En effet, dans les situtions extrêmes, certains recourent à l'emprunt des denrées alimentaires. Malheureusemt, les quantités empruntées sont souvent insignifiantes pour un remboursement élevé. Autrement dit, il s'agit ni plus ni moins de l'usure. L'informateur précédent le confirme lorsqu'il nous apprend que :

« Tu empruntes une tasse de mil au mois de mars et tu rembourses une tasse et demie ou deux et même parfois plus en argent ou en nature ; c'est comme tu peux. On rembourse comme ça pendant les récoltes en septembre ou en octobre. »

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