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L'insécurité alimentaire dans la région du Nord au Cameroun: représentations sociales, stratégies de lutte et enjeux

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par Alain Christian ESSIMI BILOA
Université de Yaoundé I - Master en sociologie 2010
  

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II- LES ENJEUX ÉCONOMIQUES

L'insécurité alimentaire ne sauve pas que des vies. Elle permet également de renflouer les poches ou plutôt les caisses de certains acteurs qui sont impliqués dans cette lutte. A leur tête les spéculateurs. Déjà en 1983, la spéculation était dénoncée dans le document technique des diocèses du Grand-Nord en ces termes :

« la commercialisation des céréales et de l'arachide est dominée par un certain nombre de gros marchands qui achètent sur les marchés des villages. Il n'existe aucun contrôle et guère de surveillance des marchés locaux. »104.

Le scénario est le suivant : des cocseurs sillonnent, pendant les périodes de récoltes, les villages à la recherche de la production agricole des agriculteurs. Ils acquièrent à bas ou à vil prix de grandes quantités de céréales et autres produits. La loi du marché s'applique avec toute sa vigueur car plus l'offre est élevée, plus le prix est bas. Comme c'est pratiquement la période des « vaches grasses », les producteurs qui disposent de suffisamment de réserves et qui ont besoin d'argent pour survenir à leurs besoins (écolage, santé, habillement, fêtes ...) n'hésitent pas à vendre, on dirait même brader, ce qu'ils ont si péniblement produit et parfois sans prévoir un « trésor de guerre » qui leur permette survivre pendant la période des « vaches maigres ». Les cocseurs livrent à leur tour à de grands marchands, les grossistes. Il arrive souvent que le gros commerçant d'une localité soit le lamido en personne ou l'un de ses affidés.

104 Diocèses de Garoua, Maroua, Mokolo, Ngaoundéré et Yagoua, op.cit., p.20.

Lorsque la crise alimentaire survient, ces commerçants vendent au prix d'or ce qu'ils ont acquis à vil prix ; ce faisant au passage de (très) gros bénéfices. D'aucuns, pour glaner encore plus de profit, vont jusqu'à commercialiser leurs marchandises dans d'autres régions du Cameroun ou carrément dans les pays voisins notamment le Nigéria et le Tchad. Dans ce cas, les prix sont exorbitants et les bénéfices maximisés. Dans le même document, les diocèses du Grand-Nord constatent : « des transferts de riz et de pois de terre vers le Nigéria. Nombre des exportations ne sont pas bien contrôlées aux frontières, pénalisant ainsi l'économie de la région, les années de disette. »105

Les vivres qui passent frauduleusement la douane permettent à quelques agents ou préposés des douanes camerounaises d'engranger de faramineux montants dans un système oil la corruption s'est érigée en valeur absolue106. Les marchandises ainsi sorties frauduleusement non seulement dépouillent les marchés, mais encore empêchent la rentrée des devises dans les caisses de l'Etat quand celui-ci en a énormémént besoin dans l'optique justement de créer des conditions de vie favorables aux citoyens dont il a la responsabilité. Seuls quelques personnages profitent de la situation pour se faire de gros sous et atteindre un bien-être individuel, laissant la grande majorité de la population dans un dénuement presque total.

Financièrement, une autre catégorie d'intervenants dans la lutte contre l'insécurité alimentaire profite largement de ce phénomène. Ce sont les organismes internationaux et les ONG. En effet, leurs opérations se chiffrent, comme nous l'avons constaté au chapitre 4, en milliers voire en millions de dollars américains ; ce qui équivaut à beaucoup de millions ou de milliards de francs CFA. Quand on y ajoute tous les frais inhérents aux déplacements ou aux mises en mission de leurs personnels, l'insécurité alimentaire est plutôt pour eux une aubaine, une « poule aux cufs d'or » qui n'a pas intérêt à mourir. Ce serait scier la branche sur laquelle ils sont assis puisqu'ils y trouvent leur compte.

Dans le cinquième chapitre, nous avons relevé les efforts consentis par l'Etat aussi bien en amont qu'en aval pour limiter l'insécurité alimentaire et ses conséquences. Ainsi, les pouvoirs publics investissent ou ont investi des milliards de francs dans les organismes de développement qu'ils créent à cet effet et dans tous les projets qu'ils ont mis sur pied. Les résultats escomptés n'ont pas toujours été atteints. De plus, les budgets d'investissement et de fonctionnement sont souvent mal gérés ou simplement détournés par des responsables véreux, entraînant le dépôt de bilan tel que mentionné au premier chapitre. Par ailleurs, beaucoup de projets et programmes qui

105 Diocèses de Garoua, Maroua, Mokolo, Ngaoundéré et Yagoua, op.cit., p.21.

106 En 1998 par exemple, le Cameroun a occupé le 1er rang mondial des pays les plus corrompus selon l'ONG britannique Transparency International. Les douanes constituent l'un des secteurs les plus gangrénés par ce fléau en compagnie de la police, de la justice et des impôts.

ont bénéficié ou qui bénéficient encore des financements de l'Etat ont été mal ficellé et cachent des failles dont se servent ceux qui les coordonnent pour grignoter les capitaux. Encore que tous les responsables qui sont nommés à la tête d'une quelconque structure ou programme bénéficient d'un traitement princier en terme de rémunération et d'avantages bref de « l'article 2 »107.

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