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La vision de l'antiquité gréco-latine dans les hunger games de Suzanne Collins, première partie


par Samuelle BARBIER
Université d'Artois - Master recherche 2015
  

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1.2. Diane chasseresse: «Bows and Arrows are my weapon»

Nous developperons dans la partie suivante le fait que Suzanne Collins s'est inspirée de l'antiquité latine dans de nombreux passages de son oeuvre: le mythe de Thésée, les triomphes, les banquets, voire la numérologie. Mais elle ne s'est pas arrêtée là, et l'on peut également rapprocher Katniss de la figure de Diane, la chasseresse, fille de Jupiter et de Latone.

Selon la mythologie Romaine, Diane vint au monde quelques minutes avant son frère jumeau Apollon (dieu de la musique et du soleil), sur l'île d'Ortygie, et en étant témoin des douleurs maternelles, elle en conçut un véritable dégoût pour le mariage, décidant de ce fait de rester chaste, et rejoignant Minerve parmi les «déesses vierges»

Katniss refuse également tout mariage, non pas par dégoût de l'institution en elle même, mais pour ne jamais avoir d'enfants, qu'elle refuse d'offrir en sacrifice durant les Hunger Games, en cessant d' »alimenter» la société en enfants, on cessera de soutenir les Hunger Games.

«-- Je n'aurai jamais d'enfants, dis-je.

-- Moi, j'aimerais bien. Si je vivais

ailleurs, répond Gale.

-- Sauf que tu vis ici.

-- Laisse tomber.»14(*)

L'occupation favorite de la déesse Diane est la chasse, tout comme celle de Katniss, mais si Diane chasse par plaisir, Katniss chasse par nécessité. L'une comme l'autre ne se séparent que rarement de leur arc, leur arme de prédilection. D'ailleurs, le nom de «katniss» vient d'une plante, «katniss» en anglais désigne la plante du «sagittaire» en francais, une plante d'eau aisément reconnaissable à ses feuilles en forme de...pointe de flèche. Katniss semble donc être prédestinée à la chasse à l'arc depuis le berceau. Elle avoue elle même sa préférence pour cette arme dans le tome 1, alors qu'elle est dans le train en direction du capitole en compagnie de Peeta et Haymitch:

«l'arc reste mon arme de prédilection. Mais je me suis pas mal entraînée à lancer le couteau, également. Parfois, quand on blesse un animal avec une flèche, il vaut mieux lui planter un couteau dans la couenne avant de s'approcher, je réalise que si je veux impressionner Haymitch, c'est le moment ou jamais»15(*)

Le domaine de Diane est les forêts, les clairières et les sources, et, en règle générale, tous les lieux de marge entre deux univers, entre la sauvagerie et la civilisation. C'est elle qui effectue le passage d'un monde à l'autre. Katniss a

également, en elle, cette ambivalence entre sauvagerie et civilisation: née d'un père mineur, de la Veine (sauvagerie) et d'une mère pharmacienne (de la ville); elle a grandi entre nature et civilisation; son père lui apprenant à chasser, et sa mère leur apprenant, à Prim et elle, les rudiments du savoir vivre. C'est d'ailleurs une plante comestible qui lui a donné son prénom, plante d'apparence peu gracieuse, mais utile; tandis que Primrose tire son prénom d'une fleur, jolie mais peu utile. D'ailleurs Katniss n'insiste pas sur le côté esthétique de la plante mais sur son côté pratique lorsqu'elle dit:

«-- Des katniss, ai-je dit à voix haute. C'est la plante qui m'a donné mon prénom. J'entendais encore mon père me dire en riant : « Tant que tu arrives à te trouver, tu ne mourras pas de faim ! » J'ai passé plusieurs heures à gratter le fond de l'étang avec mes orteils et un long bâton, et à rassembler les tubercules qui remontaient à la surface.»16(*)

Une fois rentrée victorieuse des Hunger Games, on lui attribuera une maison dans le village des vainqueurs, en essayant de la faire entrer dans la civilisation, cependant elle semble être restée nostalgique de la forêt, et, bien qu'elle n'en ait plus la nécessité, elle s'y rend dorénavant par plaisir, essayant de conserver intacte la jeune fille qu'elle était avant sa participation aux Hunger Games, sans jamais y parvenir.

La déesse Diane est également considérée comme la protectrice de l'enfance, rôle qui semble également incomber à Katniss qui est également une représentation parfaite de la Coutrophobe: elle prend en charge tous les petits, ceux des animaux comme ceux des humains. Elle commence par prendre en charge sa petite soeur Prim, lorsqu'après la mort de leur père mineur, tué dans un coup de grisou, sa mère sombre dans la dépression. Lorsqu'elle entre dans l'arène, après s'être portée volontaire pour sauver sa petite soeur Prim, tirée au sort, elle se retrouve seule, et il semble qu'elle reporte ce besoin de protéger sur la petite Rue du district 11. D'ailleurs elle ne peut s'empêcher de comparer Primrose la timorée avec Rue la sauvage, et le dit elle même dans le second tome des Hunger Games, lorsque, lors de la tournée de la victoire, elle passe dans le district de Rue et prononce un discours pour lui rendre hommage:

»J'ai l'impression d'avoir connu Rue, par contre, et son souvenir ne me quittera jamais. Je la retrouve dans tout se qui est beau. Je la vois dans les fleurs jaunes qui poussent dans notre Pré devant chez moi,dans les geais moqueurs qui chantent dans les arbres. Mais surtout je la revois dans ma petite soeur, Prim.»17(*)

Puis, à la mort de Rue, elle sauve Peeta et commence à le protéger, comme si ce rôle de protectrice définissait toute son identité. Les deux petites filles périront , mais elle réussira à protéger Peeta. Voulant être celle qui les sauve, elle sera, en définitive, celle qui mènera Rue et Primrose à leur perte.

Son rapport aux animaux est également intéressant: lorsqu'elle achète une chèvre à sa petite soeur Prim, elle choisit une chèvre blessée, Lady, que Prim, la guérisseuse, réussira à soigner.

Le rapport qu'elle entretient avec Buttercup, le chat de Prim, est également ambivalent. Elle prétend le haïr et le menace régulièrement des pires sévices; cependant, après l'explosion du district 12 elle retourne sur place le chercher (officiellement, pour Prim) et, à la fin de la trilogie, elle s'appuiera sur lui: « quelques heures plus tard, quand je me réveille dans mon lit, je le vois dans le clair de lune. Assis à côté de moi, ses yeux jaunes en alerte, qui me protègent contre les dangers de la nuit»18(*). Il veillera sur elle, et inversera de ce fait leur relation: il devient son protecteur, elle devient sa protégée.

Bien que Diane ne soit pas, intrinsèquement, une déesse guerrière, elle n'hésite pas à intervenir lorsqu'un conflit lui semble trop injuste ou trop sauvage. De la même manière, Katniss n'est pas non plus une guerrière, au sens strict du terme. Si elle devient le symbole de la rébellion, c'est par accident. En voulant sauver Primrose, puis Peeta, elle déclenche une guerre qui tuera des centaines, voire des milliers de personnes; et même si elle est présentée comme le symbole de la rebellion , elle n'est en réalité guère plus qu'une marionnette, manoeuvrée habilement par Haymitch, puis par Coin et Plutarch. Et, bien qu'elle ait l'impression de prendre seule ses décisions , elle est en réalité toujours influencée par une manipulation quelconque, souvent de la part d'Haymitch, qui la connaît bien et est toujours capable de prévoir ses réactions; de même; elle est très souvent la dernière à comprendre ce qui se trame, car elle a une nette tendance à réfléchir avant d'agir, et ce sont les autres, qui, souvent, doivent lui révéler la trame cachée des événements; souvent ce sont Finnick, Peeta, Primrose ou même Rue; des personnages qui possèdent une grande sensibilité, qui est totalement absente chez Katniss, qui est plus une sensuelle qu'une cérébrale. Elle se fie à des sensations physiques pour décrypter ce qu'elle ressent.

Paradoxalement, même si elle ne fait preuve d'aucune sensibilité, elle fait souvent preuve de sensiblerie : la souffrance physique, les blessures, les malades et les mourants la répugnent, alors que la douce Primrose fait, à ces occasions, preuve de plus de force que sa soeur aînée. On le ressent notamment lors de la flagellation de Gale dans le tome 2, alors que Primrose garde la tête froide, Katniss panique et est victime d'une crise nerveuse.

Mais revenons à notre parallélisme de départ, entre Katniss et Diane. La déesse tue souvent de ses traits des jeunes femmes ,ou des hommes qui l'ont vue en position de faiblesse ou de nudité:Lorsqu'Actéon surprend Diane

dans son bain, elle le métamorphose en cerf et le fait dévorer par ses propres chiens ; Katniss, au cours de ses Hunger Gales, semble tuer principalement des filles (Glimmer,du district 1, ainsi que la fille du district 4) . Si elle tue Marvel, le tribut du district 1, c'est pour se défendre et venger Rue. De même quand elle achève Cato, le tribut du district 2, c'est par pitié, grâce à son instinct de chasseresse, comme on achèverait un animal blessé pour l'empêcher de souffrir. Dans le tome 3 elle met un terme aux souffrances de Finnick Odair en faisant exploser le tunnel où il est en train de se faire dévorer par les mutations génétiques.

D'ailleurs le plus souvent elle établit une différence nette entre les hommes et les femmes, elle redoute les hommes pour leur force physique et leur détermination et les femmes pour leur intelligence et leur habileté : Clove ne manque jamais sa cible avec ses couteaux, Foxface est la plus intelligente des tributs, Rue vole d'arbre en arbre comme un écureuil. On a l'impression que Katniss, malgré son statut de jeune femme, s'apparente plutôt aux tributs masculins, car elle compare sa force physique à celle de ses adversaires, mais jamais elle ne mentionne son intelligence, non pas qu'elle en soit totalement dépourvue, mais elle pense que gagner les Hunger Games est avant tout une question de force physique, et elle sous estime la ruse, qui sera représentée grâce à «la renarde».

De même au début du tome 1, elle maudit, depuis son arbre, l'»imbécile» qui a allumé un feu à la nuit tombée, sachant que ça risque de la faire repérer. Elle suppose automatiquement que c'est un garçon et ne se rend compte que c'est une fille qu'à ses cris d'agonie.

Cependant Katniss n'est pas le seul personnage des Hunger Games à entretenir une ressemblance avec un dieu du panthéon Romain. On pense notamment à Finnick et à son trident, symbole du dieu Poséidon qui a été offert au dieu lors de la titanomachie par les Cyclopes , et qui a été offert à Finnick par ses admiratrices dans l'arène, et qu'il manie à la perfection, ce que d'ailleurs Katniss ne manquera pas de remarquer:

«Le district Quatre vit de la pêche. Finnick avait passé toute son enfance à bord d'une barque. Le trident est devenu une extension naturelle de son bras.»19(*)

Dans les deux cas, le trident a été offert par des «monstres», au sens propre pour Poséidon, au sens figuré pour Finnick, dans un combat rude qui était presque perdu d'avance, et dans les deux cas, c'est le trident qui a certainement permis leur victoire. Pour finir, Haymitch, le mentor de Katniss et Peeta, ancien gagnant des Hunger Games , est un parfait double de Dionysos ; Dionysos est un dieu solitaire, qui ne se mêle pas à ses semblables et qui préfère vivre parmi les hommes, bien qu'il ait pris part à la gigantomachie il ne siège pas sur l'olympe avec les douze autres dieux. Le fait qu'à la fin de la trilogie Haymitch élève des oies est très représentatif. Les oies sont des volailles qui ne demandent que peu d'entretien, mais surtout ce sont des animaux hargneux quand on ne les a pas apprivoisés jeunes, on peut donc les considérer comme une représentation animale d'Haymitch, mais également un clin d'oeil de la part de l'auteur au fameux épisode dit des «oies du Capitole» relaté par Tite-Live:

[...] in summum saxum evaserunt tanto silentio ut non solum custodes fallerent, sed ne canes quidem, sollicitum animal, excitarent. Anseres non fefellere, quibus in summa inopia Romani abstinuerant, quia aves erant Junoni sacrae ; quae res Romanis saluti fuit. Namque clangore anserum alarumque crepitu excitus, Manlius, vir bello egregius, ceteros ad arma vocans, Gallos ascendentes dejecit. Unde mos iste incessit ut solemni pompa canis in furca suffixus feratur ; anser vero velut triumphans in lectica gestetur.»20(*)

* 14 Hunger Games, tome 1, Suzanne Collins; ed. pocket jeunesse P10

* 15 ibid. P 67

* 16 ibid. P 60-61

* 17 Hunger Games, L'embrasement, Suzanne Collins, 6 mai 2010, trad. Guillaume Fournier chap 4 P 189-190

* 18 Hunger Games, la révolte, Suzanne Collins, ed. Pocket jeunesse P220

* 19 Hunger Games, l'embrasement, Suzanne Collins, ed pocket jeunesse, 2009, P 624

* 20 « Ils parvinrent en haut du rocher dans un tel silence que non seulement ils trompèrent les gardes, mais ils ne firent pas même se lever les chiens, animal inquiet. Mais ils n'abusèrent pas les oies, que les Romains avaient épargnées malgré l'extrême disette, parce que c'étaient des oiseaux consacrés à Junon. Et c'est ce qui sauva les Romains. En effet, réveillé par le cri et le battement d'ailes des oies, Manlius, remarquable combattant, précipita les Gaulois qui montaient, en appelant les autres à prendre les armes. C'est de là que vient la coutume de porter dans une procession solennelle un chien fixé à une fourche, tandis qu'une oie est portée, comme pour un triomphe, sur une litière munie d'une couverture. » (trad. par Lhomont)

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