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Contribution des activités touristiques au développement territorial : une étude cas de la commune de Port-Salut.

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par Charly Camilien VICTOR
Universite d'Etat d'Haiti - Licence 2016
  

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Section 3 : Planification touristique en Haïti

En 1996, un Plan Directeur du Tourisme a été conçu pour Haïti. Ce plan identifiait quatre grandes zones touristiques prioritaires : le Nord, le Sud, l'Ouest, et le Sud 'Est. Il était question d'atteindre 4 grands objectifs : 1-)Permettre au pays de retrouver sa place dans le tourisme international afin de pouvoir assurer sa compétitivité dans la Caraïbe ; 2-)Associer les haïtiens aux bienfaits escomptés de l'activité touristique ; 3-) Inscrire la stratégie de développement touristique dans le cadre d'un aménagement du territoire équilibré prenant en compte la décentralisation administrative et reposant sur une stratégie de mise en valeur du patrimoine culturel et naturel national ; 4-) Prendre en compte la dimension sociale du développement touristique en reconnaissant pour la mise en oeuvre l'adhésion des populations157.

Pour la mise en oeuvre de ce plan directeur, quatre grands domaines d'orientation stratégique ont été proposés à savoir les produits touristiques (excursions d'une journée, croisières,

156 Idem

157 Ministère du Tourisme.2007.Revision du Plan Directeur de Développement Touristique de 1996.

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tourisme d'affaires etc..) les circuits touristiques, l'aménagement des zones prioritaires et les ressources humaines. Ces orientations étaient accompagnées de modalités spécifiques à savoir : a-) rationaliser des choix budgétaires ; b-) créer une autorité nationale du tourisme ; c) mettre en place des institutions ; d-) viser des actions à court-terme dont la sensibilisation de la diaspora ; e-) promouvoir la navigation de plaisance etc...

En terme de bilan, il y'a eu des resultats significatifs dont la mise en place d'un ministère propre au tourisme, la promulgation des codes des investissements et la conception du processus d'investissement touristique. De plus, un partenariat s'est développé en entre le privé et le public pour le développement du tourisme haïtien.

Comme autre aspect positif, c'est que ce plan était construit suivant le long terme. Cependant, des défauts ont été relevés dont la non prise en compte des difficultés inhérentes aux capacités de financement, aux contraintes institutionnelles de mise en oeuvre, et l'absence de considération en matière de formation158 etc.

Pour répondre à certains de ces problèmes, il a été effectué dans le programme 2001-2006 une révision du plan directeur pour l'actualiser par rapport au contexte de l'époque. C'est pourquoi d'autres projets y étaient intégrés. Il y'a eu également la prise en compte de l'émergence des tendances de la demande à l'échelle mondiale puis du recadrage des actions qui contribuent au développement du secteur par le biais d'une stratégie nationale. Ensuite, la coordination et la synchronisation tenant compte du facteur temporel et spatial des actions des secteurs concernés (publics et privés) ont été prévues159.

En raison de l'instabilité politique qui sévît dans le pays au début des années 2000, la bonne marche du ministère du tourisme au cours de la période de transition 2004 et 2006 a nécessité la fixation des objectifs spécifiques dans l'élaboration du cadre de coopération intérimaire. Ces

158 Idem.

159 Ministère du tourisme.2007.revision du plan directeur de développement touristique de 1996.

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objectifs ont visé le renforcement des entreprises du secteur, l'amélioration de la gouvernance du secteur, le retour d'Haïti sur la carte mondiale du tourisme.

En 2006, soit un an avant la révision du plan directeur de 1996, une autre priorité gouvernementale a été identifiée à savoir aménager les destinations immédiatement exploitables.

En 2007, il y'avait mise en place de bureau et des dispositions de partenariat institutionnel, relation entre des initiatives du privé et du public en lien avec le développement, et mise en oeuvre des projets et des programmes en appui au plan directeur. Les plans directeurs ont été révisés entre 2007 et 2008 pour toutes les zones prioritaires identifiées au préalable.

La période de 2011-2015 est surtout marquée par certains changements non totalement radicaux par rapport au plan directeur du tourisme de 1996 révisé en 2007.Cependant, le MTIC a proposé quatre axes stratégiques de planification :

-premièrement, l'accent a été mis sur l'Image dans le but de repositionner Haïti comme destination touristique à partir des actions telles que : a-) présence active aux foires et évènements touristiques ; b-) multiplications des relations et ententes avec les principaux acteurs privés de l'industrie à savoir les tours opérateurs ; c-) chaines hôtelières, puis d-) établir des relations constantes avec les medias etc...

-deuxièmement, le Territoire est priorisé puisque le ministère visait à développer et aménager de nouveaux pôles régionaux touristiques et renforcer l'existant par exemple la côte Nord, le renforcement de la côte de Arcadins etc...

-troisièmement, l'Economie, en vue d'accroitre significativement les retombées de l'industrie touristique dans l'économie du pays en passant par les investissements publics et privés, les industries créatives etc...

-Enfin, la gouvernance du secteur en vue de le structurer en misant sur la formation, la sécurité, la planification et la mise en oeuvre des nouveaux pôles, la promotion de la destination à l'extérieur160.

160 MTIC. Bilan 2011-2015.Les quatre axes de la stratégie mise en oeuvre.

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Au final, il est aussi important de parler de la planification touristique en considérant le Plan Stratégique du Développement d'Haïti (PSDH) dans le programme intitulé « appuyer le développement du tourisme dans la refondation économique ». Dans cette partie, des sous-programmes indiquent la vision à long terme du développement touristique suivant 4 angles à savoir : a-) le développement du tourisme balnéaire ; b-) le développement d'un réseau d'écotourisme, d'ethno-tourisme et de tourisme d'aventure ; c-) le développement de la navigation de plaisance, et enfin d-) le développement du secteur des croisières.

L'analyse de ces différents choix de planification d'une période à l'autre montre à quel point l'Etat haïtien nécessite une nouvelle façon de penser le développement de ses territoires, ce qui saute aux yeux dès qu'il est question d'analyser les plans, c'est la question d'aménagement. D'où la nécessité de penser à innover au niveau des différents territoires donnés.

Section 4 : Innovations territoriales, conditions au développement touristique en Haïti

En raison de l'aspect informel régnant dans l'économie haïtienne qui se tertiarise au fur et à mesure selon Paul Bénédique et autres161, il s'avère difficile d'accéder à une propre valorisation touristique sans se pencher intrinsèquement sur les dotations naturelles et historiques. S'il est vrai que des processus de promotion sont entamés au niveau local et international, il importe précisément de tenir compte de l'une des causes du déclin du tourisme en Haïti, à savoir l'insuffisance de l'attractivité des territoires locaux en matière touristique, d'où l'intérêt de se concentrer sur le développement du tourisme territorial, ce qui garantira la décentralisation des activités du tourisme en Haïti. Se confortant à des idées avancées en ce qui a trait au développement touristique au niveau territorial, il convient de l'appréhender

161 Bénédique Paul, Alix Dameus et Michel Garrabe, « Le processus de tertiarisation de l'économie haïtienne », Études caribéennes [En ligne], 16 | Août 2010, mis en ligne le 19 mai 2012, consulté le 10 avril 2016. URL : http://etudescaribeennes.revues.org/4728 ; DOT : 10.4000/etudescaribeennes.4728. «Dans les années 1800, l'agriculture représentait près de 95% du Produit Intérieur Brut (PIB) d'Haïti. En 2009, le secteur primaire entier ne représentait plus que 23% du PIB. Ce déclin s'est fait au profit du développement du secteur tertiaire, lui-même dominé par des petits commerces. Le secteur tertiaire est passé de moins de 5% à 60% du PIB sur la même période ».

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précisément suivant la notion d'innovation territoriale. Jesse March162 cité par Hugues Séraphin définit l'innovation territoriale comme suit :

Une intégration entre l'innovation technologique et l'innovation sociale, économique, culturelle et institutionnelle basée sur la valorisation du capital territorial » et, le capital territorial se réfère à « l'ensemble des éléments matériels et immatériels présents sur un territoire mais insuffisamment capitalisés pour soutenir le processus d'innovation institutionnelle et économique nécessaire au développement durable ». Selon March, l'innovation territoriale résulte des interactions entre trois groupes d'acteurs : les politiques, les experts techniques, et les citoyens et les entrepreneurs.163

A partir de cette acception, les atouts d'un territoire peuvent être valorisés dans la mesure où il y'a de fortes interactions entre différents acteurs s'adonnant à des initiatives touristiques en étant partie prenante afin de bien remplir leur rôle qui consistera à protéger l'environnement et le territoire. De là, découle l'idée qu'un territoire peut attirer des visiteurs suivant les caractéristiques et attitudes propres des gens qui l'habitent et qui réservent de bon accueil à chaque touriste. En ce qui a trait au processus d'innovation territoriale à mettre en oeuvre sur un territoire donné, il est admis en général que cela peut favoriser la décentralisation et le développement territorial puisque comme le soulignent Rallet et Torre164 cités par Séraphin, le territoire est un lieu propice d'innovation.

Certains organismes internationaux dont l'OMT semble être d'accord avec l'idée que par le biais du tourisme, un soulagement de la misère des gens qui habitent les zones rurales est possible. Ces zones-là contiennent le plus souvent la majorité des pauvres comme c'est le cas pour Haïti. En plus, l'innovation territoriale encouragera le renforcement du capital institutionnel de ces régions reculées afin de mieux amorcer le développement économico-social. Il convient d'associer innovation territoriale à l'innovation institutionnelle, ce qui

162 March, J. (2008) Living Labs and Territorial Innovation », in Paul, C. M., C (éds), Collaboration and the Knowledge Economy : Issues, Applications, Case Studies, Amsterdam : IOS Press

163 Hugue, Séraphin. op.cit.p.98

164 Rallet, A., Torre, A. (2006) Quelles proximités pour innover ? Paris : L'Harmattan, Collection Géographies en Liberté.

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réclame sans nul doute un changement de certains schèmes de comportements des dirigeants d'institutions. A cela, s'ajoute le fait que sans attractivité territoriale, il sera impensable d'envisager du développement touristique en Haïti.

En effet, la promotion entreprise en faveur du tourisme en Haïti doit couvrir les enjeux territoriaux. Sans quoi, il y'a risque de bloquer une véritable évolution touristique en n'étant pas passé par la voie de la décentralisation. Celle-ci permettra de mieux repartir les effets socio-économiques du tourisme à travers les différents territoires du pays. Les efforts doivent être menés du côté de l'Etat en termes d'infrastructures routières pour faciliter les accès à ces zones, la formation des membres des communautés locales puis le soutien aux petites et moyennes entreprises. En même temps, en coordination avec l'Etat le secteur non-étatique peut entreprendre des initiatives en termes d'infrastructures d'accueil et de compétences dans les services à offrir. Tout cela soulève à nouveau la question de gouvernance, importante lorsqu'il s'agit d'assurer de bonnes interactions et des dynamismes entre différents acteurs. Il suffit alors de mettre l'accent davantage sur la relation fondamentale entre l'image des territoires et la perception des touristes à ce propos.

Pour parler d'attractivité, il serait nécessaire d'attendre à ce que les touristes exigent beaucoup plus des acteurs touristiques haïtiens pour une amélioration de la structure d'accueil appropriée aux attentes touristiques. Il ne suffit pas d'avoir des sites et lieux touristiques pour espérer le développement touristique car la vulnérabilité du pays vis-à-vis des catastrophes naturelles de tout genre est encore criante. En réalité, le pays fait face depuis longtemps au problème d'absence d'aménagement des territoires qui constitue sans nul doute une grande limitation au développement touristique. Il convient en ce sens d'envisager le développement touristique en accordant plus d'importance aux différentes infrastructures dans les territoires en dehors de la capitale, sinon il ne sera nullement possible de parvenir à diversifier l'offre touristique qui assurera notre position concurrentielle dans la Caraïbe.

C'est une nécessité pour le pays de parvenir à l'aménagement territorial qui redonnera droit aux collectivités territoriales souvent oubliées ou traitées en parents pauvres dans le développement du pays. Ainsi, la décentralisation est la démarche la plus urgente dans la

promotion de l'économie du tourisme haïtien165. Toutefois, il ne faut pas rester au stade du discours et les actions décentralisantes doivent être engagées afin d'arriver à une attractivité territoriale décentralisée.

Dans le pays, les autorités municipales manquent d'implication et de dynamisme dans la promotion d'un développement équilibré du tourisme. D'ailleurs, la plupart des entités administratives territoriales ne sont pas dotées de plans et de cartes territoriaux qui pourraient être liés au fait d'établir les adresses des villes, de numéroter les rues, et d'identifier les lieux touristiques dans les territoires de provinces surtout reculés. En conséquence, l'essentiel est à considérer sur la valorisation territoriale par les municipalités locales d'abord qui ont des rôles à jouer et à assumer en vue de faciliter l'accès aux sites touristiques ainsi que la protection du droit des touristes. Ainsi souligne Hugue Séraphin :

concernant le lien entre le capital institutionnel et le capital social, l'innovation institutionnelle (lois, règles de qualité, règles de transparence, règles de bonne gouvernance, incitations à la responsabilité sociale, etc.) peut non seulement inciter les acteurs du secteur touristique à adopter de bonnes pratiques en termes de services à la clientèle touristique, mais elle peut améliorer le niveau de confiance interpersonnelle, la garantie dans la qualité des services et la sécurité pour les visiteurs. Si l'État garantit la sécurité physique des habitants et des visiteurs, et qu'ainsi la confiance se rétablit, même en l'absence des grandes chaînes d'hôtels et de la cherté des rares hôtels de qualité, il sera possible de développer l'hébergement chez l'habitant.166

86

165 Hugue, Séraphin. Op.cit. p, 105

166 Ibid.

Troisième Partie

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Etude de cas : Commune de Port-Salut

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