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Les employés de maison dans le droit social.


par IBRA NDOYE
Ecole Nationale d'Administration Sénégal Dakar - Brevet de l'ENA 2009
  

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LE TRAVAIL DOMESTIQUE : ENTRE

PRINCIPES ET REALITES

Les employés de maison dans le droit social présenté par Ibra Ndoye

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Chapitre I Les conditions réelles de

travail des employés de maison

« Nous sommes debout du matin au soir, sans répit, avec beaucoup de corvées et de difficultés. Nous bénéficions rarement de jours de fête. Nous subissons des injustices de la part des employeurs et de leurs familles. Nous gagnons peu d'argent par rapport à notre charge de travail. Nous ignorons nos droits, mais nous savons qui nous sommes ».

Ce témoignage résume à lui seul le grand hiatus existant entre les belles prescriptions textuelles et les nombreuses difficultés auxquelles sont confrontés les employés de maison dans l'exercice quotidien de leur activité. Cependant, il faut tout de même saluer la clairvoyance du législateur sénégalais lorsqu'il entreprit de normer sur la base de textes législatifs et réglementaires l'activité domestique si l'on sait que le rapport global de 2000 de l'OIT intitulé « Votre voix au Travail » a noté que dans de nombreux pays les employés de maison sont exclus de la législation du travail et qu'on ne leur reconnaisse pas le droit de se syndiquer. Par voie de conséquence, cette activité est marginalisée, passée sous silence à tel point que les employés domestiques n'ont pas encore tirés profit des nombreuses conquêtes sociales engrangées par leurs homologues d'autres secteurs d'activités. Pourtant il ne suffit pas d'être spécialiste du droit social pour constater l'écart net qui existe entre les prescriptions légales et la pratique ; tout observateur averti, ne serait-ce qu'à travers la presse peut se faire une opinion là-dessus. Le trafic d'employées de maison sénégalaises vers le Liban, l'affaire opposant des employées de maison à la famille de Youssou Ndour, l'affaire de la bonne retrouvée morte chez son employeur Libano-syrien, pour ne citer que

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ces affaires qui ne sont pas que des faits divers ayant fait les choux gras de la presse, sont symptomatiques du malaise, du mal-être et même du mal-vivre des employés de maison au Sénégal. Est-ce que l'Etat en tant que de garant de la paix sociale a le droit de laisser faire, de se tenir à l'écart lorsque les présomptions de violations des droits de ces travailleurs sont récurrentes ? Est-ce que les employeurs sont conscients que leurs conditions d'emploi sont aux antipodes de celles édictées par la réglementation ? Est-ce que les employés eux-mêmes savent qu'il y'a des textes de loi qui régissent leur activités ? Voilà autant de questions que nous ne manquerons pas d'aborder dans la suite de ce travail. En attendant d'y revenir, par souci d'objectivité qui caractérise tout travail qui se veut scientifique, nous nous sommes attelés à revisiter les conditions réelles des employés de maison par un travail de terrain sous forme d'enquêtes avec des groupes d'employés sur leurs conditions de travail. Les puristes regretteront sûrement qu'on s'en tienne à une cueillette de données axée principalement sur une écoute de groupe et non par questionnaires individuels. Ce choix qui n'est pas fortuit s'explique par des limites techniques en ce sens que notre cursus universitaire et professionnel ne nous permet pas de prétendre à l'exactitude statistique dont serait nantie une étude de la Direction de la Statistique. Néanmoins, les données statistiques de l'étude intitulée Mbidaan sans mbindou seront sollicitées chaque fois que de besoin afin de procéder à une analyse sans complaisance des conditions de travail des employés de maison.

I. L'engagement

Le préalable à l'embauche reste la rencontre entre la demande et l'offre de travail qui se fait selon des canaux propres à la société sénégalaise que le support des nouvelles technologies de l'information de même que le développement de l'audiovisuel et de la presse écrite n'ont presque pas influencé. Au même titre que dans d'autres secteurs, le travail domestique est fortement touché par la crise économique qui pose des problèmes d'absorption de la forte main-d'oeuvre qui vient tenter sa chance en ville, ce qui reste jusqu'à présent la principale réponse face au dénuement des campagnes. A. Gassama revenant sur l'importance de ces chercheuses d'emploi affirme que : « le nombre de domestiques à la recherche d'emploi semble être égal ou supérieur à celui des domestiques en poste et l'accès à l'emploi devient de plus en plus problématique pour les postulantes dont nous pouvons noter le désarroi à travers les techniques de recherche d'emploi ». En tirant les conséquences de cette situation, elle ajoute : « Elles constituent une armée de réserve qui contribue à faire baisser les prix de leurs services déjà peu valorisés à

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cause de leur affectation au rôle féminin16 ». Plusieurs études statistiques ont montré qu'au Sénégal la pauvreté affecte plus les ménages ruraux qu'urbains, et davantage les femmes que les hommes. Par conséquent, l'offre de travail qui ne cesse de croître a entrainé dans son sillage deux phénomènes ; à savoir la dégradation des conditions de travail et la difficulté de trouver du travail.

A. La recherche d'emploi

Le système de placement en famille d'accueil qui rendait la frontière entre les relations marchandes et non marchandes ténues et qui ne cadrait pas forcément avec les attentes des filles à cause du caractère bénévole du travail a perdu du terrain pour laisser la place à une véritable opportunité économique. C'est dire qu'on est passé du modèle familial au modèle marchand. A en croire les résultats du questionnaire17, le système de recommandation d'une tierce personne reste l'une des principales modalités de recrutement avec 21,2% des enquêtées. Nous avons également dans une moindre mesure la rencontre avec une patronne de la même ethnie qui a la magie d'instaurer des relations de confiance mutuelle.

A ces modes de recherche relationnelle viennent s'ajouter d'autres beaucoup volontaires tels que le porte à porte et le regroupement dans certains lieux stratégiques de Dakar dans l'attente d'éventuels employeurs. C'est le cas au rond point Liberté 6, au Point E, à la rue Amadou Assane Ndoye etc.

La première méthode que certaines fustigent car mettant l'employeur en position de force pour le marchandage requiert beaucoup de patience et de persévérance comme l'a affirmé une fille :

« Dés notre arrivée à Dakar, nous nous levons le matin pour aller de porte en porte chercher du travail. Au départ, c'est difficile car les gens ne sont pas accueillants. Quelquefois à peine tu ouvres la bouche pour parler qu'on te claque la porte au nez. Au premier moment je me demandais comment on pouvait trouver du travail dans ces conditions. J'avais honte de continuer.

Le soir après avoir raconté tout ce que j'avais enduré dans la journée, mes copines se mirent à rire. Je croyais qu'elles à leur tour se moquaient de moi. Non c'était pour me dire que cela se

16 Gassama A., Les marchés du travail domestique au Sénégal, INNOVATIONS 2005/2, n° 22, p. 171-184

17 Mbindaan sans mbindou, mars 1994, p.25

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passait comme ça et qu'il fallait insister. Le lendemain, je repris le chemin avec plus de volonté que la veille et une femme me demanda de rentrer dans la maison. Elle me posa des questions sur mes compétences et mon salaire.

Rapidement nous sommes tombés d'accord sur 8 000 FCFA le mois avec un repas le soir car je ne devais pas passer la nuit. Elle me demanda de commencer séance tenante (il était 10h 30 mn). Je lui proposai d'attendre le lendemain pour que je puisse amener ma tenue de travail. Elle me dit alors que dans ce cas je ne voulais pas travailler et que je pouvais laisser tomber.

Consciente du risque de ne pas trouver du travail rapidement, je commençai sans attendre et elle fit sortir le linge de toute la famille qui semblait être accumulé depuis longtemps ; Toute la journée et même le lendemain, je fis le linge. Malgré tout je suis restée avec la dame ».

Le regroupement au niveau des lieux stratégiques répertoriés comporte des avantages aussi bien que des inconvénients. Certes il est plus aisé de rester debout ou assis en attendant le potentiel employeur qu'un besoin urgent presse, ce qui donne le sentiment d'être en position de force, mais là s'arrête la comparaison. En effet, il se pose une question de concurrence sans merci entre les filles qui peuvent se regrouper par grappes de plus de cent guettant l'oiseau rare. Certaines n'hésitent pas à allier les deux méthodes de recherche d'emploi pour maximiser leur chance comme l'a affirmé une des filles rencontrées : « Actuellement, nous qui sommes ici, cherchons toutes du travail. C'est impossible d'en trouver. Nous sommes là depuis quinze jours ; Le matin on passe de maison en maison pour arriver en ville à midi. Ici (le lieu de regroupement) c'est presque pour se reposer. Avant, il paraît que les patrons venaient chercher des domestiques ici, mais maintenant on en trouve partout. On reste presque comme ça jusqu'à 16 heures, après les gens commencent à rentrer. On ne mange pas ; le soir, ce sont nos voisins qui nous aident à manger. Certaines d'entre nous ont été à l'école jusqu'en troisième secondaire. On ne trouve rien et c'est difficile de baisser les bras car les parents restés au village ne peuvent pas se prendre en charge, à plus forte raison nous qui avons également beaucoup de besoins : les effets vestimentaires, le loyer etc. ».

Un article publié dans PressAfrik.com et repris par l'Observateur18 abonde dans le même sens :

« Au rond point Liberté 6, elles sont plus d'une centaine de domestiques. Elles attendent

18 Observateur N° 1580 du Mardi 30 décembre 2008 p. 4

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d'éventuelles clientes ou client en cette fin de mois de décembre. Ndeye Diouf, la vingtaine dépassée est de ce lot. De retour à Dakar depuis une semaine à Dakar, cette native de Khombole (région de Thiés) espère trouver du travail. « J'ai eu à discuter avec des clientes, mais on a pas pu trouver un accord sur la rémunération. Le salaire (35 000 FCFA) que je demande semble trop élevé selon les clientes. Elles me proposent entre 20 000 et 25 000 alors que je dois payer le courtier, ma location et satisfaire mes besoins », argue Ndeye Diouf. Pour ce montant, elle dit ce qu'il est capable d'apporter à son employeur : « Je suis capable de gérer toute seule une maison », explique t- elle.

Le courtier dont parle la jeune fille est un homme d'une quarantaine d'années. Il reçoit les clients ou clientes et discute avec eux, En fonction des besoins exprimés mais aussi des tâches à faire, il met en rapport ce client avec l'une de ses protégées. A coté de celles qui sont au rond point Liberté 6 entrain d'attendre, d'autres préfèrent se déplacer de porte en porte... ».

Le courtier dont il est question dans l'article de presse est une sorte d'intermédiaire ayant une certaine notoriété et aussi une certaine emprise sur ses protégées qu'il met en relation avec les employeurs moyennant une commission. Pour chaque recrutement au niveau du regroupement, l'employeur paie 2 000 FCFA sur le champ plus la commission que l'embauchée donne au courtier dés qu'elle reçoit son premier salaire. Michelle Diallo, la cinquantaine sonnée, que ses protégées appellent affectueusement Tata Michelle refuse de parler dans un premier temps avec un « membre de l'administration » car, dit-elle, elles n'avaient vu personne de ce service lorsqu'elles ont eu un sérieux différend avec la famille du célèbre chanteur Youssou Ndour, qui avait d'ailleurs défrayé la chronique. Il a fallu moult arguments pour qu'elle accepte de délier sa langue : « Notre ainé c'est le vieux Samaké qui officie ici depuis 1974 ; il n'y a jamais de contrat écrit, tout ce que nous réussissons à avoir c'est le numéro de téléphone de l'employeur, son adresse ou l'adresse du chef de quartier, les patrons rechignent à donner une copie de leur carte d'identité. Ainsi nous pouvons faire le suivi post-embauche et la médiation surtout en cas de conflits : salaire non versé, coups et blessures, accusation de vol etc. Il n'est pas rare que l'affaire atterrisse à la police ou à la gendarmerie pour contraindre les employeurs à respecter leur engagement », dit-elle. Elle ajoute d'un air ferme : « Moi, je n'abandonne jamais les filles que je place dans le pétrin, il y'a des choses que je ne tolère pas venant des employeurs ».

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"Il faut répondre au mal par la rectitude, au bien par le bien."   Confucius