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Francis Ponge et Bernard Heidsieck: exemples d'un parti pris du banal en poésie contemporaine

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par Delphine Billard-Kunzelmann
ENS-lsh Lyon - DEA stylistique 2004
  

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Hymne à nouveau aux objets (1955-1973)

Il s'agit dans cette dernière période de souligner leur fonction, de les étudier « en fonction » et donc de bien insister sur cette utilité du banal. Et pour atteindre l'essence des choses il faut faire-valoir leur propriétés.

Ainsi de «  L'Ardoise » texte écrit le 17 novembre 1961, il est dit :

Elle sèche bientôt revient à [sa] condition évidente. D'humide à humble, de pierre ou tablette ou tuile d'attente, terne et dure. Qu'elle le reste. Elle perd ses voyelles et redevient muette. C'est alors qu'elle me touche surtout.75(*)

En octobre 1973, Ponge termine La Table. Or il insiste et conclut d'ailleurs par cette idée que la table est par essence indispensable à l'homme, qu'elle est devenue un besoin. Cet objet mérite ainsi cet éloge tardif, de fin d'oeuvre, mais suffixe par excellence, elle ponctue ainsi l'oeuvre entreprise :

TABle indispensable (j'en dépends, j'en suis dépendant, j'en suis le sujet (comme on est sujet d'un monarque) comme on est l'esclave d'un maître76(*)

Apparaît alors une nouvelle acception du mot « objet » qui prend ses lettres de noblesse de son opposition dénotative avec le mot « sujet » pris dans le sens de « être le sujet de ». Etre un objet devient être un monarque. On pourrait dire que la conclusion de cet éloge « paradoxal » des choses banales provient d'un besoin physique, d'un désir de remodelage en mots. Ponge s'explique à ce propos dans « L'art de la figue » dans un entretien avec Jean Ristat dans lequel il est question du « marqueur » comme relais important pour la « préhension » de l'objet et du coup du texte car « tout commence par la sensation »77(*).

Ce « marqueur » est le bout des doigts d'un point de vue matériel et ce sera l'encre du stylo d'un point de vue formel. Comme un « appendice de mon propre corps ».78(*) Cet éloge du sensible s'inspire de Condillac comme moyen de connaissance. Idem pour connaître la chose mise en mots, il faudra un modelage et remodelage par les mots, d'où les brouillons. D'où un attachement de Ponge à la forme, même si le texte ne prendra pas la forme de la figue, comme le ferait Apollinaire dans ses Calligrammes. Mais la forme des lettres est importante en un « désir de revenir à une espèce de pictogramme ».

* 75 Pages d'atelier 1917-1982, coll. « nrf », Gallimard, 2005, p. 345.

* 76 La Table, OC, t. II, p. 944.

* 77 Ibid., p. 114.

* 78 « L'art de la figue », entretien avec Jean Ristat, Digraphe, n°14, avril 1978, p. 112-113.

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