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Du NOMIC au Sommet Mondial de la Société de l'Information : Le rôle de l'UNESCO dans la réduction de la fracture numérique


par Destiny TCHEHOUALI
Université Stendhal (Grenoble) / Institut de la Communication et des Médias - Master 2 Recherche - Sciences de l'Information et de la Communication 2007
  

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II- Le rapport McBride : « Voix multiples, un seul monde »

« D'où provient massivement l'information ? Qui la produit ? Qui la diffuse ? Les flux Nord-Sud n'écrasent-ils pas les cultures sous-développées, balayant les identités locales ou nationales au profit d'une prise de contrôle du signe par une poignée de puissances disposant des techniques et des moyens financiers ? » Telles sont selon J. Decornoy les questions auxquelles avait tenté de répondre la communauté internationale à travers le rapport Sean McBride, rapport intérimaire sur les problèmes de la communication dans la société moderne. Ce rapport a été finalement adopté à Belgrade le 25 Octobre 1980.

Notre but ici n'est évidemment pas de revenir sur le contenu détaillé des quatre-vingts recommandations de ce rapport. Ce serait comme le dirait Armand Mattelart « faire une exégèse de plus du rapport McBride en tombant dans le panneau que dénoncent les historiens : les manies de la commémoration ». En effet, les trois dernières décennies nous laissent constater que les technologies ont sensiblement évolué et leur diffusion s'est un peu accélérée quoique le bilan reste mitigé d'un pays à l'autre, et en considérant parfois un même hémisphère géographique (Nord-Sud). Nonobstant l'inconstance géographique du nouvel ordre économique qui selon certains déterminerait l'ordre mondial de l'information et de la communication, il ne serait pas superflu d'analyser les directions principales qui ont orienté le rapport McBride afin de comprendre aujourd'hui si ce rapport était voué à l'échec à travers la nature de ses ambitions peut être trop idéalistes et ayant fait du NOMIC un projet mort-né.

A un premier niveau d'analyse, nous nous arrêtons sur le constat que ce rapport publié sous le titre « voix multiples un seul monde », a résumé les différents concepts de la théorie de l'information, qui s'avère encore aujourd'hui d'actualité. En effet les rapporteurs, nous semble-t-il, se sont inspirés du modèle psychosociologique d'Harold Lasswell à qui l'on doit le découpage, avec précision, des différents éléments constitutifs de l'information. Selon ce théoricien, on ne peut décrire « convenablement une action de communication » que si l'on répond aux questions suivantes: qui dit quoi, par quel canal, à qui, et avec quel effet ?

La description des émetteurs, l'analyse du contenu des messages, l'étude des canaux de transmission, l'identification des audiences et l'évaluation des effets : tels sont les principaux pôles autours desquels, doivent s'ordonner les études en communication. Et ces principaux pôles de recherche sont identiques aux questionnements de la communauté internationale tels que nous les avions formulés au début de cette section : « D'où provient massivement l'information ? Qui la produit ? Qui la diffuse ?... ».

Cependant, il existe une autre approche inspirée des sciences politiques : C'est l'approche « institutionnelle » sur laquelle Francis Balle établit un postulat en forme de double inégalité (document CIC n°40/1979). La communication, c'est plus que les seules techniques baptisées médias, mais c'est moins que la totalité des échanges sociaux. Cette double inégalité invite d'une part le chercheur à mettre en lumière les multiples relations d'influences, de complémentarités, d'exclusions, ou de substitutions réciproques entre les différents modes de l'échange social. D'autre part, elle attire l'attention du chercheur sur les différents modes de la communication sociale; la communication interpersonnelle, la communication institutionnelle (entre les organisations, entre les gouvernants et les gouvernés, etc.) et la communication par les médias. Cette approche était sans doute la plus voisine de «l'approche globale», adoptée par les auteurs du rapport de l'UNESCO précité, puisqu'elle a été leur cadre de référence en traitant le concept du Nouvel Ordre Mondial de l'Information.

Le contenu même du rapport McBride met d'abord l'accent sur : « l'élaboration de politiques nationales de la communication » incluant pour les pays en développement des stratégies de développement de la radiodiffusion, des capacités de production des programmes, des télécommunications et réseaux de téléphone, sans oublier le développement d'agences de presses nationales, et la production nationale de livres.

Ensuite, les membres de la commission McBride ont fait ressortir les implications sociales de la communication et les tâches nouvelles à assigner aux médias en tenant compte des mécanismes nationaux d'intégration et de réappropriation des TIC dans les secteurs les plus défavorisés et ceci sans tomber dans le piège de l'acculturation. («Préservation de l'identité culturelle en éliminant les situations de dépendance mais en favorisant en même temps l'établissement de relations avec d'autres cultures...»).

Enfin, les normes devant réguler les pratiques de collecte de nouvelles et d'opinion n'ont pas été omises par la Commission qui a insisté sur les mesures à prendre par chaque pays afin de gérer ses correspondants étrangers.

Le rapport « Voix multiples, un seul monde » fait sauter des verrous mais les nombreuses controverses et interprétations ayant résulté de sa compréhension par les différentes forces en présence ont rendu les négociations difficiles au point où l'Assemblée générale de l'UNESCO réunie à Belgrade en 1980 n'a pas pu approuver le rapport, et s'est contentée d'en prendre acte. En réalité, la revendication du NOMIC signifiait entre autres une élimination des déséquilibres et inégalités en communication, une élimination des effets négatifs des monopoles publics ou privés excessifs, la suppression des obstacles internes et externes qui s'opposent à une circulation libre et une diffusion plus large et mieux équilibrée de l'information.

Malheureusement au carrefour des thèses défendues, on note de nombreuses contradictions entre les socialistes (soutenant la décolonisation complète de l'information), les occidentaux (dénonçant l'hypocrisie de la démocratisation vue comme une libération par rapport aux puissances étrangères), et les modérés (soucieux de la sauvegarde de leur indépendance culturelle). Le rapport McBride ne fait donc pas l'unanimité et l'UNESCO dans une posture de juge et arbitre n'est pas arrivé à dépasser les controverses pour rééquilibrer le débat autour d'un consensus qui arrangerait tout le monde.

Malgré son caractère universel, global et multidimensionnel basé aussi bien sur la dimension sociale que le développement de la communication au nom du principe de la liberté de l'information, le rapport McBride a fini par accoucher d'un NOMIC mort-né et l'UNESCO impuissant sombra dans un coma aussi bien structurel qu'administratif et financier.

C'était pourtant prévisible et cet échec était certainement inévitable dans la mesure où ceux à qui profitaient le système de circulation unilatérale de l'information (en occurrence les Etats-Unis) contrôlaient bien le phénomène qui était organisé en faveur du centre du système depuis très longtemps. La grande puissance ne saurait concevoir, de renoncer à sa suprématie et de céder aux organisations internationales la promotion à une échelle mondiale de ce secteur stratégique. Dans son ouvrage « The Amazing Race » paru à New York à la fin de l'année 1983, William Davidson n'a d'ailleurs pas hésité à affirmer, que les Etats-Unis d'Amérique avaient décidé de quitter l'UNESCO précisément parce qu'elle favorise l'instauration du NOMIC. Le retour des Etats-Unis ne confirmerait-il pas alors l'hypothèse selon laquelle l'UNESCO aurait été contraint de revoir ses politiques de développement de la communication dans un sens qui favorise à nouveau les intérêts des Etats-Unis et ceci après avoir subi des pressions et des restrictions budgétaires des bailleurs de fonds américains? Il est en tout cas certain qu'avec l'échec de l'instauration du NOMIC, les rapports Nord-Sud vont d'abord se crisper, puis retrouveront de nouveaux centres d'intérêts grâce aux enjeux économiques suscités par les prouesses techniques irréfrénables des années 80-90 (émergence des débats sur les TIC).

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