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Du NOMIC au Sommet Mondial de la Société de l'Information : Le rôle de l'UNESCO dans la réduction de la fracture numérique

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par Destiny TCHEHOUALI
Université Stendhal (Grenoble) / Institut de la Communication et des Médias - Master 2 Recherche - Sciences de l'Information et de la Communication 2007
  

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Chapitre 2 : La facture des fractures

I- Fracture numérique et sous-développement en Afrique

La problématique des inégalités, notamment entre pays du nord et pays du sud, est revenue sur le devant de la scène avec l'organisation du SMSI. Toutefois, le contexte a bien changé et n'est plus le même que celui des années 80 que nous avons analysé dans le chapitre précédent. De la chute du mur de Berlin au nouvel ordre mondial prôné par la Maison Blanche, en passant par le développement d'un nouveau capitalisme financier et par la croissance de l'internet auprès d'une vaste population dans les pays les plus riches, le développement de la société de l'information n'arrive pas à être évoqué sans la notion de la fracture numérique telle la bonne senteur d'une rose et la douleur provoquée au toucher par ses épines. Car en effet, les discours sur la société de l'information sont mirobolants et insistent sur le développement de cette société en tant que panacée aux problèmes de sous- développement des pays africains à un point où nous ne pouvons plus nous empêcher de nous demander : Quels liens pourrait-on véritablement établir entre développement et fracture numérique ?

Nous tenterons de répondre à cette interrogation en décortiquant le concept d'imaginaire social de la technique, lequel concept renforce les discours favorables à l'installation des TIC en Afrique. Et dans un second temps, il s'agira pour nous de confronter ces belles promesses et théories de développement basées sur les TIC par rapport au vécu même de la fracture en Afrique.

26 Pour Bertrand Cabedoche, « Le concept d'interdépendance inégale avait fini par concurrencer celui de dépendance, trop systématiquement associé à l'externalité et à la domination. Celle-ci existait, mais les minorités n'étaient dépourvues de capacité à révéler leurs particularités et leurs résistances à certains moments. » Cabedoche Bertrand, « Confondre les Représentations stéréotypés de l'Afrique dans les médias

transnationaux ? Une démarche épistémologiquement problématique », Colloque «Globalisation, Communication et Cultures», Centre des Nations Unies. Intervention au sein de la délégation des Nations-Unies à Brazzaville, le 17 Avril 2007. p.4.

A- Fracture numérique et Développement: Quels liens ?

La volonté affichée par les pays non-alignés de mettre en place des systèmes d'information capables de participer à l'édification nationale au lendemain des indépendances a été vite étouffée car ces pays manquaient de ressources matérielles et de personnes qualifiées pour utiliser les nouveaux moyens d'information à de véritables fins de développement socio-économique. On voit bien donc que l'association de la technologie au développement n'est pas un phénomène récent dans la mesure où chaque innovation technologique, liée au secteur de l'information et de la communication était présentée depuis les années 60 comme une solution pour que les pays pauvres amorcent le développement. Selon Yvonne Mignot-Lefebvre : « la décolonisation ouvrait pour beaucoup de pays nouvellement indépendants, la perspective d'un développement autonome. Mais des objectifs prioritaires s'imposèrent quel que fut le choix idéologique : décoller économiquement afin de rattraper le plus vite possible les pays riches. La croyance occidentale selon laquelle la technologie permet de résoudre bon nombre de problèmes et de brûler les étapes était alors bien partagée. Les télévisions éducatives sont une illustration caractéristique de cette croyance car elles se situaient dans un secteur résolument de pointe, celui de l'information et de la communication et s'appliquaient au champ de l'éducation de base qui était la préoccupation première des responsables de cette période. Celles-ci furent l'objet, au moins en leur début, d'un engouement extraordinaire de la part tout à la fois des promoteurs, des financiers et des bénéficiaires.» 27

Les bénéficiaires au rang desquels on compte les pays africains sont justement restés pendant longtemps des récepteurs passifs rêvant à un développement miraculeux fondé sur l'imaginaire social des mythes de la technique. Lewis Munford28 affirmait à juste titre : « Mettre en mouvement les grandes masses, les arracher de la vie normale, les projeter de l'histoire immobile vers une histoire accélérée ne peut s'effectuer sans la production de grands rêves sociaux mobilisateurs et des symboles qui les incarnent, (...) ni les idées, ni les rêves ne font les révolutions mais, comment pourraient-elles se faire sans les rêves qu'elles secrètent.» Patrice Flichy confirme également que l'imaginaire social permet à une société de construire une identité à travers l'expression de ses attentes par rapport au futur et une société sans imaginaire serait une société morte.

27 MIGNOT-LEFEBVRE Yvonne, « Technologies de communication et d'information. Une nouvelle donne internationale ? », dans Revue Tiers Monde, t. XXXV, n°138, avril-juin 1994, p.248.

28 MUNFORD Lewis, Du mythe de la machine, t. II, Fayard, Paris, 1974, p. 265-309, in, Patrice Flichy, L'innovation technique : récents développements en sciences sociales. Vers une théorie de l'innovation, La Découverte, Paris, 2003, p. 188.

C'est de cet imaginaire social que se nourrissent les pays du Sud et notamment les pays africains ainsi que leurs dirigeants qui sont très ouverts et favorables à tous les discours d'installation et de promotion des TIC en Afrique puisque comme le rappelle Annie Chéneau-Loquay 29 , les réseaux de communications corrects et la connectivité à Internet sont souvent proclamés par les grands organismes de l'ONU, ou de coopération régionale comme des leviers indispensables au développement de l'Afrique. L'UNESCO aussi défend cette vision selon laquelle les TIC symbolisent une nouvelle civilisation basée sur l'information et le savoir en même temps qu'une nouvelle phase de développement économique, social et culturel. Erkki Liikanen, Commissaire européen chargé des Entreprises et de la Société de l'information, insiste à son tour sur la nécessité de ne pas isoler les TIC et de plutôt « les intégrer à une politique globale de développement et au dialogue stratégique avec les pays bénéficiaires. Telle est en effet la seule manière de profiter des avantages qu'offrent les nouvelles technologies dans tous les domaines de la vie en société. »

Dans un article sur « Les modèles d'intégration des pays du Sud dans la « société de l'information : entre assistanat, insertion et intégration», Alain Kiyindou précise que : « la tendance consiste à faire croire que les nouvelles technologies sont obligatoires pour le développement, que grâce à elles, le retard accumulé pourrait être rattrapé et tous les manques comblés. Le rapport du PNUD sur le développement humain, la déclaration de principes du SMSI, le rapport e-inclusion de la Commission de la Communauté Européenne en sont des exemples frappants. On retrouve dans la plupart de ces discours, l'argument du leapfrogging en ce sens que la diffusion des NTIC permettrait d'accélérer le processus de développement des pays « en retard » et comblerait ainsi la fracture du développement.»

De nombreux projets de coopération technique dirigés par des organismes internationaux ont ainsi vu le jour et visaient à favoriser le développement économique des pays du Sud à travers l'introduction et la diffusion sur leurs territoires de technologies qui étaient considérées comme «nouvelles» à l'époque. C'est justement dans ce contexte de la forte influence exercée par le paradigme de la modernisation sur les théories de développement de ces années qu'il faut mesurer l'importance acquise par les technologies de la communication par rapport aux pratiques de coopération et de solidarité internationale.

29 CHENEAU-LOQUAY Annie (Coord.), Quelle insertion de l'Afrique dans les réseaux mondiaux ? Une approche géographique, in, Enjeux des technologies de la communication en Afrique : du téléphone à Internet, Paris, Karthala, 2000, pp. 23-61, p.42-43.

Le processus de développement par étapes (du simple au complexe, du traditionnel au moderne), tel qu'il est démontré par Armand Mattelart, place la communication et ses technologies en avant-poste dans la théorie de la modernisation. Ceci se justifie d'abord par l'importance de l'amélioration des infrastructures de télécommunication d'une nation dans le processus de développement de son système d'échanges commerciaux. Ensuite, il faut reconnaître que les moyens de communication sont perçus comme des agents de développement dans la perspective évolutionniste d'un passage linéaire de la société traditionnelle à la société moderne. Ils sont assimilés à des producteurs de comportements modernes susceptibles de remplacer les habitudes productives et de consommations liées à la tradition. C'est sans doute pour cette raison que la thèse modernisatrice s'accompagne de la théorie diffusionniste de l'innovation technologique.

Mais ces théories qui servent parfois de pilier idéologique aux stratégies adoptées par les institutions internationales pour éradiquer au nom de la solidarité la misère et le sous- développement des pays africains, constituent une vision déterministe et peut-être trop idéaliste de la fracture numérique. Continuer à croire aujourd'hui que grâce aux TIC, on pourrait « brûler les étapes du développement », et lutter plus efficacement contre la pauvreté est une utopie techniciste de plus. Aux peuples sous-équipés du Sud, on fait miroiter l'ordinateur pour tous, outil miracle pour passer du sous-développement au développement, sans même se préoccuper de l'adéquation entre technologie et contexte d'utilisation. D'où la question qui est souvent posée par les chercheurs en SIC et qui révèle une certaine illusion de la relation de cause à effet : « Sont-ce les ordinateurs qui créent la richesse ou est-ce la richesse qui permet de s'équiper en ordinateurs ?». On ne saurait, en effet, apporter une réponse rapide et tranchée à cette question sans tomber dans un déterminisme technologique teinté de subjectivisme car la question en elle-même sous-entend un rapport direct entre l'accès à la technologie et les possibilités de développement. Or quand la notion de « fracture numérique » est couplée avec le déterminisme technique, elle apparaît plus comme un concept idéologique ou politique que scientifique. Mais puisque notre démarche s'inscrit dans un cadre scientifique, nous dirons que cette question pose la complexité de la fracture numérique face à la relation qui peut exister entre l'incorporation des TIC dans les dynamiques sociales et la transformation sociale qu'elle implique. L'objectivité à laquelle nous prétendons ne saurait être remise en cause si nous concédons à Kemly Camacho que la fracture numérique résulte des fractures sociales produites par les inégalités sur les plans économique, politique, social, culturel, entre les hommes et les femmes, les générations, les zones géographiques, etc.

Cependant, à en croire Pierre Jalee30 « C'est le caractère asymétrique, des relations d'interdépendance entre le centre et la périphérie qui garantit la pérennité du capitalisme, en même temps qu'il entraîne le développement du sous-développement ». Mattelart Armand et Erik Neveu constateront eux aussi que « La mondialisation des économies constitue un processus de domination qui continue à se produire ».

C'est donc à bon droit que l'on peut s'inquiéter de l'envahissement de la « société de l'information » par les acteurs privés et les multinationales qui la métamorphosent en un centre commercial international ou en argument de vente pour ordinateurs familiaux, réduisant ainsi les pays dits arriérés à un marché de plus à conquérir. De plus, c'est un excellent marketing pour les grandes entreprises des télécommunications et de production et commercialisation de matériel informatique que de réduire la fracture numérique à la simple fracture technologique. Et c'est ce qui ressort souvent des discours de l'UNESCO qui considèrent le développement des infrastructures comme le principal moyen de remédier à cette fracture technologique. L'observation des réalités du terrain par le vécu de la fracture met d'ailleurs vite en exergue le caractère stérile de ces discours.

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