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Du NOMIC au Sommet Mondial de la Société de l'Information : Le rôle de l'UNESCO dans la réduction de la fracture numérique


par Destiny TCHEHOUALI
Université Stendhal (Grenoble) / Institut de la Communication et des Médias - Master 2 Recherche - Sciences de l'Information et de la Communication 2007
  

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B- Le vécu de la fracture en Afrique

Afin de bien appréhender les réalités de la fracture numérique en Afrique, une définition préalable du concept même de la fracture numérique s'impose. Pour ce faire, nous nous référons à la définition donnée par Elie Michel : « D'une manière générale, le fossé numérique peut être défini comme une inégalité face aux possibilités d'accéder et de contribuer à l'information, à la connaissance et aux réseaux, ainsi que de bénéficier des capacités majeures de développement offertes par les TIC. Ces éléments sont quelques-uns des plus visibles du fossé numérique, qui se traduit en réalité par une combinaison de facteurs socio-économiques plus vastes, en particulier l'insuffisance des infrastructures, le coût élevé de l'accès, le manque de création locale de contenus et la capacité inégale de tirer parti, aux niveaux économiques et sociaux, d'activités à forte intensité d'information. »31

30 JALEE Pierre, Le pillage du Tiers Monde, Maspero, 1975.

31 MICHEL Elie, « Le fossé numérique. L 'Internet, facteur de nouvelles inégalités ? », in Problèmes politiques

et sociaux, la Documentation française, n°861, août 2001, p.32.

D'après cette définition, la fracture numérique ne représenterait donc qu'une toute petite partie de l'ensemble des inégalités de développement. Ces inégalités caractéristiques du "mal développement" des pays africains se mesurent par l'usage et l'accès aux TIC comme les téléphones portables, l'ordinateur ou le réseau Internet. Si l'on considère avec Manuel Castells32 que l'une des conditions nécessaires à l'intégration des Technologies de l'Information et de la Communication c'est l'équité, c'est-à-dire le fait de donner les mêmes chances aux populations rurales et urbaines, aux alphabètes et aux analphabètes, aux femmes et aux hommes, aux populations du Sud et du Nord..., « on est appelé, tout en s'intéressant à la réduction de la fracture numérique, à mener en parallèle une réflexion sur les causes de ces inégalités qui, de l'avis de nombreux experts, dépassent le cadre strictement technologique. » Ainsi critique-t-on le concept de «fracture numérique» en questionnant le discours dominant qui fait des technologies l'unique instrument du bien-être collectif de demain. Le rapport mondial sur le développement humain de 2002 souligne par exemple que malgré la diffusion des TIC en Afrique depuis une décennie, le revenu des 5% de personnes les plus riches au monde reste 114 fois supérieur à celui des 5 % les plus pauvres. Ce rapport ajoute qu'au cours des années 90, le nombre de personnes vivant dans l'extrême pauvreté en Afrique subsaharienne est passé de 242 à 300 millions confirmant ainsi que la part du commerce extérieur dans le PNB de ces pays n'a cessé de diminuer et reste même largement inférieur à son niveau d'il y a 20 ans. Une régression qui s'accompagne logiquement de la baisse de l'espérance de vie sur un continent dont la population rurale est toujours en recherche d'eau potable, d'électricité et n'a pas fini de relever le défi de l'alphabétisation et de l'éducation.

James Steinberg, de la Brookings Institution de Washington, n'aurait-il donc pas raison quand il pense que l'efficacité des TIC comme levier de développement dépend des facteurs qui se trouvent très souvent «en amont», comme les «ressources cognitives» et le degré d'alphabétisation. Et sa pensée est renchérie par celle du commissaire européen chargé des entreprises et de la société de l'information, Erkki Liikanen : «L'accès aux TIC, notait-il, est tributaire de la nature de l'infrastructure d'information et de communication, de l'état de développement des systèmes économiques et juridiques et des capacités éducatives et formatives.»33

32 CASTELLS Manuel, La galaxie Internet, Fayard, 2001.

33 «TIC et développement : combler la fracture numérique», Le Courrier ACP-UE, mai-juin 2002, p.37.

Ce serait aller trop vite en besogne que de conclure à partir de ces constats et analyses que les TIC ne servent qu'à creuser le fossé des clivages socio-territoriaux en donnant plus d'envergure à l'aspect horizontal de la fracture (entre régions d'un même pays, ou entre différents pays sur le même continent africain). Néanmoins, nous pouvons nous permettre d'affirmer sur la base de ces réalités sociales, ou du moins sur la base de ces réalités statistiques, que ces technologies ne sont ni une réelle priorité, ni comme le prétendraient les discours tenus par les organisations internationales le facteur principal d'amélioration du bien être humain. Encore faudrait-il vérifier si ces réalités statistiques traduisent réellement le vécu de la fracture numérique. C'est une autre manière de se poser la question de savoir si la fracture statistique34 reflète réellement la fracture numérique ou si elle n'est pas plutôt inscrite dans une tendance technicienne et marchande. Cette dernière hypothèse apparaît plus plausible puisque les mesures standardisées du progrès vers la société de l'information par des indices statistiques quantitatifs élaborés par les grandes organisations internationales du néolibéralisme se concentrent sur des indications sur l'infrastructure (« l'Indice d'accès numérique ou IAN » de l'UIT et le «network readiness of economies» de la Banque mondiale). Ces indications légitiment la volonté de certaines multinationales à équiper la planète en matériel informatique et en outils de télécommunication. Or, une autre réalité que nous ne devons pas perdre de face est bien celle de la rapide obsolescence des TIC qui place les pays du Sud dans une perspective de course sans fin, toujours en retard. Même si leur connectivité s'améliore dans l'absolu, l'écart technologique perdure.

En définitive, « la techno-utopie d'une modernité dépourvue d'un projet de société a balayé le rêve émancipateur d'un projet de modernité fondé sur le désir d'en finir avec les inégalités et les injustices. Les maîtres du monde incitent d'ailleurs ouvertement à croire que cet idéal est révolu. En lieu et place d'un véritable projet social, le déterminisme technomarchand qui institue la communication sans fin en héritière du progrès sans fin. La performance des systèmes de transmission numérique s'est trouvée propulsée en paramètre de l'évolution de la grande famille humaine vers l'ultime phase de son histoire. Le marché comme la technique se muent en forces de la nature. Telle est en tout cas la représentation dominante des TIC au seuil du troisième millénaire » 35. Et cette représentation se traduit bien dans les réflexions ressortant des deux phases du SMSI de Genève (2003) et de Tunis (2005).

34 Dr KSIBI Ahmed, De la fracture numérique en Afrique à la fracture statistique, 71th IFLA General Conference and Council, Du 14 au 18 Août 2005, Oslo, Norvège.

35 MATTELART Armand, Vers quel nouvel ordre mondial de l'information ?, p.273, in L'idiot du village mondial Michel Sauquet (sous la dir.), Editions Charles Léopold Mayer, 2004.

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