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Du NOMIC au Sommet Mondial de la Société de l'Information : Le rôle de l'UNESCO dans la réduction de la fracture numérique


par Destiny TCHEHOUALI
Université Stendhal (Grenoble) / Institut de la Communication et des Médias - Master 2 Recherche - Sciences de l'Information et de la Communication 2007
  

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A- Déclaration de principes et plan d'action de Genève

La première phase du SMSI s'est tenue à Genève du 10 au 12 décembre et a eu pour but d'adopter une déclaration de principes et un plan d'action. Nous n'avons nullement l'intention de reprendre ici tous les principes de base énoncés à Genève et sur lesquels repose la construction de la société de l'information. Notre démarche consistera plutôt à faire une analyse de discours en nous attardant particulièrement sur quelques principes qui, malgré leur prétendu caractère d'universalité, pourraient en réalité faire plus d'exclus que d'inclus dans ladite société de l'information. Pour planter le décor, le premier principe s'énonce en tant qu'une conception commune de la société de l'information : « Nous, représentants des peuples du monde, réunis à Genève du 10 au 12 décembre 2003 pour la première phase du Sommet mondial sur la société de l'information, proclamons notre volonté et notre détermination communes d'édifier une société de l'information à dimension humaine, inclusive et privilégiant le développement, une société de l'information, dans laquelle chacun ait la possibilité de créer, d'obtenir, d'utiliser et de partager l'information et le savoir et dans laquelle les individus, les communautés et les peuples puissent ainsi mettre en oeuvre toutes leurs potentialités en favorisant leur développement durable et en améliorant leur qualité de vie, conformément aux buts et aux principes de la Charte des Nations Unies ainsi qu'en respectant pleinement et en mettant en oeuvre la Déclaration universelle des droits de l'homme. » Des représentants des peuples du monde qui proclament subitement leur volonté commune d'édifier une société de l'information : n'est-ce pas là le retour vers une pensée holiste confondant l'humanité à la société des « Nous » ? L'enjeu « consiste pour nous à tirer parti des possibilités qu'offrent les technologies de l'information et de la communication (TIC) en faveur des objectifs de développement énoncés dans la Déclaration du Millénaire, à savoir éliminer l'extrême pauvreté et la faim, dispenser à tous un enseignement primaire , favoriser l'égalité entre hommes et femmes et rendre les femmes autonomes, lutter contre la mortalité infantile, améliorer la santé des mères, lutter contre le VIH/sida, le paludisme et d'autres maladies, assurer un environnement durable et élaborer des partenariats mondiaux pour parvenir à un développement propice à l'instauration d'un monde plus pacifique, plus juste et plus prospère. (...) ». Il importe de savoir à ce niveau-ci à qui renvoie le pronom « nous » utilisé au début de la déclaration (« l'enjeu consiste pour nous ...»).

Qui doit tirer parti des possibilités qu'offrent les TIC ? La logique sociale et le contexte de la coopération internationale dans lequel cette déclaration a été faite voudraient que ce soit les pays africains et de façon générale les pays pauvres endettés, analphabètes...

Mais dans le schéma de la politique économique globale, c'est d'abord les autoproclamés « maîtres du monde », les grandes multinationales et entreprises privées américaines de fabrication d'équipements informatiques et de télécommunications qui sont les premiers véritables profiteurs de cette situation. Le malheur des dominés pouvant faire le bonheur des dominants, il apparaît qu'aussi longtemps que les pays du Sud resteraient dans leur état de nécessiteux envers les TIC pour amorcer le développement, autant perdureront ces discours fortement imprégnés de déterminisme technologique et dont les intérêts mercantiles sont camouflés par l'intention affichée et la compassion sur-médiatisée d'aide ou de coopération : « Nous sommes résolus à donner aux pauvres, tout particulièrement à ceux qui vivent dans des zones isolées ou rurales et dans des zones urbaines marginalisées, les moyens de devenir autonomes, d'accéder à l'information et d'utiliser les TIC comme outil dans les efforts qu'ils déploient pour s'arracher à la pauvreté. » C'est comme si à la face du monde, on mettait en scène des victimes qu'on vient sauver d'une incendie alors que les auteurs de cette incendie ne sont rien d'autre que les pompiers37 jouant aux sauveurs et profitant les premiers de la situation. Ils en profitent les premiers non pas parce qu'ils ont droit à des honneurs et des médailles après leur acte de bravoure et de sauvetage, mais surtout parce qu'ils en tirent des primes et des avantages financiers importants pendant que les rescapés (ignorants et « idiots du village planétaire ») se contentent de la satisfaction illusoire d'avoir été sauvés. Il va sans dire que les pompiers ici sont les Etats-Unis et leurs vassaux tandis que les victimes sont concentrées dans les 2/3 restants de la population mondiale. Les TIC représentent dans cette métaphore l'eau abondamment déversée pour éteindre le feu, qui, symbolise quant à lui le sous-développement et la misère.

Un autre principe atténue cette vision idéalisée des TIC et de la société « salvatrice » de l'information telle que décrite dans le principe précédent : « Nous sommes conscients que les TIC devraient être considérées comme un moyen et non comme une fin en soi. » Puis il est précisé un peu plus loin que « Dans des conditions favorables, elles peuvent être un puissant outil, accroissant la productivité, stimulant la croissance économique, favorisant la création d'emplois et l'employabilité et améliorant la qualité de vie de tous. ». Préalablement donc à la diffusion et l'intégration des TIC comme outils de développement dans un pays, il faudrait des « conditions favorables » qui à notre avis se rapportent à la paix, la stabilité politique, la démocratie et la bonne gouvernance dans un pays.

37 Nous tenons à souligner ici que le métier de pompier est un très noble métier que nous admirons et à l'égard duquel nous avons un immense respect. L'allusion qui y est faite dans notre métaphore ne devrait donc en aucun cas être interprétée comme un éventuel dénigrement ou mépris de la profession. Elle reste en effet un simple rapprochement de faits.

Nous en concluons que contrairement à ce qui est communément admis, les TIC ne sont pas des facteurs directs de développement d'un pays, mais bien plutôt des éléments de modernisation qui peuvent être très efficaces pour l'essor économique d'un pays si celui-ci réunit des conditions favorables au développement humain et social et bénéficie d'un bon vent de relations régionales et internationales. Référence est justement faite dans la déclaration de principes à l'importance de créer un «environnement propice». « Il est indispensable que les efforts nationaux de développement en matière de TIC soient étayés par un environnement international dynamique et propice, favorable aux investissements étrangers directs, au transfert de technologies et à la coopération internationale, particulièrement en ce qui concerne les finances, l'endettement et le commerce, ainsi que par une participation pleine et entière des pays en développement aux décisions qui sont prises au plan mondial. Améliorer la connectivité et la rendre financièrement accessible à l'échelle mondiale contribuerait pour beaucoup à accroître l'efficacité de ces efforts de développement...Le meilleur moyen de favoriser un développement durable dans la société de l'information est d'intégrer pleinement les efforts et les programmes en matière de TIC aux stratégies de développement nationales et régionales. Nous nous félicitons du Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD)38 et nous encourageons la communauté internationale à soutenir les mesures liées aux TIC prises dans le cadre de cette initiative ainsi que celles qui relèvent d'efforts analogues déployés dans d'autres régions. La répartition des fruits de la croissance alimentée par les TIC contribue à l'éradication de la pauvreté et au développement durable. »

En outre, la déclaration de principes de Genève a bien mis l'accent et ceci est peut-être un acquis positif sur « la capacité de chacun d'accéder à l'information, aux idées et au savoir et d'y contribuer». Ceci passe forcément par le renforcement des capacités avec des mots clés tels que : alphabétisation, enseignement primaire universel, formation permanente et formation des adultes, reconversion, apprentissage à distance, sans oublier les capacités nationales en matière de recherche-développement dans le secteur des TIC....

38 Le NEPAD résulte d'une fusion entre le plan OMEGA Sénégalais, sa composante économique dont l'objectif est de combler le retard qui sépare l'Afrique des pays développés et le MAP, Millenium African Plan, élaboré par les Présidents MBeki d'Afrique du Sud, Obasanjo du Nigeria, Bouteflika d'Algérie, et Moubarak de l'Egypte. Les deux plans ont été fusionnés en un seul qui a été adopté par le Sommet de Lusaka en 2001 pour devenir la vision de l'Afrique et sa stratégie pour accéder au niveau mondial par la mobilisation des ressources intérieures et extérieures, en partenariat avec le monde développé. Les TIC sont l'un un des secteurs super prioritaire du NEPAD.

Tous ces principes fondamentaux de l'édification d'une société de l'information inclusive ont été formulés autour des résolutions de respect de la diversité culturelle, de reconnaissance du rôle des médias, et de prise en compte des dimensions éthiques de ladite société. Ils trouvent leur traduction dans un plan d'action rédigé sous la forme de mesures concrètes, le but étant d'atteindre progressivement les objectifs de développement arrêtés à l'échelle internationale, notamment dans la Déclaration du Millénaire, dans le Consensus de Monterrey et dans la Déclaration et le Plan de mise en oeuvre de Johannesburg. Reste maintenant à savoir si les gouvernements et toutes les autres parties prenantes pourront réaliser ces objectifs en coopérant et en travaillant de manière solidaire malgré les conflits d'intérêts qui sont volontairement occultés dans les débats pour donner l'impression que le « Sommet des Solutions » tiendra toutes ses promesses. En effet, la seconde phase du SMSI sera l'occasion d'évaluer les premiers progrès qui auront été réalisés dans la réduction de la fracture numérique.

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