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Du NOMIC au Sommet Mondial de la Société de l'Information : Le rôle de l'UNESCO dans la réduction de la fracture numérique


par Destiny TCHEHOUALI
Université Stendhal (Grenoble) / Institut de la Communication et des Médias - Master 2 Recherche - Sciences de l'Information et de la Communication 2007
  

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II- Les limites de l'UNESCO dans sa lutte contre la fracture numérique

L'UNESCO situe la lutte pour l'accès universel au cyberespace dans le cadre d'une « info-éthique » respectant la diversité culturelle et linguistique, garant du dialogue entre les cultures, sans lequel le « processus de la globalisation économique serait culturellement appauvrissant, inéquitable et injuste ». Ces politiques de lutte contre la fracture numérique comportent quant à elles généralement deux volets : d'une part, l'aide à la diffusion de l'ordinateur ; d'autre part, la formation des adultes dans le cadre de centres d'accès publics tels que les bibliothèques, les médiathèques, les associations... Nous revenons ici sur l'exemple des centre multimédias communautaires. Il s'agit en effet de centres locaux où sont

57 GODELUCK Solveig, La Géopolitique d'Internet, Paris, La Découverte, 2002, 247 p.

mises à la disposition du public des technologies de l'information et de communication. Le terme «communautaire» se réfère à la fois à la propriété de la communauté et à l'accès de la communauté au centre multimédia. Aujourd'hui, on parle de plus en plus de télécentres communautaires polyvalents (TCP), qui sont des structures offrant une gamme des services dans différents domaines (éducation/formation aux affaires, de la santé au gouvernement local). Une étude récente pour la Banque mondiale, sur les politiques concernant les télécommunications, remet tout de même en cause la rentabilité de ces télécentres dont le fonctionnement est financé par des bailleurs de fonds externes. Les télécentres, selon l'étude, ne peuvent pas être rentables car ils sont conçus davantage en fonction d'une vision des bailleurs de fonds qu'en fonction de ce que les communautés sont réellement capables d'assumer. D'ailleurs le premier problème et l'un des plus cruciaux qui se posent au niveau de ces télécentres et face auxquels l'UNESCO reste indifférent pour des raisons d'insuffisance budgétaire est bien le défaut de maintenance. C'est un problème essentiellement lié au vieillissement du matériel qui est accéléré compte tenu des dures conditions climatiques. Etant donné le coût élevé de l'électricité, rares son en effet les télécentres qui sont climatisés. Ou soit, même quand le budget des factures électriques est alloué par les organisations internationales, les gérants desdits télécentres détournent ces ressources financières et se sentiraient contraints de couper la climatisation pour ne pas avoir à pays de leurs propres poches les factures élevées. On ajoute à ces problèmes de conditionnement des appareils et des technologies, celui du manque de personnel qualifié pour assurer la maintenance informatique même des ordinateurs et fichiers dans le cas des télécentres.

Mais l'UNESCO essaie surtout dans ces actions d'intégrer toutes les dimensions socioculturelles afin de contribuer à la réduction de la fracture numérique en plaçant la personne humaine au centre des objectifs de développement. C'est d'ailleurs l'importante contribution de l'institution à la préparation du SMSI qui se résume dans les quatre points suivants :

- s'accorder sur les principes communs qui doivent régir la construction des sociétés du savoir ;

- accroître les possibilités d'apprendre en donnant accès à des contenus et systèmes de prestation des services éducatifs diversifiés ;

- renforcer les capacités en matière de recherche scientifique, de partage de l'information et d'échanges culturels ;

- promouvoir l'utilisation des TIC aux fins du développement des capacités, de l'autonomisation, de la gouvernance et la participation sociale.

L'UNESCO participe profondément sur la base de ces stratégies à la formulation de politiques au niveau national et réalise des projets pilotes pour mieux explorer les possibilités d'action multisectorielle sur le terrain, analyser les difficultés réelles, les problèmes les plus urgents et tout ceci afin de proposer des voies de solutions suivant les différents contextes socioculturels.

Cependant, l'UNESCO rencontre tout de même dans son combat pour la réduction de la fracture numérique en Afrique des obstacles de natures diverses dont certains ont déjà été évoqués au cours de ce travail. Nous citons entre autres : le problème des infrastructures inadaptées, autant pour les sources d'énergie que pour les équipements informatiques, l'état embryonnaire des réseaux de télécommunication et de diffusion de masse ; l'insuffisance des ressources financières; l'analphabétisme persistant ; l'absence d'un environnement scientifique apte à accueillir ces technologies ; le manque de formation à l'utilisation des TIC ; la maintenance ou l'assistance aléatoire ; les contenus inadaptés voire inutilisables pour des raisons linguistiques ou culturelles. Par ailleurs, l'UNESCO rencontre également des résistances de type idéologique et des réticences relevant de l'ordre de la technophobie. Notons que compte tenu de l'effet promotionnel des discours sur les TIC, il y a plus de simples réticences technophobes que de véritables résistances idéologiques traduisant éventuellement le refus des populations africaines (fortement conservatrices) à recevoir ces technologies pour des motifs de préservation de leur identité culturelle. Le Président Abdoulaye Wade se montrait d'ailleurs plutôt rassurant en affirmant que : « l'identité culturelle ne signifie pas que je ne vais pas prendre l'avion parce que mes ancêtres ne l'ont pas inventé. Il est certain que lorsque l'on utilise ces technologies au niveau populaire, le peuple s'y exprime et y crée selon sa culture. Apprenez à des enfants à dessiner avec un ordinateur, l'enfant du Sénégal ne dessinera pas comme un petit Norvégien. C'est un moyen d'expression culturelle à la disposition de tout le monde. De plus, notre culture sera mieux connue à travers le monde grâce aux nouvelles technologies.» C'est justement cette dernière phrase qui confirme l'existence des croyances qui ont fini par s'ancrer dans la mentalité des populations africaines qui, sous l'effet des discours répétitifs élogieux entretenus par les promoteurs des TIC et relayés par les organisations internationales sont aujourd'hui presqu'entièrement convaincues de l'utilité rédemptrice des TIC.

Il ne serait pas superflu de mentionner que le contexte des transferts de technologie du Nord vers le Sud suit la logique du schéma de la communication tel que décrit par Shannon et Weaver avec un émetteur (les pays industrialisés) et un récepteur destinataire (les pays

africains). L'émetteur apporte la technologie (message) vers les pays africains (destinataires) sans tenir compte du bruit généré par les interférences culturelles du cadre de réception de la technologie. Ici, seul le canal importe réellement, la production du sens n'est pas de mise. L'information est ainsi coupée de la culture et de la mémoire. Et ceci pourrait être aussi une autre justification de l'attribution de l'organisation du SMSI à l'UIT, qui est un organisme technique des Nations Unies au détriment de l'UNESCO qui est la mémoire intellectuelle et culturelle de la communauté internationale. Ce raisonnement sémio-épistémologique permet de comprendre que l'OMC traite la culture comme un « service marchand » à l'égal des autres à l'heure même où la diversité culturelle est au coeur des débats.

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