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Du NOMIC au Sommet Mondial de la Société de l'Information : Le rôle de l'UNESCO dans la réduction de la fracture numérique


par Destiny TCHEHOUALI
Université Stendhal (Grenoble) / Institut de la Communication et des Médias - Master 2 Recherche - Sciences de l'Information et de la Communication 2007
  

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III- Plaidoyer pour une réappropriation culturelle des TIC en Afrique

L'ancien Président français, François Mitterand, déclarait : « Il serait désastreux d'aider à la généralisation d'un modèle culturel unique. Ce que les régimes totalitaires, finalement, n'ont pas réussi à faire, les lois de l'argent alliées aux forces des techniques vont-elles y parvenir ? »58. Cette question posée depuis 1993 reste toujours d'actualité et nous fait penser que la représentation idéologique59 de l'univers symbolique des techniciens, pour ne pas dire des technocrates des TIC, serait de trop oublier les différences des cultures. Aussi une réelle appropriation culturelle des TIC en Afrique s'avère-t-elle nécessaire pour nous rappeler qu'il n'y a de richesses que de cultures. Pour affranchissant l'esprit humain John Perry Barlow, dans sa Déclaration d'indépendance du cyberspace, réclame une indépendance de la liberté de penser, de cliquer et de surfer dans un univers pluriculturel. « Gouvernements du monde industrialisé, géants fatigués de chair et d'acier, je viens du cyberspace, le nouveau domicile de l'esprit. Vous n'avez aucune souveraineté sur le territoire où nous nous assemblons. Nous n'avons pas de gouvernement élu, et il est peu probable que nous en ayons un jour : je m'adresse donc à vous avec la seule autorité que m'accorde et que s'accorde la liberté elle- même. Je déclare que l'espace social global que nous construisons est naturellement indépendant des tyrannies que vous cherchez à nous imposer. Vous n'avez aucun droit moral à nous gouverner, et vous ne possédez aucun moyen de faire respecter votre autorité que nous avons de bonnes raisons de craindre.»

Divisée par des fractures sociales, numériques et cognitives, la société de l'information est un alibi idéal pour ajouter de façon subtile à l'hégémonie économique, une autre

58 Le Monde, 25 Octobre 1993.

59 MATTELART Armand, « Les nouveaux scénarios de la communication mondiale », in Le Monde diplomatique, Août 1995, p.24.

hégémonie qui réduira le monde à un seul modèle de pensée : l'hégémonie culturelle. Comme l'écrit l'administrateur du PNUD, M. Malloch Brown, dans la préface au rapport sur le développement humain (2004), « si l'on veut que notre monde atteigne les objectifs de développement du millénaire et finalement éradique la pauvreté, il doit commencer par relever victorieusement le défi de savoir construire des sociétés intégratrices, qui respectent les diversités culturelles ». Pourquoi un plaidoyer pour la diversité culturelle60 ? Tout simplement parce que comme nous l'avons vu tout le long de ce travail, le néo-libéralisme drainé par l'hégémonie économique affirmée de l'hyperpuissance américaine innerve par une hypocrisie sociale de solidarité toutes les actions globalisantes d'un rééquilibrage des échanges à travers le monde. Il ne s'agit pas dans la présente démarche d'essentialiser en prescrivant le type de discours à adopter ou en indiquant la voie à prendre. Chaque peuple doit pouvoir trouver la voie qui est la sienne non pas en se détachant de l'héritage de l'histoire, mais en découplant le passé du présent, et en portant un regard nouveau vers l'Autre. Avec ce regard nouveau porté sur l'autre, l'on ne saurait s'aligner ni derrière les fervents détracteurs de l'occidentalisation du monde au risque de demeurer africanophiles, ni derrière les militants de la décroissance, au risque d'être traités d'anti-développementistes. Et c'est en cela que ce plaidoyer va plutôt en faveur de l'écoute et de la rencontre des cultures en faisant le pont entre ces différentes positions fortement ethnocentristes.

De ce fait, la « diversité » ne devrait pas être perçue comme la promotion d'une « disparité » contre l'« homogénéité » ou la « singularité ». Aujourd'hui, la diversité culturelle remplace l'exception culturelle et vise à garantir le traitement particulier des biens et des services culturels par le biais de mesures nationales ou internationales. Synonyme de dialogue et de valeurs partagées, cette notion pourrait être utilisée comme base d'une réappropriation endogène des TIC par les pays africains. D'où le paradigme de glocalization et son fameux leitmotiv : « Think global, act local ». Armand Mattelart au cours d'une interview, confiait justement que pour sortir du néodarwinisme informationnel : « Il faut se réapproprier les nouvelles technologies en construisant une alternative à la société de l'information. Or, aujourd'hui, ceux qui osent parler d'alternative sont aussitôt taxés de technophobes. Il n'y a aucune réflexion sur la question essentielle. A savoir : face à un projet qui se réduit de plus en plus à une techno-utopie, à un déterminisme techno-marchand, peut-on opposer des projets sociaux et d'autres formes d'appropriation de ces technologies qui pénètrent la société ? »

60 La 33ème Conférence générale de l'Unesco, réunie à Paris, a adopté, le 20 octobre 2005, la Convention sur la protection et la promotion de la diversité culturelle.

La question reste posée et pourrait faire objet d'une étude approfondie à partir d'une démarche ethnométhodologique pour la compréhension des usages des TIC par l'observation de certaines populations africaines en situation de pratiques. La certitude que nous avons à notre niveau est que l'e-inclusion ne saurait se faire sans une démarche dans laquelle les populations concernées prendraient une part active en choisissant les technologies dont ils ont besoin et en les introduisant dans leur espace culturel.

Loin de viser des simples transferts, les démarches d'e-inclusion, devraient aider les populations en marge de la «société de l'information» à acquérir les clés d'accès (techniques, économiques, culturelles, etc.) leur permettant de s'insérer de façon dynamique dans les systèmes de communication mondialisés. L'initiation à la création de logiciels, la maîtrise des logiciels existants, l'apprentissage de la programmation, la production des TIC à un niveau local, voilà autant de variables du processus d'appropriation qui, à notre avis, ne devrait plus appréhender les usages sous le seul angle des consommateurs ou récepteurs passifs des technologies que sont jusque là les pays africains.

Pour Alain Kiyindou, il s'agit « de promouvoir le processus par lequel les gens deviennent les principaux acteurs de leur propre développement». « Le mot développement, écrit justement Bertrand Cabedoche61 en conclusion de son livre, Les Chrétiens et le Tiers- Monde, a pu perdre de son attrait au contact de trop d'expériences décevantes. Il reste le seul vocable que partagent tous les humains pour dessiner leur espoir. » Et dans le prolongement de cette pensée, B.Cabedoche constate qu'en « accordant une place fondamentale aux expressions culturelles, certains cherchent à y retrouver aujourd'hui la voie d'une alternative économique, hors développement » 62. L'approche de la diversité culturelle, qui est la nôtre, trouverait bien sa place dans cette logique alternative.

61 CABEDOCHE Bertrand, Les chrétiens et le tiers-monde, Paris, Karthala, 1990 (Coll. « Économie et développement »), p. 255.

62 CABEDOCHE Bertrand, « Confondre les Représentations stéréotypés de l'Afrique dans les médias transnationaux ? Une démarche épistémologiquement problématique », Colloque «Globalisation, Communication et Cultures», Centre des Nations Unies. Intervention au sein de la délégation des Nations-Unies à Brazzaville, le 17 Avril 2007, p.1 8.

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