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Du mouvement de révolution circulaire dans la pensée de Platon

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par Guillaume RIVET
UFR Poitiers - M1 sociologie et M1 philosophie 2008
  

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a. L'âme du monde comme principe du mouvement

Nous avons vu que le corps du monde est sphérique, et que l'âme du monde est constituée par le démiurge lorsque celui-ci fait le mélange entre l'Etre intermédiaire, le Même intermédiaire et l'Autre intermédiaire64. L'être qui anime l'univers est l'âme du monde (psuchê toû kosmou, çïí êïæìïí). Elle est le principe du mouvement circulaire du corps du monde, de part son auto motricité et son immortalité. Il est indispensable d'éclaircir la notion

de mouvement chez Platon, dans la mesure où cela fait partie intégrante de la problématique.

En effet, l'âme du monde est la source du mouvement de révolution circulaire, lequel régit les cycles célestes aussi bien que ceux qui s'appliquent aux hommes65. Il convient donc ici de montrer en quoi consistent les mouvements de l'âme, puis de distinguer les diverses fonctions qui lui incombent.

L'immortalité de l'âme découle de son mouvement incessant. Le mouvement est associé à la vie, sans lui il n'existe pas de vie. L'âme est par nature immortelle, et son immortalité est indissociable de son mouvement à jamais ininterrompu. De plus, l'âme se meut elle-même, ce qui implique qu'elle est toujours, qu'elle est un être vivant66 et qu'elle est, par conséquent, la source de ce qui est mû. Elle est l'origine et le commencement. L'âme est donc le principe du mouvement, est inengendrée et par là incorruptible. Ainsi, l'âme appartient au domaine des principes, à un ordre de réalité principiel, or le Principe (archê, aðj) est immortel67. Cette proposition est posée comme un axiome par Platon qui est défini comme tel : « Or, comme

c'est une chose inengendrée, c'est aussi nécessairement une chose incorruptible. A supposer, en effet, que le principe soit anéanti, jamais ne pourraient venir à l'être ni ce principe à partir de quelque chose ni autre chose à partir de ce principe, s'il est vrai que toutes choses viennent à l'être à partir d'un principe68 ». Cependant, il faut signaler que l'antériorité de l'âme est postulée dans Phèdre et les Lois, alors que dans Timée c'est le démiurge qui fabrique l'âme.

64 Voir Chapitre I, 1, a, p. 7.

65 Cela sera exposé au chapitre II, p. 29.

66 Op. cit., p. 181 (Lois X, 895 c).

67 ROUX Sylvain, La recherche du principe chez Platon, Aristote et Plotin, Paris, Librairie Philosophique, J. Vrin, 2004, p. 33.

68 Op. cit., p. 117 (Phèdre 245 d).

Dans les deux cas, il faut comprendre qu'elle est immortelle, bien que dans le second cas elle ait été engendrée par le démiurge.

Dans les Lois, dix types de mouvements sont distingués. Il existe deux mouvements circulaires ; le premier tourne autour d'un centre immobile et correspond au mouvement des astres fixes, c'est-à-dire au cercle du Même. Le second est du même type, mais correspond au mouvement des planètes, c'est-à-dire au cercle de l'Autre. Le centre commun est la terre, puisque Platon pense à partir d'un monde géocentrique. Contrairement aux mouvements circulaires autonomes des deux cercles, les six types de mouvements linéaires décrivent des corps qui en rencontrent d'autres. Il existe la combinaison (sugkrisis) et la séparation (diakrisis), la croissance (auxesis) et la décroissance (phtisis), la génération (génesis) et la corruption (phthora). De plus, la sphère du monde meut ce qui se trouve en elle, sans pour autant être à la source du mouvement. Il reste le mouvement circulaire de l'âme, seule à être motrice et automotrice69. Une hiérarchie est établie entre les dix mouvements et celui de l'âme est jugé supérieur à tous les autres, pour la simple raison qu'elle est le principe du mouvement, comme nous l'avons dit plus tôt. Comme l'âme du monde est la seule à engendrer le changement, elle est la cause de l'animation des myriades de choses mises en mouvement. Ce qui se meut soi-même est donc antérieur à tout autre changement. C'est pourquoi l'âme est antérieure au corps, au feu, à l'eau, à la terre ou à l'air. De plus, si l'âme peut exister sans corps, un corps ne peut naître et perdurer sans âme et sans mouvement. Pour résumer, l'âme est le principe de toute chose, car elle est antérieure à tout, car elle est la plus puissante et la cause de tout mouvement, et enfin parce qu'elle est la source de toutes les vies70, en plus d'être elle-même vivante.

L'être de l'âme réside en ce qu'elle se meut sur elle-même et qu'elle est immortelle (athanatos, ÜèÜíctçïñ). Elle est animée, contrairement à ce qui a besoin d'une cause extérieure pour se mouvoir, c'est-à-dire contrairement à ce qui est inanimé. En somme, seul l'être qui est au principe de son mouvement est animé. Par conséquent, seule l'âme est chargée de mouvoir ce qui est inanimé. Pour que l'âme mette en mouvement un corps, il faut qu'elle soit en contact avec le corps en question, et qu'elle soit affectée par des impressions corporelles. C'est pourquoi l'âme est instituée par le démiurge comme moteur (kinoun, êéíïýí) du mouvement du monde : « cet être ne peut ni être anéanti ni venir à l'être ; autrement le ciel tout entier et tout ce qui est soumis à la génération s'effondreraient, s'arrêteraient et jamais ne

69 Op. cit., pp. 177-179 (Lois X, 893 c-894 c).

70 Ibid., p. 184 (Lois X, 896 b).

retrouveraient une source de mouvement leur permettant de venir de nouveau à l'être71 ». Le mouvement de l'âme est le plus parfait qui soit, il est donc constitué d'une « rotation uniforme dans le même lieu et sur lui-même72 », rotation circulaire semblable à celle du ciel. Il existe plusieurs types de mouvements. Les révolutions cosmiques de l'âme immortelle sont composées de sept mouvements possibles composés de six directions linéaires qui la font avancer d'avant en arrière, de droite à gauche et de haut en bas, ainsi que dans un sens circulaire73. L'âme du monde fait donc tourner les astres, à la manière des dieux, permettant ainsi au temps de s'écouler : « Au sujet de tous les astres, de la lune, des années, des mois et de toutes les saisons, quel autre discours pourrions-nous bien tenir si ce n'est celui-là même : puisqu'une âme ou des âmes sont apparues être les causes de tous les mouvements, et puisque ces âmes ont la bonté d'une excellence totale, nous déclarerons que ce sont des divinités, soit qui fait d'elles des êtres vivants, soit de quelque autre façon74 ». Le mouvement est nécessairement lié au temps, dont les astres sont la mesure75.

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